« Jésus n’a pas existé » (Michel Onfray)

« Jésus est une fiction. Il existe comme le père Noël » (Michel Onfray)

Selon vous il y aurait-eu « collage » de l’Ancien Testament sur le Nouveau qui serait, selon vos dires, « la clé de l’énigme » confirmant la thèse : 

« Jésus est un personnage fictif »

Supposons un instant que rien de ce qui concerne la venue d’un messie  n’avait eu de rapport entre les deux testaments, qu’auriez-vous dit ? 

Peut-être ceci?

« Rien ne correspond ! Jésus n’est pas dans la même lignée que David. Arnaque! »

Après des collages qui créent trop de cohérence, vous relevez le manque de cohérence des quatre évangiles. 

C’est trop concordant ou pas assez.

Pourquoi le copié/collé entre ancien et nouveau testament n’a-t-il pas été fait dans les quatre évangiles plus proches dans le temps?   
Votre ancien prof de fac vous avait déjà répondu au sujet de la non-concordance des évangiles. (Mr Dumas) Les différences dans certains détails prouvent que l’histoire n’est pas une science exacte.

L’histoire du Christ est une fable inventée par une forgerie secrète qui a « rebricolé » les textes anciens, comme vous dites dans la vidéo.

« S’il n’y avait eu qu’un seul témoignage, le soupçon de supercherie aurait été nettement plus évident »

Votre ancien prof, Mr Dumas venu assister au cours. 

Voici une autre preuve historique publiée dans un quotidien suisse le 22 décembre 2019, un texte apocryphe décrit la naissance de Jésus par une sage-femme.  

Pour lire l’article, cliquez ou tapotez sur l’image:

On trouvera d’autres témoignages, c’est certain.


Cette thèse de la non-historicité de Jésus, qui comme par hasard n’est apparue qu’après dix-huit siècles  – pourquoi si tard ? –  est donc une absurdité. Elle ne convainc que ceux qui veulent en découdre avec le christianisme, les complotistes, les allergiques à toutes sortes de bondieuseries et autres histoires de grenouilles de bénitier. Chacun ses intérêts après tout, chacun son combat. 
Même les rabbins qui jugeaient sacrilège le titre de « Fils de Dieu » n’ont jamais douté de l’historicité de Jésus. Un comble !

Vous prenez point par point les prophéties et les coïncidences trop parfaites reliant l’ancien testament au nouveau; mais les croyants sont croyants précisément à cause de ces relations entre les deux livres! 

Essayer de constituer les pièces à conviction de la supercherie chrétienne revient exactement à les trouver. Normal: c’est planifié par Dieu ! Excusez du peu.  
(Mais pour ma part je n’en sais rien ) 

Par inversion, cet argument de la trop grande congruence entre deux livres est donc absurde. C’est comme si vous regardiez du mauvais côté d’un télescope; ou que vous reprochiez à un rayon laser d’aller tout droit.

Vous auriez pu aller directement en amont, effacer Dieu de l’Histoire des hommes comme Nietzsche qui a eu cette idée provocatrice de le donner pour mort : c’est un raccourci nettement plus efficace que d’essayer de traquer les contradictions et aberrations dans chaque livre sacré de la planète. Bon courage ! Car pour les croyants de tous bords, il y a un autre raccourci radical qui coupe court aux discussions d’exégètes interminables, et repris chez Kierkegaard:

« Ainsi donc, le salut est le suprême impossible humain; mais à Dieu tout est possible! » 

(Sören Kierkegaard. traité du désespoir. folio. page 103)

Voilà, me semble-t-il, le dilemme insoluble du désespoir de Kierkegaard, grand séducteur devant l’éternel et tiraillé chaque jour entre le vice et la vertu. Comme s’il sentait, jour après jour, sa transparence inéluctable sous le regard de Dieu.

« Le critère le voici: à Dieu tout est possible. Vérité de toujours, et donc de tout instant » (ibid. page 102)

Sören Kierkegaard (1813-1855)

Comme pour défier son créateur, il continue de s’arc-bouter à son tourment, c’est à dire son moi dépravé, piégé entre liberté et culpabilité.

