Poèmes, pensées, slam, etc…

Se lever le matin, léger, sans réveil à assommer,
 Déguster son café, ses tartines, la radio en sourdine
 Sans se soucier des infos, du monde qui tombe en ruine,
 La terre peut exploser, aujourd’hui c’est congé ! 

Ce soir table est mise, tout est prêt pour nos invités,
 Une sauce tomate embaume déjà la cuisine,
 Un bon vin rouge chambre entre deux bouquets,
 L’amitié sonne à ma porte : joie divine !  

Un peu de vin, une nuit étoilée,
 Un vent léger, allongé sur un banc,
 Instant parfait, dilué dans la Voie Lactée,
 La mort ne me voit plus, mon corps est transparent. 

Comme aspiré dans un trou noir,
A l’abri des regards,
Lentement je prends du recul,
Lové dans ma bulle,
Espace-temps pour un rêve,
Et ma sieste s’achève.

Le chant des oiseaux,
 Porte l’âme vers le haut,
 Et remplit le silence,
 De sa plus pure essence.

 
Une table, une bougie, 
deux amoureux ?
Ou simple jeu 
de deux amis,
Avec le feu?
Amour, désir…
Comment choisir ?
Comment savoir ?
Si c’est ce soir,
Qu’on dit au revoir,
À l’amitié,
Pour mieux s’aimer ?
Mais tes soupirs,
Comme un zéphyr,
Que je respire,
Et ton parfum,
Chargé d'embruns,
Sucre et vanille,
Et cette flamme,
Hier incertaine,
D’un coup vacille,
Sous ton haleine,
Brûle mon cœur,
Pauvre tam-tam,
À l’intérieur,
Qui fond mon âme,
Sans plus de chaînes,
Sans plus d'erreur,
Avec la tienne.

 
Un peu de vin, quelques amis,
 Un bon souper, des filles jolies,
 Un corps jeune, sans maladies,
 Une nuit d’étoiles : mon paradis!

Musique ! Peut-être Vivaldi, Bach, ou Mozart ?  
Tout l’orchestre ou bien un luth, une guitare ?  
Je voudrais tout mon être livrer à cet art,  
Et mourir transpercé de notes blanches et noires. 

 
Longue nuit d’amour, 
 Grasse matinée, 
 Réveil-caresses, arôme café,
 Elle était au petit jour,
 Déjà réveillée,
 Et m’accueille, plateau en mains,
 De son plus doux baiser.
 Quel plus beau matin?
 Quel plus haut dessein ? 
 Rien de rien.
 Pas même l’éternité !

  
J’ai trop longtemps rêvé de ces temps insensés,
 Où je volais, vainqueur, vers les cieux étoilés,
 Décrochant les planètes pour te les rapporter,
 Alors que l’univers tout entier tu voulais. 

L’œuvre d’art.

Sentiment puissant d’amour et d’esthétique,
Qui sort du créateur comme d’une mère l’enfant,
Et s’en va nu et beau vers des hommes souffrants,
Pour caresser le monde d’une main magique,
Apaiser la colère et délivrer du temps.

 
Douleur si forte aux deux extrémités de la vie,
 Entre les deux tout est faible et confus,
 Les plaisirs sont futiles et les projets déçus,
 La joie n’est qu’une ivresse qui trop tôt s’évanouit.

Corps formatés, beaux visages sans rides,
 Poitrines pleines pour faire oublier le vide,
 D’un art factice, sans créateurs,
 Fruit du vice des producteurs, 
 Et d’un Show-business
 Qui leurre la jeunesse. 

Radio, télé, internet,
depuis belle lurette,
pratiquent une hypnose,
dont on est la chose,
le sujet docile,
dont l'avis bascule,
tout comme un pendule,
tenu par un fil.

Leçons de discrétion, de silence, d’humilité?
 Facile à donner du haut de votre gloire ! 
 Grands Hommes, avez-vous déjà oublié,
 Lorsque, jadis, la mer vous vouliez boire ? 

Le vent qui gronde à mes oreilles,
 Me conte horreurs et merveilles,
 Sur ma joue gauche il hurle: tu es libre !
 Sur ma joue droite: de ne plus vivre. 

Le bonheur est un auto-stoppeur, 
 Perdu sur une autoroute,
 Que l’on dépasse à cent à l’heure,
 Sans ralentir sa route,
 Et qui nous tend son bras d’honneur,
 Dans le rétroviseur. 

L’or au creux de la main,
Invisible au quotidien,
Vers la fin on aperçoit,
Ses traces entre les doigts.

Je n’ai pas besoin de vos notes faciles,
 De votre plagia mercantile,
 Compositeurs futiles,
 Aux mélodies construites sur du sable,
 Votre musique doit être rentable, 
 Telle une denrée périssable,
 À force d’avoir cherché le nombre,
 Vendu l’art comme des concombres,
 Vous finirez dans l’ombre.
   

Assoiffés de gloire, d’argent facile,
 Faux artistes, plutôt obscènes,
 Encombrent les scènes,
 Mannequins dociles,
 Qui montrent leur nombril, 
 Ondulent du bassin,
 Gonflent leurs seins, 
 Sur des chorégraphies banales,
 Sans talent ni style,
 Une mélasse musicale, 
 À seule fin commerciale.
 Les muses détalent. 

Je n’ai pas besoin de vos précieuses fêtes,
 De votre musique d’analphabètes,
 De vos orgies d’alcool et de sexe,
 Où l’on s’échange sans complexes,
 Vos corps suants, vos cris de bête,
 Puent trop la fuite et la défaite,
 Pour que mon envie s’y arrête. 

Là où il n’y a rien à vendre, 
 Reste l’envie d’apprendre,
 Là où tout se consomme,
 L’école buissonne.

 Retrouvailles ! Carrefour heureux des vieux amis,
 Larmes de joies, joues rougies, bras qui se serrent,
 Yeux mélangés, sourires sincères,
 Souvenirs d’hier, trop éphémères,
 Noyés bientôt par l’Aujourd’hui, le Demain…
 Alors comme une mort, 
 séparés encore,
 On se retrouve seul dans un train,
 Déjà loin des siens,
 Loin du pays,
 Reste l’oubli. 

 
Faire de sa vie mille voyages,
 Parcourir le monde,
 D’une âme légère et vagabonde,
 Remplir son cœur d’images, de parfums, de sourires, 
 Puis un jour fatigué de courir,
 Contre le temps, contre son âge,
 Contempler sa jeunesse en photo-souvenirs,
 L’amour d’une femme sur papier glacé,
 Qui sur tant d’albums vieillit à mes côtés,
 Puis caresser doucement son visage,
 Et laisser la mort dans un soupir,
 Fermer la dernière page. 

Si j’avais à choisir entre une seconde et l’éternité,
 Je choisirais l’éternité sans hésiter une seconde
 Mais s’il me venait à hésiter une seule seconde,
 Ce temps là me paraîtrait une éternité. 

Ô funiculaire ! Emmène-moi tout là-haut,
 Vers ce qui est jeune et fort, vers ce qui est beau,
 Quoi ? Tu redescends déjà ? Plus vite qu’un corbeau,
 Dans ce trou à cadavres où m’attend mon tombeau ?
 

Fermer les yeux, un jour, à l’ombre d’un vautour,
 Dans ce corps las et lourd d’une proie dépecée,
 Et tandis qu’un bec froid perce mon cœur mal né,
 Sentir mon âme ailée s’envoler vers l’Amour.

