Dieu selon Spinoza

Michel Onfray explique Dieu selon Spinoza

La liberté provient de la raison; car la raison, au sens de Descartes et des Lumières, libère…De là survient l’acceptation totale de son destin: comme de ce caillou qui chute, dans la vidéo ci-dessus. À quoi bon lutter? Les lois physiques sont insurmontables. Selon Spinoza, seule la connaissance intuitive est capable de procurer cette joie immense, à la mesure du Dieu-univers. Il n’y a ni calcul, ni marchandage intellectuel possible. Nous sommes au-delà des réflexions discursives de la raison. Mais cette liberté, cette jubilation de réaliser que nous sommes une infime partie de Dieu n’est pas d’une grande stabilité. Pendant la chute, l’angoisse de la pierre reprend le dessus très vite. L’union avec ce Dieu-Nature n’a été qu’un bref instant d’extase. Pourquoi? Qu’est-ce qui empêche le « yoga spinoziste » de s’installer durablement dans notre âme? Quitter son ego définitivement pour nous unir au Tout serait tellement jouissif! Adieu les dettes, les responsabilités parentales, les patrons tyranniques et les épouses encombrées du râleur-géniteur de ses enfants! Mais je m’égare…Alors comment faire? Le problème est là: Spinoza ne donne pas de méthode spirituelle. Seulement un ensemble géométrique quasi-parfait – si l’on oublie que ce n’est qu’un postulat de départ sans preuves – mais postulat inégalé dans sa construction et dans lequel tout semble cohérent, beau comme un mandala tibétain.

Mandala de sable tibétain

Dans ce dédale magnifique de la pensée cartésienne, l’Ethique spinoziste se heurte à deux choses: le mur du matérialisme et le plafond de l’immanence. Axiomes, lemmes, démonstrations, scolies, corollaires et autres propositions feraient presque oublier l’essentiel: une théorie de la totalité basée sur la pensée d’un petit homo-sapiens né 13,8 milliards d’années après le Big-bang! Pardon Pascal, mais c’est comme si l’univers tenait en équilibre sur un roseau. Mais bon, l’humilité n’est pas de mise pour ceux qui veulent marquer leur temps. Et pour s’extirper de l’emprise des religions il fallait envoyer du lourd. Spinoza le savait. Son mandala logico-mathématique ne mène nulle part ailleurs qu’à Dieu. Mais attention! Dieu n’est pas au centre, ni à la périphérie, ni dedans, ni dehors. En fait, il ne fait qu’un avec vous, avec nous tous! C’est ça le monisme. Tout ce que vous regardez ou touchez, votre écran, votre table, votre chien, la facture de téléphone, vos cheveux, etc…sont des attributs de Dieu dont nous sommes partie. C’est ça le panthéisme. C’est pas vraiment le « Dieu en poudre » des atomistes, pour reprendre une expression de l’historien Henri Guillemin, même si chaque électron fait partie de Dieu; ce n’est pas non plus cet « esprit conscient et intelligent, matrice de toute matière », comme l’a supposé l’illustre Max Planck. Pas du tout. Chez Spinoza, Dieu est plus « visqueux » si j’ose dire. Une espèce de pieuvre gluante et sans tête, apparue en même temps que l’univers. Sans parents et sans origine, infinie et sans bords, absolument rien de ce qui existe n’échappe à son enveloppe tentaculaire.

« Par Dieu j’entends un être absolument infini, c’est à dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie »

Spinoza. l’Ethique. Livre 1. Définition VI.

Et pour les petits malins qui veulent être originaux dans leurs attributs? Par exemple en étant une pierre au fond d’un puits? Une goutte d’eau? Un goéland? Ou juste sa fiente qui sèche sur le pont d’un bateau?

« On ne peut concevoir en vérité nul attribut d’une substance d’où suivrait que la substance pourrait être divisée »

(Ibid. proposition XII)

Quant aux grincheux qui supportent mal ce collé-serré, qui veulent un peu d’espace entre eux et la substance de leur conjoint devenu invivable, faire enfin « deux » même une journée? une heure? une minute? Pas de bol:

« La substance absolument infinie est indivisible »

(Ibid. proposition XIII)

Voilà pour l’être. Un, indivisible, mais une infinité d’attributs,( corps, gaz, êtres vivants ou morts, espace, boîte à lettres, etc…tout ce qu’on veut) aucun attribut existe qui puisse diviser la substance. Vous l’aurez compris: de la facture de la banque à la galaxie d’andromède, en passant par le tas d’ordure dans ma poubelle qu’il va bien falloir que je vide, on est bien tenu. Et le divorce n’est qu’illusion. Rien ne peut se départir du mandala, de la nature, de Dieu.