« Car le péché n’est pas le dérèglement de la chair et du sang, mais le consentement de l’esprit à ce dérèglement, et d’être devant Dieu »

(Ibid. Page 168. le désespoir est le péché. )

Approche intéressante de la divinité en tant que germe de tous les possibles, où l’omniscience de Dieu mute en connaissance intime et individuelle de chacun, à chaque instant…ça me rappelle un peu quand j’étais môme et que je croyais entourlouper mes parents avec mon bagout d’adolescent rebelle: « On te connait, on t’a fait » me disait parfois mon père d’un air taquin pour couper court à ma comédie.

Ce n’est que ma compréhension approximative j’en conviens, de ce théologien hors-normes qu’était Kierkegaard. Le problème n’est pas réglé pour tous ceux qui n’ont pas cette base morale du bien et du mal; tous ces gens qui ne connaissent pas les tourments de la culpabilité et que les psy appellent psychopathes. Il me semble qu’ils sont légions sur terre, et que leur nombre grandit proportionnellement à la défaillance de l’éducation parentale. Mais ceci est un autre sujet.

J’ai passé des journées et soirées entières à vous écouter et j’ai pris des notes. J’ai essayé de bosser pour ne plus douter, mais je doute encore. Donc selon vous il faut encore bosser. La preuve:

Pourtant j’ai un ami encore plus flemmard que moi qui ne lit même pas son programme télé et qui ne doute pas de son athéisme total. Il ne faut surtout pas lui parler de Dieu ou de religion!

J’ai aussi constaté que vous vous répétiez souvent, mais avec un grand panel de synonymes et un talent de clarté il est vrai. Alors j’ose me répéter avec une autre image. Si l’on plante une graine de dattier et qu’après 2000 ans un dattier vient à germer. Histoire scientifiquement fiable en l’occurrence, que vous devez connaître.

On peut légitimement douter de qui a programmé cette graine il y a bien plus que 20 siècles mais on ne peut pas dire : 

« Arnaque ! On plante une graine de moutarde et c’est un dattier qui pousse !»

Dans les récits religieux, la verticalité de la transmission ne peut tolérer des argumentaires tortueux. Religion donne relier, qui donne relation à un Tout, c’est à dire lien absolument nécessaire entre la graine et son fruit, entre la source et nous tous.

Cette « affaire Jésus » ramène à une simple affaire de point de vue : celui du croyant qui voit l’œuvre divine sans demi-mesure; et le point de vue matérialiste athée, qui voit un complot obscur d’une forgerie, pour des affaires de pouvoir.

Les complotistes progressent partout sur Internet. Quand les pouvoirs en place déçoivent, (comme tous les pouvoirs et l’église en est un), c’est un moyen rapide de faire ses troupes. La théorie du complot est une stratégie classique de quelques élites utilisant l’inculture du peuple couplée à sa colère.

Si la religion échoue à instaurer la justice sur terre, voire accentue les guerres fratricides, cela ne veut pas dire que ses prophètes sont coupables. Pourquoi Jésus doit-il être le fruit d’un imaginaire mis en place par un petit groupe de prêtres corrompus qui se seraient dit un jour (à peu près ):