J’étais jeune, svelte, endurant comme un loup,
 Infatigable, tel un champion de sport,
 J’ai couru l’amour partout,
 Sur la planète,
 J’ai dansé dans mille fêtes,
 Séduit sans trop d’efforts,
 Des femmes qui m’avaient embrassé, 
 Même aimé…
 Mais dans ce lit d’hôpital, ce soir,
 Et aussi loin que s’ouvre ma mémoire,
 Aucune femme ne m’avait serré plus fort,
 Que la mort. 

Comme un code génétique,
Unique,
Le temps jamais ne se partage,
Ni l’âge,
Et chaque grain du sablier,
Est une clé,
Qui ouvre chacun de tes gènes,
Sans peine,
Pour te remplir mieux que personne,
Quand l’heure sonne.

  
Les peurs, les joies, les espoirs et les doutes,
 Sont tombées, çà et là, sur le bord de ma route.
 J’ai dépensé les années, les mois, 
 Gaspillé les semaines, les secondes,
 Sans me retourner une fois,
 Ni m’arrêter pour comprendre ce monde.
 Maintenant il est trop tard,
 Pour ôter tout ce fard, 
 Qui a bouché mes yeux,
 M’a fait devenir vieux,
 Le mensonge a fait de mon corps, 
 Un gros sac de remords,
 Et je meurs seul dans le froid,
 Ecrasé par le poids,
 De mon temps qui s’en va.

Seul comme un chien abandonné,
Courbé sur ma canne, essoufflé,
Je me suis promené trop loin,
Dans cette rue jusqu'au rond-point,
C'est mon passe-temps quotidien,  
Je suis un chasseur de regards,
De sourire, de bonjour, de bonsoir,
Mais je rentre souvent bredouille,
De mes épuisantes vadrouilles,
Ha! peut-être pas aujourd'hui? 
Je croise un gosse curieux, ahuri,
Par ce vieillard voûté, ce vieux débris,
Evadé de quelque déchetterie?
Et là, tout au fond de ses yeux,
Je reconnais sans mal ce feu,
Dont la jeunesse ignore le lieu,
Et son doux réconfort dont il n'a que faire,
Retarde un peu ma mort, apaise mon enfer.

Notre enfant devait naître sans cri ni pleurs,
« Nous avons tout tenté » nous avait dit le docteur,
En nous montrant son petit corps sans vie,
Qui n’avait pas une heure,
Et que nous embrassons, avec mon mari,
Main dans la main, unis, 
Soudés dans la douleur.
Où est donc ce Dieu ami
Qu’à notre mariage béni,
On chantait tous en chœur ?

Ha ! Ha ! Voici le jour, voici l’heure du résultat!
Fini les blablas, les « ceci », les « cela »,
La soustraction trop longue pour ce simple calcul :
Vie moins Mort égal résultat nul.

Ariane, lance-moi ton fil!
Je ne suis pas né pour rien,
Ni pour jouer l'imbécile,
Dans un monde de pantins,
À la colère facile,
Montre-moi la sortie,
Montre-moi la lumière,
Dis-moi pourquoi je vis,
Être humain pour quoi faire?

Fuir : le mouvement que je préfère,
Filer droit comme une balle de revolver,
Courir sans regarder derrière,
Comme le vent sur nos misères,
Comme le temps qui toujours se perd.

Conclusion, on est pas plus avancés,
Du pire des salauds,
Ne reculant devant aucun péché,
Au gentil catho, 
Ramenant un sac aux objets trouvés,
Le Laid et le Beau,
Cohabitent ensemble collé, serré,
Le loup et l'agneau,
Vivent sur le même bateau, embarqués,
Comme ces vrais jumeaux,
Pour la vie impossibles à séparer,
Le plus rigolo?
C'est qu'on s'acharne à les éloigner,
Depuis l'an zéro,
On construit des murs de sécurité,
Parfois des ghettos,
Pour enfermer l'ennemi, l'isoler,
C'est pas de si tôt,
Qu'on verra notre égo s'évaporer,   
Y'aura du boulot,
Pour voir en chacun Bien et Mal, mêlés. 
 

Aveugle à l’Ici, sourd au Maintenant, 
J’ai eu peur du silence et j’ai trop fui l’instant,
Comme si mon temps n’avait pas de secondes,
Ni mes pensées de source profonde.

Mais mon souffle s’épuise, et la peur m’abandonne.
Que ma fuite s’achève, et que mon cœur se donne,
Aux forêts, aux lacs, à la Nature exquise !
Et tous ceux qui m’ont fait tenir dans la bise.

Chercher un ailleurs, un après, un avant?
Sans se soucier de l'ici, du maintenant.
Croire en un dieu, plusieurs ou personne?
Sans savoir au fond ce que nous sommes.

Sur sa branche, la feuille de chêne,
Lui fait cadeau d'un peu d'oxygène,
Dans la terre un lombric utile,
Lui procure un sol bien fertile,
Pendant qu'au-dessus, la bête gloutonne,
D'une voracité sans rivale,
S'empiffre de tout ce qu'on lui donne,
Minéral, végétal ou animal…  
Puis, prise d'un étrange mal,
Comme une crise intestinale,
Défèque sur son décor vital. 

Tu cherches son amour,
Comme on cherche un secours,
Le dos à ton miroir,
Tu as ce fol espoir,
Qu’en fuyant ton reflet,
Elle pourra mieux t’aimer.

Hommage à l’alpiniste

J’étais jeune, vif comme un chamois, 
Le ciel était mon toit et l’océan mon bain,
Les montagnes, un escalier divin,
À grimper trois par trois.

Maintenant que je suis vieux, sans joie, ni lendemains,
Les murs de ma chambre s’écroulent un par un,
Lourds comme ces montagnes qui m’avaient fait roi,
J’étouffe sous leur poids.

Et ce verre d’eau qu’une infirmière me tend,
Est comme un océan, un lac d’Himalaya, 
Que je bois doucement,
Pour ne pas qu’il me noie.

Et mon ciel étoilé, flambant dans le lointain,
Que je scrutais, vainqueur, du haut de mes sommets, 
N’est plus qu’un lustre usé,
Qu’on a déjà éteint.

Ma déesse médiatique

Instant sacré sur mon canapé,
l'heure des informations télévisées,
la journaliste plutôt sexy,
parle de la guerre en Syrie,
Elle croise ses hauts escarpins,
sur des images d'orphelins
cherchant un bout de pain
dans les décombres d'une rue,  
Elle pince ses lèvres charnues,
sur des hôpitaux bombardés,
des déplacés, des affamés,
exilés fuyant la haine,
et la furie des hommes,
dans d'interminables colonnes, 
Elle baisse un instant ses longs cils,
sur des enfants du Yémen,
mourant sans trouver d'asile,
ni main ou tente onusienne.
Puis pour chasser la peine,
ou ne pas que je comprenne,
autre sujet, autre plan,
elle cambre son buste en avant,
l'image des horreurs s'efface,
il faut pas que je m'en fasse,
On y peut rien, nous on est bien.
Sport: médailles en ski alpin,
elle se redresse avec grâce,
météo: Il fera beau demain,
sourire coquin, écran de fin.

Le refugié

J’étais souffleur de verre,
Un créateur de sphères,
De bulles aux parois fragiles,
Comme ce nouveau domicile,
Un camp au cœur du désert,
À la frontière du Niger,
Où assis seul dans ma tente,
Les souvenirs me hantent,
Prisonnier dans ce sable fin,
Encore tiède au creux de ma main,
Et dont je transformais le grain,
En récipients petits ou grands,
Sans jamais penser un instant,
Qu’un jour tous les verres explosent,
Qu'une seule bombe décompose,
Votre famille, votre atelier,
Pendant que je partais livrer,
Tout fier, mes cristaux ciselés. 
Je me retrouve seul sous une toile,
Et je prie mon dieu tous les soirs: 
"À toi qui a fait les étoiles,
Que chaque éclat porte Ta gloire,
Que dans Ton ciel ils puissent me voir,
Nuit et jour jusqu'au fatal,
Leur souffler mon plus beau cristal."