Les tibétains passent des mois à construire des mandalas de sable coloré. À la fin, pour rappeler l’impermanence de toute choses dans l’univers, ils le détruisent comme ceci:

Ayant répété en grande partie Spinoza mais avec la colère en plus, Nietzsche se moquait des mystiques de tous bords :

Trop bien je les connais ces hommes qui ressemblent à Dieu(…)et de leur peau ils voudraient bien sortir. Pour ce faire aux prêcheurs de mort prêtent l’oreille et prêchent eux-mêmes des arrières mondes »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra)

Tout comme Nietzsche, Spinoza et les arrières-mondes étaient comme huile et vinaigre. L’ ennemi ne l’oublions pas, c’est les religions et leurs superstitions idiotes. Donc ils ne croyaient ni en un Dieu créateur, ni aux esprits sans leur support cérébral, ni en l’âme telle que les croyants se l’imaginent.

Et sûrement pas aux sornettes de la réincarnation:

« L’esprit ne peut rien imaginer et ne peut se souvenir des choses passées que pendant la durée du corps »

Spinoza. l’Ethique. livre 5. Proposition XXI

Pour le Dieu de Spinoza il n’y a ni bien ni mal. Pour Nietzsche, même combat: il faut s’en libérer, passer au-delà. Logique. Pour rester cohérents, l’un comme l’autre se doivent d’éviter ces notions judéo-chrétiennes, ce juge qui nous culpabilise sans arrêt et jamais ne se montre. On en a tous ras-le-bol! On est plus des gosses! À la fin ça sera cool vous verrez! Grâce à leur doctrine, d’un côté la raison pure, de l’autre le surhomme, plus besoin d’églises, de bergers, prêtres et autres gourous; nous seront tous notre propre berger! Nous ferons le paradis sur terre sans l’aide d’aucune forces célestes. Qui peut-être contre, en 2020?

« J’ai dit qu’est libre celui qui est conduit par la raison seule. C’est pourquoi celui qui naît libre, et demeure libre… n’a aucun concept du mal, et par conséquent, du bien non plus »

(Ibid. proposition LXVIII. Démonstration)

Mais alors pourquoi Spinoza nous parle-t-il encore de haine et d’amour de Dieu? On se croirait parfois dans la Bible. Aux yeux d’un dieu-nature absolument neutre par définition, que ne vient-il brouiller les cartes des pauvres brebis égarées que nous sommes avec ces anciennes recettes? Veut-il créer un nouvelle religion de la raison? J’achète!

 « Cet amour envers Dieu doit occuper l’esprit au plus haut degré » (…) Dieu n’aime personne – au sens propre du terme- et ne hait personne(…) L’idée de Dieu qui est en nous est adéquate et parfaite(…) Personne de peut haïr Dieu »

(Ibid. Livre 5. Proposition XVI/ Corollaire/proposition XVIII)

Dans ce bouquet final digne d’un testament, Spinoza se rattrape comme il peut pour ne pas trop choquer le troupeau. Il faut aimer Dieu, et pour cela il faut aimer l’homme. Haïr c’est pas bien – pardon! – c’est une mauvaise sensation, puisque le juge est mort. Ou plutôt, il s’incarne définitivement dans sa création, donc dans ses créatures.

« Alors si dieu c’est la nature(Deus sive natura) pourquoi l’appeler encore Dieu? »

S’offusque Michel Onfray dans la vidéo ci-dessus. Et la boucle est bouclée. Le juge du bien et du mal assis sur son trône céleste est passé entièrement dans sa nature; il s’est infiltré partout, dans la matière, dans les ondes, jusque dans la cervelle de l’homme qui s’est infectée de sa morale. Et merde on en sort pas!

Michel Onfray et son public de l’UPC

On a beau crier son athéisme comme Onfray le fait dans son université populaire- créée pour ça – , c’est d’une logique cartésienne inouïe. Si tout est dans la nature, le juge et son verdict implacable aussi. Le bien et le mal s’infiltrent dans la substance indivisible; ils deviennent une partie inextirpable de l’homme. Spinoza a beau jouer sur les mots, maquiller le bien en sensations bonnes, et le mal en sensations mauvaises, personne n’est dupe. Exceptés peut-être les psychopathes et autres Marquis de Sade, dont les « sensations mauvaises » traversent le cerveau malade – pardon leur attribut divin! – quand ils n’ont plus de proie à se mettre sous la main?