- Mes frères, ce soir j'ai une idée fantastique à vous soumettre.
La congrégation pénètre dans une grande grotte après un long escalier menant aux catacombes. 
- Ce Messie, reprend le maître de l'assemblée, cet élu sauveur du peuple, faisons-le naître maintenant. 
- Trop tôt! répondent deux autres prêtres au fond de la caverne éclairée par une dizaine de torches.
 - Personne de nous ne veut la révolution on est bien d'accord? reprend le plus âgé du groupe, on est bien dans cette ville et l'empereur commence à nous apprécier. Voulez-vous tout perdre ? Regardez où l'on vit, ce palais, ces victuailles raffinées, ces servantes parfumées qui s'agenouillent devant nous! 
- Et tous ces centurions musclés! s'exclame un autre en joignant les mains !
- Du calme mon frère! Un peu de tenue. Ce que nous faisons va changer l'histoire. Noter bien ceci: notre messie s'appellera Yeshoua, c'est à dire celui qui sauve. 
- Pas mal! Et qu'est-ce qu'il va faire? 
- Il va calmer les Hébreux et tous les pauvres gens pour l'éternité je vous le dis. 
- Comment vas-tu t'y prendre, demande un autre en s'asseyant à la grande table de granit sculptée en un seul bloc.
- On va  faire de ce prophète un super-prophète. Un super-Ellie mes frères!
- Continue, dit l'autre copiste en bout de table, en remplissant l'encrier central. 
- Il ressuscitera... 
- Mais c'est du réchauffé mon frère!  l'interrompt-il, on a déjà cette résurrection dans l'ancien testament...ce fils de la pauvre veuve...
Il ouvre un étui de cuir posé à ses côtés. La  gravure  "règne de Salomon" luit un instant sous la lampe à huile. 
- Ha! voilà! c'est là, dans les annales de Salomon . 1 Rois, chapitre dix-sept, verset dix-neuf.
 - Je sais mais notre Yeshoua sera encore plus puissant; il guérira tous les malades, rendra la vue aux aveugles...
- Attends, parle plus fort crie celui en bout de table, plume à la main, j'entends rien!
- Il sera le plus grand guérisseur de tous les temps!
- D'accord, mais rien de nouveau sous le soleil mon frère! 
- Laissez-moi finir! crie soudain le maître de l'assemblée. 
L'écho résonne dans la caverne. Les deux copistes figent leur plume dans l'encrier. L'ombre des capuches danse sur la roche humide, tandis qu'un brouhaha s'élève peu à peu dans la crypte. 
Réprimant une démangeaison pubienne sous sa toge, le chef de la congrégation attend patiemment que le silence retombe autour de la table. La grotte de nouveau silencieuse, il reprend à voix haute: 
- Il ressuscitera lui-même, trois jours après sa crucifixion!! 
-  Plus c'est gros plus ça marche! crie un adepte plus jeune. Bien vu maître!
-Attendez, il faut dépasser l'ancien testament sinon ça sert à rien. Yeshoua va ressusciter tous ceux qui suivent sa doctrine. Voilà mon idée. Qui dit mieux?
- N'exagère quand même pas! répond son acolyte les bras en croix, ça va faire désordre chez l'empereur tous ces ressuscités dans les rues…
- Mais laisse-moi finir, pas sur terre bien sûr mais dans un autre monde! 
- Un peu facile non? Si tout le monde ressuscite au paradis...Comment tu évites le capharnaüm sur terre? 
- Il y aura une condition.
Nouveau silence autour de la table.
- Laquelle? demandent les scribes impatients.
- "Aime ton prochain comme toi même"
Dit solennellement le maître de l'assemblée.
- Pas mal, répond le premier copiste en écrivant la phrase sur le parchemin. 
- Voilà l'antidote. Point de révolution. Le peuple sera toujours le peuple. Poignez vilain il vous oindra; oignez vilain il vous poindra. 
-Exact répondent-ils en chœur.
Le plus silencieux jusqu'à présent se lève brutalement; la poussière de sa cape dessine des spirales dans la lumière des lampes à huiles.
- Où vas-tu mon frère? 
-  "Si on te frappe sur une joue, tend l'autre"
La tablée applaudit copieusement leur frère qui marque une courbette et se rassoie souriant.
- Génial! Notez bien. Avec ça, on est tranquille pour un moment.  
Allez mes frères, on écrit, y'a du boulot. Qui prend les psaumes? Qui s'occupe de la Tora? Qui cherche les prophéties dans toutes ces paperasses? Damnation il est tard! Et j'ai la dalle. Allez qu'on en finisse! dit le plus âgé en triturant sa barbe blanche, j'ai rendez-vous au temple ce soir; j'ai une charmante philistine qui souhaiterait se convertir.

Etc. etc…

En grande partie illettrés, les gens de l’époque se seraient donc laissés leurrer par quelques écrits fantastiques au sujet d’un dénommé Jésus, c’est à dire Sauveur? Inventé de toutes pièces par la forgerie secrète, ce prophète-guérisseur défiant les dieux antiques de la médecine serait le fruit de l’imaginaire d’un petit groupe de scénaristes soucieux de faire de faire le buzz?

Esculape (Dieu de la médecine)

Impensable lorsqu’on pense au peuple de l’époque, où l’espérance de vie n’était pas de 35 ans. Menant une vie de forçats, parfois à même le sol, ces gens n’en étaient pas à leur premiers charlatans, conteurs fantastiques et autres illusionnistes itinérants qu’ils croisaient dans les rues. Comme saint Thomas à l’époque, si on nous annonçait aujourd’hui dans un flash spécial l’existence d’un tel homme, d’une telle femme, nous voudrions le ou la voir de nos propres yeux pour y croire.