Sortir du tunnel, 
Freiner,
Déçu, glisser sur le gel, 
Sans passer l’arrivée.

Repartir en arrière, 
Courir,
Caresser chaque pierre,
De ses souvenirs. 

Puis s’arrêter en pleurs,
S’asseoir,
Au milieu des vapeurs,
De la roche noire,

Et sur les rails, enfin !
Trouver,
Entre deux jours lointains,
Le passage secret. 

Le futur est un trou noir,
Qui aspire les années,
Tout au bout d’un couloir,
Où gît l’inanimé,
La seule échappatoire,
C’est vivre sans regrets,
Trouver dans sa mémoire,
Un coin d’éternité,
Un visage, un regard,
Un décor du passé,
Paradis provisoire,
Où l’on s’était aimé,
Et croire que quelque part,
Tout peut recommencer.

Partir en exil,
Quelque part sur cette île,
Tout au fond de mon cœur,
A l’abri des douleurs,
N’être plus que désir, 
Joie du souvenir,

Ne vouloir plus que toi,
Qui m’attend tout là-bas,
Allongée sur la plage,
Parmi ces coquillages,
Que j’avais ramassés,
Pour t’en faire un collier,

Et pendant qu’une infirmière,
Nettoie mon vieux derrière,
M’en aller sans regrets 
Loin de ce lit taché,
Et rester pour toujours,
Dans ce passé d’amour.

Euthanasie (En hommage au Pr. Léon Schwartzenberg)

Dieu m’en veut, c’est sûr, 
Il est fâché,
Car vivre, je vous le jure,
Depuis que je suis né,
Me paraît un calvaire.

Mais je me plains trop sans doute,
J’exagère, 
Puisque ce goutte-à-goutte,
Que pend mon infirmière,
Conduit au paradis.

Ô Ange blanc, déesse d’éther !
Je te remercie,
Pour mes années d’enfer,
Que ton nectar adoucit.

Que la vie, toujours, t’épargne la souffrance,
L’hypocrisie,
La tyrannie de l’Espérance,
L’Ethique nazie.

Loin de moi enfin ces yeux sadiques, 
Voyeurs d’agonie !
Suçant la mort comme une tique,
Pour mieux jouir de leurs vies.

J’inspire encore cet air…
Tiens ?
Je vais bien. 
Je ne sens plus l’éther,
Ni ma peur,
Ni la douleur,
Au-delà de l’hypnose,
Plane un parfum de roses, 
De thym, 
De romarin, 
De vacances,
Des campagnes de Provence, 
Je te vois allongée, 
Dans ce champ,
A mes côtés,
Tes cheveux dans le vent, 
Ondulent comme des ruisseaux,
Sur l’herbe fraîche, les coquelicots…
Au-dessus de mon lit,
Des perfusions, 
Des tuyaux d’oxygène,
Ton corps nu flotte,
Sans gêne, 
En sustentation.
Tu me dis : « viens ! »
J’hésite encore…
Tu me dis : « la mort n’est rien ! »
Et tu tends les bras, 
Alors j’expire très fort,
Et je monte vers toi.

Une digue noyée,
Sous la houle enragée,
Un phare dans le lointain,
Qui peu à peu s’éteint,
Un bout de quai de gare,
Des rails qui se séparent,
Où irai-je à la fin,
Lorsque viendra mon train ?

Peut-être y a-t-il un ailleurs,
Un endroit quelque part, meilleur,
Mais si tu atteins sa hauteur,
Nous renverras-tu l’ascenseur?

N'y a t-il qu'un gouffre remplis de cadavres?
Des vieux des jeunes, princes ou esclaves?
Ou bien y avait-il un pont que j'ai manqué,
D'où les chanceux nous regardent se putréfier? 

Un pétale qui tombe, une fleur qui se fane,
Une tige qui courbe vers la terre d'où elle vient,
Puissé-je voir toutes choses en filigrane,
Comme au soir d'une rose si belle au matin.

Ecoute ce tic-tac tout comme un cœur qui bat,
Ni dedans ni dehors, ni ici ou là-bas,
C'est celui de l'horloge,
Où la nature se forge,
Depuis que le néant,
A laissé place au temps, 
Des galaxies aux trous noirs,
Des pouponnières aux mouroirs,
Il pulse son tempo,
Depuis l'instant zéro,
Des trop-pleins d'énergie,
Jusqu'à l'absolu vide,
Du sein maternel gorgé de vie,
Au front d'un vieux creusé de rides,
Tout doit naître et mourir prisonnier,
De son perpétuel balancier,
Dont personne n'a le secret,
Excepté peut-être,
Le fond de ton être?
Mais de tout ce que je crois,
Et cela n'engage que moi:
Le freiner ce n'est pas le fuir,
Mais dans tes bras l'accueillir,
L'arrêter ce n'est pas la mort,
Mais l'embrasser sans remords. 

Enfermer mon chagrin dans les murs du paraître,
Croire que l’œuf que je couve tout au fond de moi,
Ne pourra pas éclore et maculer mes joies,
Alors qu’il était noyau de tout mon être. 

Puisqu’il n’y a pas d’alternative,
Il faudra bien quitter la rive,
Reste à savoir si dans l’eau noire,
J’apercevrai l’éclat d’un phare,
Une lueur, n’importe quoi,
Peut-être même une voix ?
Et si le flot n’est pas trop fort,
Je nagerai jusqu’à son bord,
Pour qu’une fois sur l’autre berge,
La paix finale me submerge.

Sur mon Everest à moi,
Plus je grimpe et moins j’ai froid,
Loin de l’asphyxie des plaines,
Plus besoin d’oxygène,
Ni de cette vie de mort,
Qui souvent m'a fait oublier,
Que mon plus haut sommet,
Je le ferai sans trop d’efforts,
Sans pic, ni corde, ni sherpa,
Je trouverai la voie,
Du camp de base jusqu’au col Sud, 
Pieds et mains nus sur la glace,
Dans le blizzard le plus rude,
Je marcherai dans tes traces,
Et lorsque tout là-haut, sur la crête,
Noyée dans les brumes d’altitude,
J’apercevrai ta silhouette,
Comme s’épuise la tempête,
Mourra ma solitude.

Comme un funambule marchant sur un fil,
Bien tenu derrière moi par les souvenirs,
Mais devant qui le soutien? Quel avenir?
J'espère que c'est sa main, son évangile. 

Rendre les cartes d’un geste las,
Ses rois, ses dames, son dernier As,
Plus de jetons pour me refaire,
Ni atout ni joker,
Rien à glisser sur le tapis vert.
Et puisque l’imbattable adversaire,
De toute chance éteint le feu,
Partir, sans rancœur ni colère, 
Quitter la table du Grand Jeu.

Le pessimiste est un portier démissionnaire,
Qui ferme la porte à la lumière,
Et pleure à chaudes larmes dans le noir,
Sur un jour qu’il ne veut plus voir.

L’optimiste est un enfant peureux,
Qui dans le noir ferme les yeux,
Puis les rouvre, rassuré,
Telles deux flammes allumées.