Voir cette page à ce sujet:

À moins de faire comme les 3 singes, il est impossible de ne pas juger. Il est impossible de ne pas savoir ce qui est bien ou mal sur cette terre. Tout le monde le sait.

Le juge est toujours dans le mandala-nature. Kant et son impératif catégorique se frottent les mains. Nietzsche rage contre Spinoza qu’il traite de charlatan, et pour cause: il a tué son Dieu avant lui. Il lui a « piqué sa boutique » comme dit Michel Onfray.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

« Et que penser de ce charlatanisme de forme mathématique, sous lequel Spinoza cuirasse et masque sa philosophie »

(Nietzsche: P d BM. des préjugés des philosophes)

Il rage aussi contre Kant, puisque le Dieu d’Abraham, ce même dieu jaloux qui n’entre pas dans les églises, continue de nous coacher à distance. La différence c’est qu’il nous laisse le libre-arbitre. Mais il place une limite à cette liberté. La bonne affaire! C’est comme si, juste avant de nous planter seul dans l’univers- son univers! -, il nous avait laissé dans les gènes un programme. Ce programme dit:

« Démerdez-vous sans moi, mais je vous préviens: si vous faites le mal, immédiatement vous vous souviendrez qui je suis, au plus profond de votre chair. « 

Adam et Eve chassés du paradis. Eric Lessing.1620

Pour le coup dans cette version, c’est Dieu qui abandonne nos pauvres parents nus sous ce pommier, alors qu’ils voulaient se réchauffer d’une petite pomme, pourtant faible en calorie. Furax, il les plaque eux et le monde entier. Colérique et jaloux Jahvé, nous le savions déjà. Mais à ce point susceptible? Enfin, contrairement aux théistes, les déistes pensent que Dieu a fait le monde et bye-bye! Trop de boulot à dresser cette junte dépravée barbare et idolâtre. On règlera les compte après la mort.
Post-scriptum: je n’ai pas trouvé de tableau de maître façon déiste, où Adam et Eve restent et Dieu le père se barre. ( Comme souvent les pères.) Mais si quelqu’un a un exemple c’est bienvenu!

Post-scriptum 2: aux féministes, je n’ai pas mis les prénoms Adam et Ève par ordre alphabétique, mais par ordre d’apparition sur la scène de la vie. C’est pas du machisme, c’est pire dirait ma femme. ( parce que j’ai pompé sur les génériques des films de Woody Allen et qu’elle ne le supporte plus) Voilà grosso-modo comment je m’explique l’impératif catégorique kantien. Une sorte de limite morale laissée au cœur de notre raison par un démissionnaire professionnel, au-dessus des lois. Mais est-ce vraiment une trace, une relique héréditaire de Dieu le père? Ou bien une acquisition de l’éducation parentale? Freud s’est écharpé avec Jung à cause de cette affaire. Tandis que Nietzsche accusait Kant de moraliste.

« La raide et vertueuse tartuferie avec laquelle le vieux Kant nous entraîne dans les méandres de sa dialectique, pour nous égarer juste devant son « Impératif catégorique »…les fines ruses de vieux moralistes et faiseurs de sermons »

(Nietzsche. Par delà bien et mal. Des préjugés des philosophes.

Emmanuel Kant (1724-1804)

« Nous devons accepter un Dieu et croire en Lui sans qu’il soit nécessaire que la raison risque d’accepter sa possibilité et son existence à priori. « 

(Emmanuel Kant. Leçons sur la théorie philosophique de la religion. Poche. page 92)

Après avoir tué le juge suprême, restait à sauver le plus important pour les croyants ignares: la consolation d’une vie éternelle après la mort.

Y-a-t-il une âme? Une unité dans l’Esprit? Une union finale au Dieu-nature mais qui ne soit pas simplement le recyclage aléatoire de nos atomes? Ayez pitié messieurs les philosophes! Nous ne sommes pas dans un cours de physique pour les nuls d’Etienne Klein! On a fait tant d’efforts, tant de sacrifices sur nos penchants naturels depuis le cannibalisme de nos ancêtres! Bon sang n’y a-t-il rien après la mort? Qu’on nous donne quelque chose quoi! Lavoisier et son « rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme » on s’en tape le coquillard!