Pour ma part j’irais peut-être sur place pour constater par moi-même, pourquoi pas lui parler, lui serrer la main, sentir son énergie pour en être totalement convaincu, ou totalement déçu. Je ferais ma propre enquête. Pas vous ?


Jamais de simples écrits, même enjolivés par les plus talentueux des auteurs, issus d’on ne sait quelle « forgerie » secrète  n’aurait pu créer un tel séisme en Palestine. Pour constituer le noyau de départ solide d’une civilisation il faut non seulement un impact initial puissant marquant l’esprit des témoins présents, mais il faut avant tout le personnage principal, en chair et en os ; un être suffisamment singulier pour attirer dans son champ d’attraction toujours plus de témoins, d’admirateurs, toujours plus d’adeptes.

Jésus Multiplication des pains. Musée Valence école Italienne 17ème siècle.

Le bouche à oreille étant un peu l’Internet ou la télé de l’époque il n’a pas pu y avoir de fumée sans feu. Les écrits sont venus bien plus tard renforcer les souvenirs – sûrement les exagérer je vous l’accorde – , mais de générations en générations une mémoire collective, la civilisation judéo-chrétienne s’est construite. Le feu s’entretient seulement sur une braise incandescente ; et cette braise c’est un peu le coup de foudre Jésus de Nazareth qui l’a enflammée, pas un complot d’érudits, moins prêtres que romanciers.

Jésus est toujours cette braise qui réchauffe le cœur de millions de croyants, mais pas forcément dans une église.

Ne prenez pas le peuple pour des bœufs aveugles qui se laissent influencer par des récits extravagants sans preuves. Une foule devant un panneau se désagrège vite, mais pas devant une bagarre, un accident ou un spectacle extraordinaire. Nous sommes aussi des êtres matériels de chair et de sang. Pourquoi ne pas donner de crédit au matérialisme qui vous habite lorsqu’il faut faire l’hypothèse simple: la foi s’est constituée dans notre mémoire collective par un choc primal de tous nos sens, de tout notre corps physique. Peut-être espérons-nous tous un « meilleur », une justice, une victoire durable du Bien sur le Mal dans ce monde fou parce que dans l’Histoire, certains de nos ancêtres l’ont vue, touchée, sentie possible cette victoire. Ce n’était qu’un court mouvement de la balance de la justice vers un équilibre jamais atteint. Mais ils l’ont vécue au travers d’un homme né d’une femme et qui s’appelait Yeshoua.

Tchekhov écrit cette continuité historique dans une de ses nouvelles.  Jeune étudiant en théologie,  Ivan Vélipovski avait raconté l’histoire du reniement de Pierre à deux veuves qui s’étaient mise à pleurer en l’écoutant. 

« L’étudiant pensa à nouveau que si Vassilissa avait pleuré, c’était évidemment que ce qu’il venait de raconter, qui s’était passé dix-neuf siècles plus tôt, avait un rapport avec le présent, avec les deux femmes et, sans doute, avec ce village isolé, avec lui-même, avec toute l’humanité. (…) Et une vague de joie déferla soudain dans l’âme de l’étudiant, il s’arrêta même une minute pour reprendre sa respiration. Le passé, pensait-il, est lié au présent par une chaîne ininterrompue d’événements qui découlent les uns des autres. Et il lui semblait qu’il venait d’apercevoir les deux bouts de la chaîne: il avait touché l’un, et l’autre avait vibré. « 

( L’Etudiant, Anton Tchekhov 1894. Page 318. Ed. Pléiade)

Conclusion 

Vous aimez trancher, nous l’avons entendu dans d’autres interventions de votre part. Mais vous avez beau vous le dire, vous le répéter, il y aura toujours des choses incertaines car notre cerveau lui-même n’est pas certain de sa matérialité totale et absolue. Sinon pourquoi notre propre pensée ne nous dit-elle pas immédiatement d’où elle vient? De quoi il en retourne? Ce serait une boucle matérielle pure et instantanée; il en serait terminé d’un « arrière-monde » possible, du mot même de  transcendance. Mais le doute comme par hasard est ancré en nous comme les lignes de nos mains et c’est sûrement une force, une chance de ne plus être sectaire et d’accepter l’autre comme une partie d’un tout. Descartes a dit : 

« Je pense donc je suis » 

Cela ne voulait pas dire : « Je suis mon cerveau qui pense»

Merci de votre attention

Michel Fiorelli

Michel Fiorelli

Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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