Tu n’es pas encore né(e),
Mais ta venue porte la grâce,
D’un doux soleil de matin d’été,
Du lilas parfumant une terrasse,
D’une cascade de bougainvillées,
D’un grand chêne au centre d’une place,
Et tous ses oiseaux pour te chanter,
Du ciel pourpre d’un jour qui passe,  
D’un hameau de Provence perché,
D’un clocher que la nuit enlace,
D’un clair de lune sur les blés,
Des constellations dans l’espace,
Et toute la Voie Lactée.

Mon enfant, quand tu nous souriras,
Que tu diras « maman », « papa »,
Alors les dieux, je te promets,
Regretteront l’éternité.

L’or qui jailli parfois, 
Du souffle d’un enfant,
Aucun dieu ne le voit,
Aucun ciel ne le vend.

Ta petite main qui serre mon doigt,
Et ton regard posé sur moi,
En vérité je te le dis,
Valent tous les paradis.

Naissance, maladie 
Vieillesse et mort,
Les misères de nos vies,
Font rire les dieux très fort,
Eux qui n’ont rien à craindre,
Eux qu’aucun mal ne peut atteindre, 
Pourtant je te jure mon amour,
Tu apprendras à ton tour,
À te moquer du ciel,
De ses sentiers trop plats,
Des ses champs éternels, 
Où les fleurs ne fanent pas,
Mais ne font pas de miel.
Peu à peu, avec l’âge,
Te viendront le courage,
La force et la sagesse,
D’accepter tes faiblesses,
Tu verras nos malheurs, 
Et nos joies de mortels,
Comme deux sœurs jumelles,
Qui font tourner le monde,
Et tu n’auras plus peur,
De rentrer dans la ronde.

Jour après jour, tandis que l’âge avance,
Je dois bien me rendre à l’évidence,
Que mes prières, mes souhaits, l’Espérance,
N’ont nul écho dans cet espace immense,
Et que le vide de l’univers,
Etouffera ma colère,
Dans ce silence creux,
Qu’on nomme Dieu.

Puisqu’il n’y a plus rien que sexe et violence,
Que tu as fait du monde un lieu de décadence,
Que tu as renié les tiens, outragé l’enfance,
Que ton corps s’est vautré dans l’infâme jouissance,
Que ton esprit n’est plus qu’un nerf sans conscience,
Je prononce envers toi mon ultime sentence :
Le Néant sera de ta vie le seul sens.

Pardon pour t’avoir donné la vie,
Dans ce monde où tout n’est que furie,
Où ce qui naît fait une cible,
D’un archer au tir infaillible.

Mais s’il vise avec aisance.
Je te promets que ta naissance,
Garde toujours un coup d’avance, 
Sur les flèches qu’il nous lance,

Et que sur l’échiquier du temps,
Où le meilleur fait face au pire,
C’est la vie qui a eu les blancs,
C’est naître qui doit mater mourir. 

La ronde des heures est une spirale,
Et son tic-tac jamais le même,
Mais le comprendre ferait trop mal,
Alors le temps creuse nos peines.

Le temps : un océan sans rivage,
D’où l’on sort la tête un jour, sans raison,
À peine à flot, un effort de nage,
Que son courant nous aspire vers le fond. 

Ma voile est déchirée et la coque prend l’eau,
Le canot de survie n’est pas prévu pour deux,
Tu dois sans plus tarder quitter notre bateau,
En pleine mer, hélas ! il faut se dire Adieu.

Être sur un bateau,
Qui prend l'eau,
Perdu en pleine mer,
Solitaire,
L'horizon tout autour,
Un ciel lourd,
Aux couleurs d'ouragan,
droit devant,
Déjà plus d'une année,
À pleurer,
un sentiment tout neuf,
d'être veuf.

Je suis passé de l’ombre à la lumière,
Le temps d’un éclair,
D’un cri d’effroi, de joie et de colère,
D’un souffle coupé,
Puis d’un coup l’obscurité est retombée,
Pour l’éternité. 

Peut-être pire, 
Que de mourir,
Ou ne pas naître :
Ne pas connaître.

Sans nul soupçon,
Le fond du fond,
Le grand trou noir:
Ne rien vouloir.

Comme le vide glacial de l’univers,
La mort a encerclé la terre,
Et du début jusqu’à son heure dernière,
La vie gardera son mystère.

Comprendre ce dont on dépend?
Serait un peu comme une maman,
Chargée d'expliquer l'amour,
Pour son nouveau-né d'un jour,
Demander à un poumon,
D'où lui vient son oxygène,
À un morceau de colon,
de localiser ses gènes,
À un cerveau d'hominidé,
Ce qu'il fait sur la Voie-Lactée.

Si l'homme en sait plus que l'univers,
Alors l'univers est pur hasard,
Mais si c'est juste le contraire,
Alors il reste un frêle espoir.

Quelque part, entre deux secondes,
Doit exister une onde,
Un espace à l’abri du monde,
Où mort et vie se fondent.

Oui mon ami, la limite n'est qu'un dessin,
Avec un trait, un point, d'où l'on part, d'où l'on vient,
Un couloir illusoire entre hier et demain,
Espace-temps prisonnier d'un tout et d'un rien,
Oui mon ami, mort et vie n'ont jamais de fin.
 

Il doit être quelque part,
Seigneur du vide et de l'absence,
Entre nécessité et hasard,
Caché de notre présence.

Ou bien bloqué dans une impasse,
Devenu quasiment impuissant?
Privé d'action, d'anges efficaces,
À calmer l'agonie d'innocents?

Ou bien refuse-t-on l'évidence,
Ce silence pire que l'enfer,
Cette infinie indifférence,
Preuves d'un dieu imaginaire? 
  
 

Comprenez bien j'insiste,
Vous n'êtes pas sur la liste,
Tous les élus sont ceux,
Qui sont proches de Dieu,
Ici, aucune place,
Pour les gens d'autres races.
- Regardez bien encore!
Répond l'autre d'un cri fort,
Vous devez faire erreur!
Je suis proche du Seigneur,
J'ai aimé tous les Hommes,
De Gomorrhe à Sodome,
Plus que ma propre personne,
j'ai aidé les plus faibles,
Construit pour eux des règles,
Que les puissants devaient suivre,
Pour ne pas qu'ils s'enivrent,
De leur propre abondance,
Qu'ils partagent leur chance,
Avec ceux qui n'ont rien,
Ni eau, ni lait, ni pain,
Des enfants sans lendemains,
Je vous en prie, vérifiez!
Mon nom doit être marqué.
- Hélas Monsieur j'insiste,
Vous n'êtes pas sur la liste,
Je n'ai ni "Jésus", ni "Christ",
Je vous le dis comme un père,
Mais ne soyez pas triste,
Vous n'avez qu'une chose à faire: 
Redescendre sur terre.

Pris dans ce fatras d’ondes et de particules,
Où la matière explose en feu d’artifices,
Et les soleils éclatent comme des bulles,
La terre prie Dieu que ce chaos finisse.
L'intelligence de l'univers…
Y-a-t-il un dieu derrière?
Si oui, pourquoi laisse-t-il faire?
Si non, pourquoi l'Homme sur terre?
On dit: "tout est hasard"
On dit: "Y'a plus d'espoir"
Einstein, Gandhi, Chaplin,
Le Bien part-il en ruines?
Hitler, Staline, Pol-pot,
Le Mal garde la côte.


Partout sur terre le plaisir charnel,
Cherche obstinément la victoire,
Sur son ennemi le plus notoire,
Son rival intellectuel.

Le premier vide et anesthésie,
Englue les foules de son miel,
Arme absolue des monarchies,
Il tue dans l’œuf l’idée rebelle.