Spinoza sera d’une grande habileté à la fin de son chef-d’œuvre.

« L’esprit humain ne peut être absolument détruit avec le corps, mais il en subsiste quelque chose qui est éternel »

(Ibid. Livre5. Proposition XXIII)

Toujours garder l’Espérance. Spinoza a essayé par la Raison; Nietzsche, d’un tempérament plus guerrier, par la Volonté.

« Oui certes, de tous tombeaux pour moi tu es encore le destructeur; je te salue ô mon vouloir! Et seulement où sont des tombes, là sont aussi des résurrections! »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. le chant des tombes)

Le pont qu’il manque entre rationalité et liberté vient de là, me semble-t-il. Comment argumenter que la plus haute connaissance est intuitive, donc au-delà des concepts, mais rester sur une ligne intellectuelle pure qui tourne en circuit fermé? Comment s’extirper de l’ignorance et du doute à la seule force cérébrale lovée sur elle-même. Tel un serpent qui se mord la queue, le cerveau n’est pas voué à cette dynamique autistique, autocentré sur le mode analytique et logique. Quant à sa volonté, hélas, elle ne suffit pas toujours. Pourquoi?

Les neurosciences commencent à avoir des réponses. Nous sommes construits sur un fatras de sentiments et d’émotions dont le cortex dépend, souvent malgré lui. Un grand médecin comme Henri Laborit nous l’a déjà rappelé plus haut.

Les découvertes récentes ont classifié plusieurs sortes d’intelligences, et nous ne sommes qu’au début des découvertes d’un organe difficile à connaître dans sa totalité.

Bien après Henri Laborit et ses 3 cerveaux en 1, Howard Gardner découvre neuf formes d’intelligences:

  1. Linguistique
  2. Musicale
  3. Logico-mathématique
  4. Spatiale
  5. Kinesthésique
  6. Intrapersonnelle
  7. Interpersonnelle
  8. Naturaliste
  9. Existentielle.

Ayant co-écrit un livre sur le Dalaï Lama, chef spirituel des tibétains, Howard Gardner ajouté la 8ème et 9ème ultérieurement.(source Wikipédia)

Les philosophies asiatiques ont depuis longtemps intégré ces forces psychiques dans une méthode de progression spirituelle bien codifiée, millénaire. (vidéo plus bas à ce sujet) Est-ce encore une arnaque religieuse de la domination que de vouloir comprendre la vraie nature de notre psyché? Pourquoi toujours se fier à la raison seule quand juste en-dessous d’elle, dans la même boîte crânienne, nous sentons à quel point d’autres forces nous détournent de cette sérénité tant rêvée, de cette soi-disant liberté dont Spinoza vantait les bienfaits.

Nous avons déjà parlé du bouddhisme, qui n’est autre qu’un chemin plus profond, me semble-t-il, que le seul intellect. Mais pour des matérialistes qui réfutent la moindre force extérieure non-intelligible, pour ceux qui rejettent le mot « esprit » et leur préfère « mental » (j’en connais), bref tous ceux qui nient le moindre facteur x pouvant interagir avec la pensée cartésienne, il ne restait que le bon vieux réflexe: « Jeter bébé avec l’eau du bain ». Je veux dire le bébé de la spiritualité millénaire des hommes qui cherchent un sens à la vie; je veux dire la tâche la plus difficile sur cette terre de diversité. Jésus appelait ça: « Trier le bon grain de l’ivraie ».

Nous y reviendront plus bas. Mais à ce stade je préfère donc prévenir le lecteur qui voulait en découdre avec les religions établies. Il ne trouvera pas sur ce site autre chose qu’une recherche pragmatique, sans concessions, de ce qui peut être amélioré, non éradiqué. J’ai peut-être été marxiste un temps, avouons-le, mais j’avais 20ans…Depuis j’ai appris que faire table-rase n’est qu’une entourloupe d’un pouvoir contre un autre.

Les grands penseurs comme Nietzsche, Spinoza et tant d’autres ont un petit défaut: rejeter tout en bloc et refaire le monde après de A à Z. Rien de tout cela ici. Nous devons faire avec ce qui existe, essayer de le comprendre, de se battre pour réajuster et argumenter point par point, par la raison certes, mais sans exclure personne, sans arracher personne à de ses racines spirituelles. Islam, indouisme, christianisme, judaïsme…Je crois profondément que toutes les religions ont le même but premier qui mérite respect. Mais les autres buts, ceux plus sombres, politiques, etc… nous serons toujours d’accords pour les combattre.

