Onfray. Sagesse deux poids deux mesures.

Michel Onfray devant sa bibliothèque

« La question est:  » Pourquoi avons-nous besoin du nom de Dieu ? » 

Michel Onfray. UPC

Inversons la question: 
« Pourquoi se passer du nom de Dieu ? » 
Quel intérêt de vivre comme des robots ou des animaux ? Comme une fusée de détresse notre conscience doit surgir du néant, briller un instant dans le ciel et replonger dans la nuit éternelle d’une tombe. Pendant ce bref voyage qu’est la vie humaine, toutes les questions sur Dieu et l’immortalité de l’âme ne servent à rien; juste un réflexe de notre peur de la mort. La torche qu’on tient à bout de bras n’est là que pour amplifier les ténèbres quand sa flamme s’éteindra. Point final. Pourtant dans l’enfance déjà surgit un séisme intérieur: un jour nous mourrons…Et tandis que le dard venimeux de la mort nos injecte lentement son poison une défense tente de se mettre en place dans notre petite tête d’homo-sapiens.  
Comme si cette existence de chair et de sang  n’était qu’un mauvais rêve éveillé dont il faut apprendre à s’extirper. Comme si ce corps périssable qui nous constitue n’était qu’un piège dont il faut s’échapper. 
On se met à scruter le ciel, invoquer les esprits, méditer, parfois prier… Pourquoi pas s’intéresser au yoga, à la philosophie, aux spiritualités; entrer au hasard dans un sanctuaire, n’importe lequel. Après tout nulle part sur  planète il n’existe un endroit où la spiritualité est absente. Tellement de gens croient en Dieu! Se plantent-ils tous lamentablement? 
On voudrait tellement les imiter, rejoindre la communauté, éprouver le même réconfort qu’eux! 
Mais l’espoir qui cherche à naître est encore si fragile qu’on se dit que tout ça est ridicule.

Que diable l’Idée de Platon, d’Aristote et leurs amis probablement en poussière depuis des lustres ou recyclés en d’autres organismes. Pourquoi pas en un Michel Onfray?

Pourquoi le besoin d’un créateur? Pourquoi croire en une vie après la mort?… Un caprice d’enfant qui dit « encore! » rien de plus. 

« La religion, c’est l’opium du peuple » (Karl Marx)

Alors on revient au palpable, au concret. La fin c’est la fin point. N’y pensons plus. On se bouche les yeux comme un animal-machine qui ne sait rien ni de sa vie ni de sa mort inéluctable, ni même qu’il s’appelle « animal ».

  » je n’ôte la vie à aucun animal, ne la faisant consister que dans la seule chaleur de cœur. Je ne leur refuse pas même le sentiment autant qu’il dépend des organes du corps. »

(Descartes. Lettre à Morus. 5 février 1649)

Julien Offray de la Mettrie étend le concept à l’Homme. L’âme, l’anima, le souffle de Dieu, etc. Et puis quoi encore? Tout ça sont des fariboles que les matérialistes balayent d’un revers de main. L’homme est une machine, comme l’animal.

Julien Offray de la Mettrie (1709-1751)

Il est vrai que nous les humains, de humus – la terre – nous avons inventé les mots, nommé un chêne, un chat, un asticot. Pour nous rassurer nous avons tout classé, groupé, catégorisé. Les pierres, les montagnes, les lacs, les arbres, même l’univers s’en tire mieux que nous.

 » l’Homme serait encore plus noble que ce qui le tue (l’univers), parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui; l’univers n’en sait rien »   Blaise Pascal

Au fait ce beau mot, cette « anima » qui un jour nous quitte avec le dernier souffle, cette partie de notre être qui serait immortelle parce qu’elle dépend de Dieu, existe-t-elle vraiment? ou bien n’est-ce qu’un peu de ce gaz qu’on a nommé « air » et que l’on exhale dans un dernier râle? L’essence de toute vie sur terre est-ce encore l’invention de nos peurs viscérales de la solitude et de l’inconnu? Ou sommes-nous vraiment ces êtres séparés, angoissés et perdus dans le hasard pour faire plaisir à Sartre et ses camarades? 

Depuis la nuit des temps l’humanité a besoin de trouver un sens à sa vie, à la conscience de sa vie sur terre. La philosophie vient de là. 