Le second fortifie la raison,
Confère à l’homme son vrai pouvoir,
Et sa plus noble révolution,
Qui sera celle du Savoir.

Je réfléchis, j'étudie, j'écoute,
Je veux savoir où tracer ma route,
Mais cette école qu'on nous enseigne,
Laisse couler les plaies qui saignent,
Apprend aux riches à tout garder,
Prépare les autres à l'accepter.

On a dit "égalité des chances",
On a cru en la justice,
Mais qui a vu bouger la balance,
De cette statue factice?  

On appelle ça la République,
En latin chose publique,
Pas forcément démocratique,
Elle se la joue héroïque,
On dit: tout est politique,
On dit: c'est la faute au fric,
On vote pour casser les briques,
D'un mur épais, stratosphérique,
Entre l'or oligarchique,
Et les gosses faméliques, 
Que le privé rende au public!
Pour l'équilibre économique,
Pour la morale et l'éthique,
C'est notre seule rhétorique, 
On n'est pas des bolchéviques,
On veut faire la dynamique,
pour changer cet historique,
Au bilan catastrophique, 
Par delà les guerres bibliques,
Et les haines interethniques,
La paix globale, sphérique,
C'est notre prière laïque,
C'est notre ultime encyclique.  

On virevolte en apesanteur,
À dix-mille kilomètre-heure,
En direct au journal de vingt heures,
Expliquant aux téléspectateurs,
À quel point c'est un honneur,
D'être dans ce transporteur,
Pour chercher un monde meilleur,
Sans guerres et gosses qui meurent,
Où les puissants auront à cœur,
D'être les initiateurs,
D'un paradis sans cris ni pleurs,
Hormis ceux du vrai bonheur,
De s'être vus de l'intérieur,
D'avoir vaincu nos horreurs.   

Il y a un point précis sur terre, 
Un repère,
Une seconde de latitude,
De longitude,
Où le mouvement s’arrête,
D’un coup net,
Où le temps n’a plus de nuit,
Ni de midi,
Où les secondes comme les heures,
Se meurent,
Car ton sourire fait pâlir d’envie les dieux,
Dans les cieux, 
Et stoppe toutes les aiguilles,
Ma fille. 

J’ai vu mourir le temps,
Dans tes yeux d’enfant,
Et cru en l’avenir,
En t’observant dormir.

Toute la peine,
Ne peut rien,
Face à la haine,
De l’humain.

Pourtant le rire,
Des enfants,
Fait de l’avenir,
Un diamant.

Un frêle coquelicot,
Tremble sous la fusée,
Qui doit monter là-haut,
Pour nous protéger,

Un brin d’herbe meurt,
Sous le feu des boosters,
Qui prennent de la hauteur,
Pour notre bonheur,

Haute technologie,
Lancée vers les étoiles,
Planète à l’asphyxie,
Sous son épais voile.

Avions, fusées, machines et robots,
Technologies de très haut niveau,
Du siècle vous êtes le flambeau,
Vous cherchez à conquérir l’espace,
Mais ici-bas, sans bouger de place,
Un seul brin d’herbe vous surpasse.

Je me souviens d’une guerre,
Qu’il nous fallait faire,
Pour libérer notre terre,
Du feux nucléaire,
Je me souviens d’une pierre,
En forme de sphère,
Un petit grain de poussière, 
Bouillant de colère,
Qui s’éteignit dans l’univers,
Après un bref éclair.

Jamais sur la terre,
l'absence de guerres,
toujours chez le hommes,
les armes résonnent,
misères et famines,
jamais tombent en ruines,
un parfait monument,
maléfique diamant,
indestructiblement,
fait de larmes et de sang.

Donne-nous l'illusion que d'être bon,
Ne profite pas qu'aux cons,
Dis-nous que d'être honnête,
Ne soit pas que défaite.
Pourquoi faut-il que les justes,
Soient toujours ceux qui dégustent,
Les sarcasmes et humiliations,
Des loups de la compétition,
De ceux qui voient comme faiblesse,
Compassion et gentillesse?
Seigneur comment est-il possible,
Après tant d'années de prières,
Pour voir nos ennemis en frères,
Que nous soyons encore la cible,
Qu'ils frappent en plein dans le mille?
Tu avais dit dans l'Evangile, 
"Je suis avec vous chaque jour",
Mais nous te cherchons chaque jour, 
En proies offertes à des vautours,
Qui n'ont que faire de va-nu-pieds,
Pleurant sur la fraternité.
Reviendras-tu parmi nous,
Agneaux au milieu des loups?
Sur une terre sans pitié,
Pour des chercheurs de la bonté.

C'est fou le nombre de gens irréprochables,
Que tant de malheurs accablent,
À l'inverse, combien de cons, de malhonnêtes,
Se font une vie de fête?
Longue et belle jusqu'à la mort,
Sans avoir le moindre remord,
Des fortes têtes,
Que rien n'inquiète,
Que rien n'arrête.
L'avenir appartient aux psychopathes,
Empereurs
Magouilleurs,
Et autres Ponce Pilate,
Qui se lavent bien les mains,
Sur la veuve et l'orphelin,
Qui dorment sur l'or et les diamants,
En rêvant d'être encore plus puissants.
Et tous ces gens qui n'ont presque rien?
Qui croient encore en un dieu du Bien?
Partagent même leur bout de pain?
On dit: "Dieu les met à l'épreuve"
Je dis: "Apportez-en les preuves!"
Les théologiens se dérobent,
En invoquant le livre de Job,
En attendant qui c'est qui trinque?
C'est simple, comme compter jusqu'à cinq,
Qui ne sera pas rassasié de jours?
Qui n'aura jamais le moindre recours?
Ecoutez-les: ils appellent au secours.

Enfin !
On aura tout tenté pour trouver la beauté,
Le Bien,
Tout fait pour croire en l’homme et la fraternité,
En vain,
Mais jusqu’au dernier souffle on aura essayé,
Au moins.

De la crèche à l’hospice,
Le temps glisse,
Au milieu, un espace,
Plein de glace,
Avec de chauds vêtements,
Pour quelques gens.

Le temps s’accélère,
Pas de marche arrière,
À côté ? la misère,
Et devant ? Mystère…

Qui aura-t-il après le mouvement,
Quand les corps pétrifiés,
Cette aiguille épuisée,
Par sa ronde absurde autour du cadran,
Se sera arrêtée ?

C'est ça vieillir,
tourner le dos à l'avenir,
Parce qu'il ne sait que fuir,
Sans tenir ses promesses,
De grandeurs, de prouesses,
Faites à la jeunesse.

L'avenir? Un mensonge nécessaire,
Qui nous leurre de ses mystères,
Sans lequel naître ne serait qu'enfer,
Comme respirer un vide sans air.

Stocker des milliers d’images,
Sans toucher la moindre page,
Numériser les souvenirs,
Mais sans le temps d’y revenir,
Mémoire donnée aux disques durs,
Pour oublier sa vraie nature,
Pris dans la course du progrès,
Surtout ne pas se retourner,
Et quand viendra l’heure de la fin,
Que les écrans seront éteints,
Seras-tu là ordinateur,
Pour effacer la Grande Peur?

Les belles années de ta vie?
Mon ami je vais te dire,
Il n'y a pas pire ineptie,
Que ce leurre du souvenir,
Puisque ton âge avance,
Fait face l'évidence:
On t'a volé ton enfance,
En prétendant t'instruire,
On t'a fait croire en tes chances,
Aux chimères du "réussir",
Aux fariboles du travail,
Du mérite, des médailles,
Des bons, de la racaille,
Comme à l'armée ce délire,
Du soldat fier d'obéir,
À une mère patrie sans failles?
De ses morts au champ d'honneur?
Pour de la chair à mitraille!
Mon ami, il faut sortir,
De l'hypnose des menteurs,
Du joug des dominateurs,
Des vieilles ritournelles,
Des maîtres aux manivelles,
D'une machine à produire,
Vraie dette et faux désirs,
Haines et guerres éternelles,
Pour un humain jetable:
La machine du diable.