Voilà pour l’avertissement. Votre temps est aussi précieux que le mien.

Vers la fin de son livre, Spinoza n’exagère-t-il pas un peu avec l’intellect qu’il prête à son Dieu, lequel est, me semble-t-il, pur anthropomorphisme :

« Dieu s’aime lui-même d’un amour intellectuel infini »

(Spinoza. l’Ethique. Livre 5. Proposition XXXV

Ne faut-il pas lire ici un amour totalement retourné sur lui-même, amoureux de son propre génie, baigné de narcissisme absolu?

Narcisse le Caravage

Allergique aux saints, yogis et autres « prêcheurs de mort », Nietzsche se heurte à la même boucle obstinée de matérialisme. Violement narcissique, le pont qu’il veut faire avec son surhomme doit passer par l’homme. Traduisez: son Zarathoustra dionysiaque qui n’est autre que lui-même. Pas de mantras. Pas de prières. Aucune intercession à quémander, zéro transcendance possible.

« Osez d’abord croire en vous-mêmes- en vous et en vos entrailles. Qui en lui-même ne croit est toujours un menteur. »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. de l’immaculée connaissance)

Et surtout pas de pitié, ni miséricorde ou compassion!

« Hélas, où dans le monde advinrent plus grandes folies que chez les compatissants? Et dans le monde, qui a fait plus souffrir que les folies des compatissants?

(ibid. Des compatissants)

Un point pour Nietzsche. Mais qui a eu cette idée folle de croire que le troupeau se passerait de transcendance, de spiritualité, de « magie »? L’homme doit décliner et de lui renaîtra un surhomme…La bonne blague. Comment Zarathoustra peut-il se dépasser sans idéal bien défini?

«  Comment l’homme sera-t-il surmonté? C’est le surhomme qui me tient à cœur, mon unique souci – et non l’homme, non le prochain, non le plus pauvre, non le plus souffrant, non le meilleur »

(Ibid. De l’homme supérieur)

Sur quel modèle ce surhomme? Sans source extérieure, sans repère ni étoile, ni point sublime à atteindre? Comment s’appuyer sur un être qui déchoit?

« Ô mes frères, ce que je puis aimer chez l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin »

(ibid)

Zarathoustra veut passer sur un pont de bois pourri en train de céder pour sauter plus haut ? Est-ce vraiment les hauteurs qui l’attirent ou le précipice?

« Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi »

(Nietzsche. P.d.b.m)

Sur cette terre qu’il aime tant, le surhomme n’engendrera tout au plus qu’un sur-bien avec son jumeau siamois, le sur-mal. Nos enfants auront peut-être droit à un sur-Nietzsche? encore plus furax contre un monde survolté au lieu d’être révolté. On est pas plus avancés.

À tous ceux qui comme Michel Onfray, Richard Dawkins et tant d’autres pensent un jour éliminer Dieu- le vrai – de l’esprit des hommes et se débrouiller seul, Rémi Brague dit à peu près ceci:

« C’est un peu comme essayer de se soulever dans les airs en attrapant ses cheveux à la façon du baron de Munchausen »

le Baron de Munchausen se tire par les cheveux pour s’extirper des sables mouvants (Gustave Doré)

À un moment donné, il faut bien laisser les choses ouvertes, dire « je ne peux plus savoir », ou bien « quelque chose me dépasse et me dépassera toujours« . Peut-être alors pouvons-nous essayer de s’y rapprocher en s’améliorant à partir de nos erreurs, générations après générations, comme le pensait Kant finalement?

« Dieu veut l’élimination du mal par le développement tout-puissant du germe de la perfection. Il tient à la disparition du mal par le progrès vers le bien »

(E. Kant. Leçons sur la théorie philosophique de la religion. Théologie morale).

Dernière question sur ce sujet: Nietzsche est-il mort fou à cause de trop de certitudes? Attention Michel Onfray! Ou bien à force de se hisser tout seul par les cheveux?