Il est vrai que l’âme vous n’y croyez pas… Être purement matérialiste comme vous l’êtes débouche forcément sur une impasse, un pari tout aussi risqué que d’avoir la foi. Car la matière n’est sûrement pas venue d’elle même. On nous dit qu’elle a vaincu le combat sur l’antimatière de justesse, un infime déséquilibre sur la balance de départ: une rupture de symétrie disent les physiciens. Et nous voilà ici, nichés dans un coin improbable de notre voie lactée. N’est-ce pas étrange?  L’univers est là et nous avec lui – et en lui – au lieu du Néant.
Vous voulez faire croire à vos lecteurs que l’absurdité de notre vie et la certitude de notre mort prochaine peut engendrer la sagesse. Mais face à un destin promis de cadavre en décomposition ce sera difficile d’accéder à la paix. Des feuilles séchées balayées par les vents vouées au pur hasard des éléments, ainsi finirons nos « poussières d’étoiles ». Avec vos chers maîtres épicuriens qui comme vous réfutent l’idée d’une intelligence supérieure, organisatrice, préexistant la matière elle-même, le hasard devient le nouveau Dieu de l’univers. En repoussant l’hypothèse d’une volonté initiale, d’un déclencheur intentionnel à l’explosion de départ, les anti platoniciens et autres atomistes, adeptes du « Dieu en poudre » – comme dit l’Historien Henri Guillemin – vous choisissez la cosmologie qui sert votre philosophie. Logique. Tous ceux qui, comme Stephen Hawking, réfutent l’existence d’un Dieu indépendant de sa création, ont au moins cette honnêteté intellectuelle.

« Tant que l’univers a eu un commencement, nous pouvons supposer qu’il a eu un créateur » (Stephen Hawking)

Alors ils postulent un cosmos né d’un précédent effondrement, d’un énième big-bang, d’un multivers totalement aléatoire dont nous aurions tiré le gros lot de la vie organique parmi une infinité d’autres univers stériles; bref, tout ce qui peut infirmer cette citation d’Hawking encore valide à ce jour intéresse les athées militants.

Si tout n’est que chaos et que la vie est apparue sous l’égide du hasard, il ne reste plus qu’à se désunir. A quoi bon l’atome, la matière, les galaxies? Tels des électrons quittant l’orbite pour s’écraser sur leur noyau, il ne reste qu’à s’autodétruire dans un flash lumineux. Et tant pis pour l’idée d’un Dieu qui tient le tout ensemble. (étymologiquement qui rassemble). Reste la Providence, au petit bonheur la chance et chacun pour soi en attendant la fin. 

Il me semble que plus le désespoir intérieur de chacun grandit, moins les peuples ont envie de s’unir, de faire preuve de sagesse face aux dangers qui viennent, de partager les richesses de la planète avec ceux qui n’ont rien. 

« Celui qui souffre devient amoral » (M. Proust)

« L’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux » (Victor Hugo)

L’égoïsme et la solitude prennent le pas sur la solidarité, la « charité ». Je vous vois grimacer sur ce mot…Je sais, vous allez dire que c’est la faute à Dieu, au Christ, que sais-je? Aux religions qui signifient pourtant relier. Un comble.  
Mais si l’on se coupe volontairement du lien avec le mystère, la source de toute chose qui est par essence la même pour tous, ce sera difficile, me semble-t-il, d’accéder à cette sagesse.

Si pour vous et vos maîtres épicuriens et romains, la sagesse c’est  » de savoir habiter l’instant  »  il faut toutefois choisir quand cet instant vaut vraiment le coup de s’y scotcher, et d’autres où il vaut mieux savoir en déménager.  Passé et futur ne sont pas forcément négatifs sur notre mental. Vivre au pied d’un volcan, on sait hélas où cela peut mener.

Victime du Vésuve Pompéi (moulages Giuseppe Fiorelli)

J’espère que ces âmes sont entrées dans la sagesse; et si elles n’ont pas pu y accéder, que l’aide d’un dieu, même imaginaire, ait apaisé leurs souffrances. D’une manière ou d’une autre, nous tomberons tous dans les ténèbres. Et personne ne sait ce qu’il ressort des trous noirs. Ne reste qu’à espérer. Où est le mal?  

Tout le monde n’a pas la même définition de la sagesse. Certains instants peuvent paraître si longs qu’ils pourraient vous faire oublier d’un trait les meilleurs pans de votre vie. La Nature ne nous a pas prévus pour « habiter le présent » en mode continu, même si c’est en vogue dans les cours de yoga aujourd’hui. Je pense que ce positionnement robotique est « forcé », car l’homme à besoin pour vivre d’un certain « coefficient d’inattention au présent » (Bergson). 

Et nous revenons à la nécessité de notre conscience d’humains bien spéciale par rapport à l’animal, qui pourrait entre-autre, nous servir à nous préparer à d’autres « habitats  » que le présent pur. Car il faudra peut-être déménager sans trop de panique le moment venu. 