Prisonniers comme des rats dans un monde perdu,
Jusqu’au bout de nos forces nous nous serons battus,
Jusqu’au tout dernier souffle nous aurons prié Dieu,
Mais dans les caves l’eau monte et les toits sont en feu.

Il y a ni « chez moi » ni « chez eux »,
Ni sang noir, blanc, jaune, rouge ou bleu,
Juste un groupe d’humain sur terre,
Peut-être le seul dans l’univers.

Penser à sa famille,
Avant que tout vacille,
Honorer leur mémoire,
Quand nous pouvons les voir,
Ne pas garder l’amour,
Pour la fin du parcours,
Ni serrer dans ses bras,
Un corps déjà si froid,
Mais savourer l’instant,
D’être avec eux, vivants,
Et dire à tous les siens,
Comme ils nous font du bien,
Ici et maintenant,
Tant qu’il est encore temps.

Si les pensées sont épuisées,
Que les rêves ne sont plus clairs,
Il est temps de se réveiller,
Et de faire ce qu’on doit faire.

Doucement rien ne presse,
Plus vite tu cours partout,
Plus ça serre autour du cou,
Tu vis dans la vitesse,
Excité comme un toutou,
Tu crois que ta maîtresse,
Lâchera cette laisse?

Mettons-nous un bon film, regardons une série!
Une histoire bien sordide au suspens haletant,
Des acteurs jetables, jeunes et beaux débutants,  
Un scénario sans fin que j'oublie qui je suis.
 

J'ai fait des centaines, des milliers, des millions,
D'aller-retours incertains, entre agneau et lion,
J'ai voulu être doux, mais on m'a vu mesquin,
J'ai voulu être dur, on m'a jugé hautain,
Pas simple d'être soi-même au milieu des cons,
Alors on met un masque et on fait attention.

 
Coincé dans l'embouteillage,
je regarde ce beau nuage,
Dans les klaxons, les injures,
je suis bien dans ma voiture,
Un peu comme ce rossignol,
Perché sur un toit de tôles,
Paradant pour sa femelle,
Agitant ses petites ailes. 
Plus bas, entre les poubelles,
Zigzague une poussette,
Dont la mère me semble inquiète,
Parle fort dans l'écouteur,
Fâchée par l'interlocuteur, 
J'ose un signe vers l'enfant,
Qui lève les yeux un instant,
Et replonge dans sa tablette,
En souriant à l'écran, 
À l'arrière klaxon rageur,
Rétroviseur en furie,  
"Allez avance abruti!"
Ça roule enfin devant,   
Alors adieu l'enfant! 

Faisons enfin un jour, sur la terre pas au ciel,
une nouvelle alliance au-delà des chapelles,
unissant chaque enfant par un pacte éternel,
tout ruisselant de lait, et tant pis pour miel!

Un joueur de casino ayant tout perdu,
Qui pousse sur le tapis son dernier jeton,
Comme lui fallait-il que je sois mis à nu,
Pour sentir sur ma peau ton vent de compassion?

J'ai longtemps cherché un maître, un guide,
Je sentais au fond de moi comme un vide,
Un jour au réveil, une évidence,
De la graine au fruit de ma conscience,
De la racine à la feuille,
Du sein de ma mère au cercueil,
Ta question est sans réponse,
Mais faut-il que je renonce,
À te chercher de tout mon être,
Pour te sentir en moi renaître?
Faut-il que mon néant déborde, 
Pour toucher ta miséricorde?

Rumi, Yehudi, Tenzin,
L'âme est-elle une part divine?
Jiddu, Martin, Malek,
Ferez-vous mentir Houellebecq?


Pensées

Pendant qu’une importante mission cherche des traces d’eau sur Mars, nous oublions la seule goutte d’eau potable identifiée à ce jour dans l’Univers.

L’infiniment petit recèle tous les secrets; alors pour se venger, l'infiniment grand essaie de nous impressionner.

La responsabilité à toujours effrayé l’Homme, c’est pourquoi il préfère construire des vaisseaux spatiaux plutôt que de se pencher sur un microscope.

L’homme est une bête malade qui jeune, goûte le pouvoir, mature dévore les plaisirs, et vieille vomit les regrets.

Le temps présent ressemble plus à la mort qu’à l’éternité, c’est pourquoi l’homme le fuit volontiers.

Avant, on pouvait devenir célèbre si son roman était publié; aujourd’hui, il faut être célèbre pour publier un roman.

Ceux qui vivent chaque jour intensément sont obligés d’en payer le prix: imaginer qu’il pourrait être le dernier. Donc personne (ou presque) ne le fait.
Les anciens nous conseillent souvent de profiter de la vie tant qu’on est jeune, c’est qu’ils savent qu’ils ne l’ont pas assez fait eux-mêmes.(CQFD)

Vivre au présent  est une fable inhumaine qui rapproche l’homme des animaux ou des plantes.

L’orgueil est la meilleure arme contre les regrets, et rares sont ceux qui regrettent.

L’éternel souci des vieux pour leurs enfants qu’ils ne voient plus est l’ultime façon de se rapprocher d’eux.

Faire un enfant moins pour résoudre les problèmes que pour perpétuer les questions.

Nos enfants partiront très loin tant que nous serons là, puis reviendront très près quand nous ne serons plus. 

Serrer dans ses bras son enfant et savourer la présence d’un futur absent qui s’ignore.

Il fait se rencontrer les parents, lesquels font l’enfant grâce à lui, lequel s’en va à cause de lui, pour être à son tour un parent: tel est le cycle de l’amour. 

Si nos enfants ne font pas mieux que nous, c’est sûrement qu’ils auront mieux à faire.

Faire des études ne rend pas intelligent, encore faudrait-il avoir l’intelligence d’en faire pour s’en apercevoir.

La vie détient tant de projets pour un seul homme, et la mort un seul projet pour tous.

Une fois bus, tous les nectars se changent en urine.
Une fois mangés, les meilleurs mets tombent en excréments.
Une fois rejoins, tous les projets perdent leur hauteur.
Une fois achetés, les bijoux perdent de leur éclat.
Une fois dans nos bras, tous nos amours déclinent.

Le bonheur existe un peu comme les étoiles : si loin qu’elles sont probablement déjà mortes avant que leur lumière ne nous parvienne.

L’idée qui gêne le plus un croyant ce n’est pas qu’un être mauvais ne croie pas à l’enfer, mais qu’un être bon n’ait jamais cru au paradis.

L’enfer n’est qu’une projection de la haine éternelle des hommes et de leur incapacité ontologique de pardonner.

Il n’y a pas de plus haute religion que de penser que l’autre pourrait avoir raison.

La corruption religieuse est la superposition quantique de la corruption politique. 

Plus fort que la sagesse, (qui pour la bible est la peur de Dieu): la peur de faire souffrir ceux que l’on aime et qui nous font confiance.

Quel changement possible en politique, si ce n’est de dire ouvertement la vérité: on tire la couverture à soi en temps de crises, on essaye de s’en mettre plein les fouilles quand la croissance revient, et entre les deux, on vieillit.

On ne comprend pas mieux le monde en voyageant entouré de luxe et de gardes du corps, ni en serrant les mains d’une foule hystérique, ébahie par une image sortie de son téléviseur.