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou »

(Friedrich Nietzsche. Ecce Homo)

Paix à son âme, et celle de Spinoza qui a rejoint son Dieu-Nature. Et merci pour toutes ces pièces de puzzle supplémentaires dont nous essayons toujours de trier le bon grain de l’ivraie.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

Des nombreux problèmes que je rencontrais dans la pratique de la méditation, une nonne bouddhiste de l’école tibétaine qui venait régulièrement nous donner des enseignements à Nice, m’avait dit à peu près cette chose que je n’ai jamais oubliée: 

« Nous sommes le fruit d’une union sexuelle. Nous sommes le fruit de sentiments complexes, ambigus, etc… lesquels ne sont pas totalement rationnels. La raison humaine seule ne pourrait être la cause de notre existence sur terre. Pour les émotions négatives, nous devons faire le travail des écuries d’Augias non en évacuant au dehors les « saletés » de notre ego, mais en les intégrant toutes, jusqu’à la dernière, sans lutter. Ceci ne vient pas en lisant un bouquin ou mille autres, mais en pratiquant » 

En ce qui concerne la compassion dont Nietzsche semble se méfier plus haut, je lui avais posé la question de la différence d’avec la pitié; elle m’avait répondu ceci:

« La pitié, c’est quand vous voyez quelqu’un souffrir et vous projetez sur lui votre peur, parce-que vous vous sentez démuni s’il vous arrivait la même chose. La compassion c’est la même situation, mais vous projetez sur lui votre amour et surtout, vous agissez pour l’aider comme vous le feriez pour vous-même »

Nonne bouddhiste

Les tibétains connaissent les subtilités du monde des émotions bien mieux que nous autres occidentaux. Pays bouddhiste depuis plus de treize siècles, sa langue comporte un vocabulaire très riche pour disséquer les dizaines de variantes à partir d’une seule émotion. Parfois plus poussé que la psychanalyse, cette précision linguistique aide les jeunes étudiants à partager leurs expériences méditatives avec leur maître au jour le jour. Cette pratique essentielle, axe des enseignements du Bouddha, (Dharma) fera de certains adeptes des yogis accomplis, voire de futurs guides spirituels qui à leur tour enseigneront la vraie méditation, comme dans les vidéo ci-dessus…

Les bouddhistes ne croient pas en un Dieu créateur, mais ils pensent que l’esprit peut renaître encore et encore; la plupart du temps poussé par les émotions non-maîtrisées, l’ignorance, l’attachement à ce monde, etc…Il y a six mondes possibles selon la croyance, appelés Samsara. Mais il arrive que de grands yogis devenus maîtres spirituels choisissent de renaître de leur plein gré après leur mort dans tel ou tel monde, parfois plusieurs à la fois, voire de choisir leurs futurs parents!

Je préfère ne pas me prononcer quant à cette croyance riche en couleurs et divinités symboliques. Si j’ai des doutes en ce qui concerne la réincarnation, je ne rejette pas cette philosophie née en Inde, 500 ans avant Jésus-Christ. Enfin, si J-C tel que nous le connaissons est vraiment né en chair et en os. Ce n’est pas le cas pour notre philosophe aux cent livres.

Comme le demande Michel Onfray dans ses nombreuses conférences, pourquoi ce besoin du nom de Dieu? La réponse est dans la question. Certaines pierres orgueilleuses refusent d’admettre qu’une autre intelligence puisse les envelopper. Il y a peut être un autre moyen d’infirmer Dieu que de projeter sur la Nature ses propres limites intellectuelles? 

Exemple d’argumentation ci-dessous, dans Léon Morin, prêtre, de J-P Melville (1961), avec Emmanuelle Riva et J-P Belmondo. Primé à la Mostra de Venise.  

Autre argumentaire dans une reprise récente : « La confession » de N. Boukhrief, avec R. Duris et M. Vacth

Y-a-t-il un fil d’Ariane pour sortir de ce labyrinthe infini de naissance et de mort appelé Samsara?

Nous n’avons hélas pas grand chose à nous mettre sous la dent. Depuis 1960 le programme SETI de recherche d’une intelligence extraterrestre n’a rien donné, exceptés de beaux films.

Est-ce qu’on nous cache des choses au sujet d’intelligences plus évoluées? (voir cette page de mon blog à ce sujet)

L’astronome et cosmologue Carl Sagan a écrit le roman Contact en 1985 et travaillé pour le programme SETI (Surch for Extra Terrestrial Intelligence) 

Ce grand scientifique n’aura hélas pas eu le temps de voir le film que Robert Zemeckis lui a dédié
Extrait du grand départ.

Suite et fin…

Ce grand scientifique n’aura hélas pas eu le temps de voir le film que Robert Zemeckis lui a dédié
Extrait du grand départ.

Suite et fin…

Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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