Les journées et les nuits sont le terrain naturel par excellence pour l’entraînement intérieur. Nous ne pouvons être absolument sûrs à cent pour cent de nous réveiller le lendemain. Empêcher notre cerveau de déployer son potentiel transcendantal tous les jours revient à lui mettre des œillères terribles. Nous avons besoin de réponses à la vie matérielle trop dure; nous avons besoin d’un chemin vers ces réponses. Et pas demain ou après demain. Le bouddhisme, par exemple, propose cette approche du détachement par la méditation quotidienne. En fait toutes les spiritualités sur terre sont là pour ça. Depuis la nuit des temps, la recherche d’un au-delà possible. (ou plusieurs? )  est tellement une évidence au fond de nous tous, qu’elle est à mon avis inscrite dans nos gènes, même dans les gènes du plus matérialiste des hommes. Car la transcendance passe à coup sûr par l’immanence. Et au cœur de nos atomes on trouve encore des espaces. Nous ne sommes pas coincés dans nos organes. En tous les cas pas notre conscience. C’est du moins ce que disent d’autres sages, ceux qui laissent le mystère de la création habiter notre corps à chaque instant. C’est à mon avis la condition première pour mieux « habiter l’instant ». 

« Le sage ne diffère de Dieu que par la durée. » (Sénèque )

Certains peuples, loin de se « pourrir la vie » avec l’idée de la mort future comme vous dites, s’entraînent tous les jours à ne pas s’attacher à cette vie présente et de la percevoir comme un rêve. Ce qui ne les empêche pas d’être pleinement conscients de cette vie  

Drapeaux de prières bouddhistes. Tibet

Chacun cherche le bonheur ici-bas. Personne ne veut souffrir. 
Mais comment accéder à la joie qui vient de cette illusion fugace que la mort recule, quand la mort ne connaît ni frein ni marche arrière? 

 

Hypothèse 
Et si la contingence n’était que le fruit de notre incapacité à comprendre le Tout? Depuis le fameux big-bang, – ( une pensée pour Claude Nougaro et sa chanson tout en bas de page) – fruit d’incroyables coïncidences cosmiques défiant toutes les probabilités, on nous dit que l’Univers qui a fait notre Soleil aurait pu s’effondrer sur lui-même, ou s’évaporer sans rien construire de solide. Un big-bang à blanc si l’on peut dire. Par chance, sa vitesse d’expansion a été ni trop rapide, ni trop lente pour faire les étoiles. (Stephen Hawking) 
Ensuite il y a eu la terre qui n’était encore qu’une boule de magma bombardée d’astéroïdes, juste assez petits pour ne pas la faire exploser, juste assez longtemps pour créer les océans, et les conditions d’une atmosphère respirable…Puis survient le miracle de la vie. Mais la vie sans nous. 
Il a fallu un autre gros coup de bol pour qu’Homo sapiens entre en scène, un autre astéroïde, qui lui a fait place nette. Pas de chance pour les dinosaures, c’était eux ou nous, comme on dit dans le langage militaire. Je me dis parfois que si Dieu existe, ça explique mieux toute cette chance d’être né humain que des probabilités mathématiques. Mais je vous entends déjà dire que c’est la solution simpliste, que je suis flemmard, que je ne bosse pas assez, ( et vous n’aurez pas tout à fait tort).
 Mais continuons dans la chaîne des hasards cosmiques …Jusqu’au cadeau inestimable des éclipses totales de soleil, grâce à une lune juste assez grande, juste assez loin de la terre, sans lesquelles certaines découvertes auraient été quasiment impossible à prouver, comme par exemple la relativité générale d’Einstein. 

Dans vos livres vous parlez de sagesse. Mais laquelle ? Dans la bible la sagesse c’est la crainte de Dieu. Traduisez en terme moderne : rester humble devant la formidable chaîne d’événements naturels qui nous a permis de nous penser nous-mêmes (Descartes). C’est votre droit d’être certain que tout cela n’a pas de sens. Vous pouvez même écrire mille livres sur la beauté du Hasard et l’inexistence d’un créateur. Vous êtes libre et je défends cette liberté. Quoiqu’une voie médiane, agnostique, serait peut être plus compatible avec la sagesse ou le doute…Mais votre sagesse est autre. Et vous n’aimez pas trop longtemps douter; vous préférez trancher. ( je vous cite )

Comme la feuille au sommet de l’arbre qui regarde avec dédain le ciel inaccessible sans jamais regarder en bas, vers les branches et le tronc; c’est son droit de dire :  

« Merde! pas assez haut! Tout ça n’a aucun sens. »


Charles Darwin a dit :

« Seule notre arrogance explique notre extrême réticence à attribuer nos pensées à un substrat matériel (notre cerveau) »

Sans irrespect pour Sir Charles Darwin, on peut dire aussi que l’arrogance n’est pas forcément du côté de l’enfant que nous sommes tous au fond, espérant ne pas tout comprendre par la seule pensée d’un cerveau matériel. Si le plus petit être survivant sur cette terre est la preuve non du hasard, mais de sa volonté de contrer le néant, peut-être qu’une volonté plus vaste que la nôtre ne laissera pas nos âmes comme on laisse un déchet au composte. 

Merci de votre attention 

Michel Fiorelli 

 Plus complet au sujet de l’athéisme et la thèse mythiste de Jésus enseignée par Michel Onfray sur la page d’accueil:

Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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