S'il n'y a plus rien à faire pour changer le monde, c'est qu'il reste à changer notre manière de faire.

Croire en la politique c'est comme attendre qu'un présentateur de télévision nous dise d'éteindre son poste avant la pub.

Le plus reconnaissant des sommets n’a qu’un rêve : hisser sa base à lui.

Le sommet qui n’a pour sa base que dédain mérite de s’effondrer.

Une société décadente prend les jeux au sérieux et se joue des questions sérieuses.
Matière noire reliant les amas galactiques (reconstitution satellite Planck)

Si le lien qui lie l’inerte au vivant est hasard, alors la source est inerte. Mais si le lien qui lie l’inerte au vivant est nécessité, alors la source est vivante. 

Tant que l'homme ne comprendra pas l'univers, il restera une chance que l'univers comprenne l'homme.

Les gènes: une tentative sans cesse avortée de l'individuel pour reproduire l'universel.

La lumière: trace d'une course impossible pour rejoindre l'instantané perdu. 

La matière: coagulation de l'énergie et de la vitesse. 

Une parcelle d'énergie veut rejoindre son créateur, mais ce dernier étant infini, l'univers se produit.

Notre univers: vague perdue voulant rejoindre l'horizon d'un océan qui l'enferme et le fuit. 


L'artiste qui crée ne se trompe jamais.
L'artiste qu’on crée s’est fait tromper.

Un artiste qui tombe à genoux d’admiration devant un autre artiste prend de la hauteur.

La rivalité entre deux artistes fait la preuve formelle qu’ils n’en sont pas.

L’artiste d’hier était un créateur; l’artiste d’aujourd’hui est une création.

Si l’art est un arbre, et ses différentes disciplines ses fruits, il arrive parfois qu’un ver appelé commerce en pourrisse quelques-uns

Comme l’enfant joue à la poupée pour imiter ses parents, l’homme moderne joue avec ses robots pour imiter Dieu.

Comme l’enfant attend sa mère dans une crèche, l’homme attend Dieu dans le monde.

Paradoxe d’une époque où le savoir enfante la technologie, et où la technologie stérilise le savoir.

Les primitifs buvaient le sang du lion pour être plus forts, l’homme moderne s’abreuve de technologie.

Se faire aimer pour son physique plutôt que pour ses qualités intérieures : un moyen de limiter ses responsabilités.

Ne plus chercher à savoir par peur de ce qu’il faudra comprendre.

La variété croissante des échappatoires n’a d’égale que l’invariante simplicité de ce qui nous rattrape.

Une seule seconde de foi instinctive vaut toute une vie de pratique religieuse automatique.

Rites, coutumes et traditions ordonnent chaque jour à l' homme: « Ne change rien! » 

À force de lutter contre le chronomètre nous sommes pris dans ses rouages.

Que vaudrait le temps sans le tic-tac du chronomètre ?
Que vaudraient tous les efforts sans le plaisir du repos ?
Que vaudraient les voyages sans poser ses bagages ?
Que vaudrait la vie sans la certitude de la mort ?  

Le meilleur n’arrive jamais parce qu’il est arrivé.

Si chacun veut tout et tout de suite, c’est qu’ensemble on ne veut plus rien, même plus tard.

À ceux qui disent "le passé n'existe pas" je réponds: "regardez les étoiles".

La résurrection n'est pas une vie future après la mort, mais le pire chagrin surmonté dans cette vie. 

La liberté? 

Version spinoziste: la liberté c'est comprendre qu'il n'y a pas d'évasion possible de la prison et l'accepter.

Version sartrienne: nous sommes tous condamnés à la liberté de choisir sa prison.

Version Nietzschéenne: la liberté c'est de chercher jusqu'à son dernier souffle, à s'évader de sa prison pourrie pour construire une super-prison toute neuve. 

Version bouddhiste: la liberté n'est pas hors de la prison, ni dans la prison; mais dans la réalisation qu'il n'y a jamais eu de prison, ni de prisonnier, ni de liberté.


Chaque seconde qui passe à travers le corps creuse son tunnel vers l’âme.

Arrêter le temps, c’est l'embrasser; le vaincre, c'est finir par l’aimer.

Contradictions et répliques

Louis Ferdinand Céline : « La seule vérité, c’est la mort.»
Moi : donc, les mensonges sont dans la vie, ce qui pourrait faire mentir Céline. 

Freud : « Si les mauvais penchants n’existaient pas, il n’y aurait pas de crime ; et s’il n’y avait pas de crimes, quel besoin aurait-on de les interdire ? » (Totem et Tabou.)

Moi : « Si les bons penchants n’existaient pas, il n’y aurait pas de naissances ; et s’il n’y avait pas de naissances, quel besoin aurait-on d’en faire un crime ?»

Kierkegaard (traité du désespoir) : « Désespérer du temporel ou d’une chose temporelle, si c’est vraiment du désespoir, revient au fond au même que désespérer quant à l’éternel. »
Moi : « D’accord, mais je préfère que quelqu’un d’éternel me le confirme de vive voix. » 

Pascal : (pensées) :  « La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. »  

Moi : La grandeur de l’arbre est grande en ce qu’il permet à l’homme de se connaître misérable. L’homme ne permet rien à l’arbre.


    Ou : La misère de l’homme est grande en ce qu’il dépend de l’arbre avant de dépendre de Dieu. L’arbre ne dépend que de Dieu.

   Ou encore : La projection de sa misère sur l’arbre fait la grandeur de l’homme. L’arbre ne projette rien sur l’homme.

  Conclusion : La conscience de sa souffrance fait peut-être la grandeur de l’homme par rapport à l’arbre, mais plus grand serait-il encore s’il réalisait que l’arbre peut souffrir de lui.


Alain : (cité par Sartre dans l’esquisse d’une théorie des émotions) : « La magie, c’est l’esprit qui traîne dans les choses »
Moi : La super-magie, c’est croire qu’on peut arracher l’esprit aux choses.

Sartre 😦 La nausée) : « Dans un autre monde, les cercles, les airs de musique gardent leurs lignes pures et rigides. Mais l’existence est un fléchissement.(…) Le monde des explications et des raisons n’est pas celui de l’existence. Un cercle n’est pas absurde, il s’explique très bien par la rotation d’un segment de droite autour d’une de ses extrémités. Mais aussi un cercle n’existe pas. Cette racine, au contraire, existait dans la mesure où je ne pouvais pas l’expliquer. (…) L’essentiel c’est la contingence. Je veux dire que, par définition, l’existence n’est pas la nécessité. (…) A quoi bon tant d’arbres tous pareils ? Tant d’existences manquées et obstinément recommencées et de nouveau manquées – comme les efforts maladroits d’un insecte tombé sur le dos ? (j’étais un de ces efforts).(…) Il y avait des imbéciles qui venaient vous parler de volonté de puissance et de lutte pour la vie. Ils n’avaient donc jamais regardé une bête ni un arbre ?(…) Un jaillissement vers le ciel ? Un affalement plutôt ; à chaque instant je m’attendais à voir les troncs se rider comme des verges lasses, se recroqueviller et choir sur le sol en un tas noir et mou avec des plis. Ils n’avaient pas envie d’exister, seulement ils ne pouvaient pas s’en empêcher ; voilà. (…) Tout naît sans raison, se prolonge par faiblesse, et meurt par rencontre."
 
Moi : récapitulons votre thèse: ce qui s’explique n’est pas absurde (le cercle), mais n’existe pas. Par contre, ce qui ne s’explique pas est absurde (la racine, l’arbre, l’homme…), mais existe. Donc, vous concluez que tout ce qui existe (dans le sens organique du terme ) est absurde, de trop, car « naît sans raison »   

Néanmoins, dire à propos de l’arbre, « je ne peux pas l’expliquer », et d’en déduire qu’il n’a « pas envie d’exister », est également une forme d’explication, mais une explication par défaut. Cette démonstration est comparable en tout point  à celle du cercle : la nausée de votre héros possède le caractère incontestable d’un théorème ; elle s’affirme comme une mathématique implacable, avec ce côté agressif qui fait de tous ceux qui n’en sont pas atteint des salauds (car ils se masquent cette nausée) ou des imbéciles. Bref, parce qu’il s’arme des mêmes « lignes pures et rigides » que le cercle ou la musique, sans aucune place pour le doute, votre raisonnement fait de la non-explication de l’existence, une – explication - au sens purement scientifique, voire mathématique du terme. 
Dans ces conditions, tout comme celle d'un cercle, la présence de l'arbre n’est pas absurde.

Autre objection : à propos des imbéciles et de leur 
« volonté de puissance », de ceux qui veulent absolument voir l’arbre comme un symbole de résistance et d’élévation, un  « jaillissement vers le ciel »… Je propose cette hypothèse : n’ayant pas d’explication pour les racines de l’arbre et les concluant absurdes, le héros projette son désarroi intellectuel sur le marronnier; l’affalement en verge lasse devient non pas celui du tronc, mais celui de son intellect frustré, impuissant à trouver la raison, la part de nécessité de sa vie. On peut même avancer un effet d’inversion : étant donné que la volonté de puissance doit nécessairement s’affirmer (Nietzsche), même chez le plus faible de tous les hommes, cette volonté s'exprime dans le sens inverse: celui de l’affalement. En se moquant de toute idée de jaillissement vers la nécessité (Dieu), le héros compense par une chute de sa pensée sur lui-même en tant que seule vérité : la contingence. 

En conclusion : Kant avait raison. Ni Sartre ni personne ne peut infirmer  ou confirmer l’existence de Dieu.

Ode à mon placenta. (Dédié à Peter Sloterdijk)
 
Ô toi! Organe sacré de ma survie, bouclier primal, Cerbère vigilent et sans faille, toi l’éternel orphelin, labyrinthe noyé entre deux êtres, deux peaux, deux sangs ; né de la même mère mais jeté aux rebuts. Frère cadet, anonyme et sacrifié, tu m’as défendu mieux que tous les aînés. Tu fus mon premier bras, ma première caresse, mon premier sein. Tu es ma source, mon inspiration, mon courage face à l’éternelle solitude des vivants. Et comme tu l’as fait tout au long de ma naissance, je t’implore : lance-moi ton fil d'Ariane, ton cordon secret qui me fera quitter sans peur cette vie d’asphyxie. Puisse le moment venu apercevoir ton tunnel de lumière, vers la plus douce des mères. 

Eugène Delacroix

Réponse à Hamlet, acte 5, scène 1 :

Hamlet, en compagnie d’Horatio, s’indigne de voir des fossoyeurs creusant une tombe en chantant, brisant même un crâne avec leur pioche :

Hamlet.- «Ce crâne contenait une langue et pouvait chanter jadis. Comme ce drôle le heurte à terre ! Comme si c’était la mâchoire de Caïn, qui fit le premier meurtre !
Ce que cet âne écrase ainsi était peut-être la caboche d’un homme d’Etat qui croyait pouvoir circonvenir Dieu ! Pourquoi pas ? 
Horatio. - c’est possible monseigneur.
Moi :- « Oui mes amis, mais à défaut de circonvenir votre dieu hypothétique, ce crâne fendu existe. Ces orbites creux, ces dents brisées sont là, sous nos doigts, sous nos yeux, forts d’une sincère et indiscutable présence. Futile certes, mais bien supérieure à celle dont votre Dieu ne fût jamais capable. 
Hamlet : "Cher inconnu, vous qui entrez dans mon histoire sans prévenir, quelle rage, quel courroux vous fait-il dire de telles inepties ? Comment pouvez-vous encenser de la poussière d’os ?
Moi : Aucune rage, ni courroux ne trouble ma pensée mon bon seigneur Hamlet. Ce crâne fier et vivant qui est le mien, dusse-t-il tomber en poussière un jour, je fais devant vous cette promesse : chacun de mes grains de poussière d’os continuera de défier votre dieu ; j’occuperai la place qui m’est due dans le grand cycle de la Vie et de la Mort, place que votre dieu n’a jamais pu tenir. Car dans un univers où rien ne meurt et tout se transforme, quel est ce fantôme ? Quel est cet imposteur impuissant qui n’a su que circonvenir à défaut de venir?
Horatio : mon ami, vous vous égarez ! Calmez votre éloquence, de grâces ! Vous parlez à monseigneur Hamlet!
Hamlet : Non, laissez-le dire mon bon Horatio. Continuez cher inconnu, épuisez donc ce feu qui est en vous. Qu’il brûle vos mots comme le bois sec et vous laisse repartir en paix, telle la fumée dans le ciel.
Moi : ( j’arrache le crâne des mains d’Hamlet). Mais ne voyez-vous pas messeigneurs ? Je suis ce crâne. Et je l’aime déjà, car il respire la vie !
Horatio : (il dégaine son épée) : cet homme est fou ! Si tu aimes ce crâne, tu vas le rejoindre sur le champ !
Hamlet :( retient son bras) : Non Horatio! Respectez ce pauvre homme. Il est sans armes et mortel, comme nous tous. Laissez-lui ce crâne s’il le désire. Après tout, il n’est pas le seul à penser circonvenir Dieu. Mais je puis vous l’assurer : le temps, lentement, usera ses certitudes ; et la mort, finalement, tuera son orgueil. 
Moi : (m'inclinant avec respect) Monseigneur est trop bon. Mais je puis vous l’assurer : chaque seconde de la vie d’un homme contient, à force égale, une seconde de sa mort. Et toutes ses secondes de mort qui grouillent encore dans cet os continueront de me parler de la vie mieux qu’aucun dieu n’a su le faire avant ce crâne. Quant à l’éternité que vous courtisez en secret, ne vous y trompez pas : elle n’est qu’une interminable chaîne de vie et de mort qui n’est nulle part ailleurs qu’ici et maintenant, dans ce crâne amical et beau.
(Je me redresse d'un coup) 
« Alors je vous en conjure messeigneurs ! Ne prenez pas ce crâne en pitié ! Admirez-le plutôt ! ( je le lève comme un trophée) Voilà l’ultime épreuve de force, de bravoure d’un homme face à son destin. Etre- et- ne pas être : voilà ce qui unit la splendide vérité de toute vie que voilà. 
« Inclinez-vous messeigneurs ! Voici la seule preuve de ce qui a été, est, et sera. Car qui pourrait surpasser la sincérité d’un être comme lui, ayant bravé la vie et la mort du tréfonds de ses os? 
(je caresse la boîte crânienne)
"Je vous le dis en vérité, votre dieu ne peut circonvenir que néant. ( un peu de poussière se détache du crâne et tombe au sol). Regardez mes amis! : même ce grain d’os, par sa seule présence, surpassera votre dieu pour mille ans encore! 
« Et puisque Dieu, certainement, est né du rêve des hommes, et que des milliards d’hommes sont toujours là, sous nos pieds, unis dans la terre qui supporte nos vies, alors oui inclinez-vous messeigneurs: ce crâne est un maillon sacré de la chaîne qui circonvient Dieu »

Suite ce soir…merci

Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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