Bientôt sur Mars. Dernière partie

Vaincre le mal

Notre système néo-libéral repose sur l’étouffement économique d’un nombre grandissant de personnes, presque tout le monde l’admet. Pourtant on trouve encore des économistes ou statisticiens douteux qui nous expliquent que la pyramide du progrès profiterait à tous…

  Pas besoin de médaille Fields pour comprendre qu’on ne démontre pas mathématiquement l’accès au progrès !

Plus le sommet de la pyramide monte, plus la base s’élargit. Logique de proportion élémentaire. Mais dire: « plus il y a de riches encore plus riches, moins il y a de pauvres » est erroné. La corrélation entre riches et pauvres n’est pas automatique comme une simple fonction de proportionnalité. Comme chacun le sait, l’économie n’est pas une science exacte comme les maths. Pourtant nous insistons sur ce modèle antisocial incarné maintenant voilà plus de 40 ans par des idéologues de la « liberté ».

Ces politiciens n’étaient que les maillons d’un système d’oligarchies beaucoup plus puissants qui poussait derrière eux et a réussi à s’implanter dans nos vies, partout, sans rendre aucun compte à personne. 

 

Mathématicien, maire de la ville de Lausanne pendant 14 ans et premier élu vert dans un parlement national au monde, écrit:

extrait:  

« La répartition de la richesse planétaire favorise toujours plus un petit nombre d’individus alors que 1 % des habitants de la planète possédaient 44 % de la richesse mondiale en 2009 ils en détiennent le 50 % en 2016″… »Les huit plus importants multimilliardaires possèdent plus de richesses que les 50 % des habitants les plus pauvres de la planète, les 10 % les plus riches possèdent 86 % de la fortune mondiale et la moitié des millionnaires du monde sont américains » ( Daniel Brélaz. L’avenir est plus que jamais  notre affaire p. 69. Ed. Favre)

 

Les ustensiles modernes n’ont qu’une valeur intrinsèque relative. Le nerf de la « très mauvaise économie » (Pierre Bourdieu) c’est la dette. Les tribus d’Amazonie, d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie possèdent désormais des portables, des télés, des micro-ondes, même des voitures ou des maisons. Mais ces populations restent toujours au bas de la pyramide car de générations en générations, ceux qui sont en haut n’ont pas été élevés pour perdre la moindre longueur d’avance. Voilà où nous pouvons agir: pousser les leaders du capital à l’autocritique d’un côté tout en leur résistant de l’autre. Une économie nouvelle est réclamée par de plus en plus de monde, y compris de ceux qui profitent malgré eux de ce monde à l’économie erratique, où l’argent attire l’argent et le retient dans les sphères closes et sécurisées. La redistribution minimale n’a jamais lieu, quoiqu’ils disent. Là où il manque, l’argent manque depuis toujours. Qu’est-ce qui brisera la dynamique morbide?

« J’ai la conviction que le problème de l’instauration de la paix dans le monde sur une base supranationale ne sera résolu qu’en déployant la méthode de Gandhi sur une plus grande échelle »

(Einstein . Lettre à G. Nellhaus 20 mars 1951. archives Einstein)
Mahatma Gandhi (1869-1948)

Les inégalités non seulement demeurent, mais s’accentuent puisque corrélées à une autre loi beaucoup plus sournoise: celle de l’offre et de la demande. C’est le marché qui fixe les valeurs des biens, pas le bien lui-même. Surtout si le marché est en possession de ceux qui y puisent leurs forces, mieux encore si ce bien est une surface au sol dont on a marqué sa propriété par de l’ immobilier.

  • Favelas Rio
  • Djakarta

Toutes les démonstrations abracadabrantes prouvant que le confort progresse sur la planète sont fallacieuses. On peut dormir sous un toit en dur (ou en tôles), avoir de l’électricité, etc…mais être plus asphyxié que jamais par les dettes que ce nouveau confort génère. Le décalage entre riches et pauvres grandit. Pour brouiller les cartes on présente une équation chimérique du progrès-allant-de-soi; on cache un nombre fini – la surface de la terre qu’on s’est appropriée- avec d’autres nombres infinis qu’on fait miroiter aux naïfs comme modèle de réussite en terme de compte en banque. C’est ça l’hypnose du libéralisme. Surtout pas se révolter contre l’argent, mais croire en ses possibilités d’en faire aussi! Quel jeune censé peut-il encore croire en ces mantras diaboliques des nouveaux maîtres du monde. On nous dit:

   

« Tout le monde peut faire de l’argent, à condition de croire en soi, de se lever tôt, d’oser et d’entreprendre »

Etc…le discours classique de gens comme Jacques Attali, Alain Minc et autres essayistes, hypnotiseurs à la solde de l’ordre établi.

Finalement Freud avait raison: le cerveau primaire inconscient est très performant; pas besoin de lire des tas d’essais compliqués pour comprendre en quelques secondes, comme un jeu d’enfant. Il suffit moins d’écouter que d’observer attentivement les intellectuels qui passent le plus souvent à la télé pour savoir qui ils défendent parce qu’ils sont leur fond de commerce: ceux qu’ils n’attaquent jamais frontalement. Tous ces beaux discours de la gauche « caviar » nous feraient presque oublier que ce qui permet aux riches d’être riches à l’infini, c’est avant tout leur main mise sur un seul et unique produit fini dont ils se sont accaparé les meilleures parts dans tous les pays: la terre.

Le néo-libéralisme se sert de ces leurres statistiques pour sévir par delà les frontières, y compris chez nous.

 

Saskia Sassen a analysé les méfaits de la haute finance incontrôlée lors de la crise des sub-primes en 2007, (prêts hypothécaires à risque) La logique de ces aberrations spéculatives n’est jamais de s’assurer du remboursement individuel des prêts, mais de l’expulsion des ménages en masse et la récupération finale des espaces. Lire ceci:

Saskia Sassen sociologue économiste

L’impuissance de nos politiques et des médias face à ces phénomènes destructeurs ressemble à de la duplicité, voire de la complicité. Résultat: la colère gronde dans nos rues. La précarité a passé le seuil de nos modestes appartements, locations sous caution, maisons mises à l’hypothèque. L’insécurité vient sévir dans nos propres familles. Où est le mérite tant vanté de l’effort, du travail, de la liberté ?

L’ironie du sort est double: la religion prend de nouveau un tournant sectaire et violent comme au temps de l’inquisition ; et l’esprit critique des Lumières est de nouveau diabolisé. Cherchez l’erreur… Homo-politicus est un serpent vénéneux qui se mord la queue. Les hommes utilisent les grands concepts abstraits comme la patrie, le travail, la révolution, et même Dieu pour dominer leurs semblables; sous couvert de la raison et de la science, la force reste en dernier recours notre cartouche préférée.

Celle des dominants:

Hiroshima sous la bombe atomique 6 août 1945 8h15

Ou des dominés:

La liste est interminable. Voire interchangeable! Car si les cartes historiques du monde avaient été inversées, (ou peut-être dans un monde parallèle, parfait négatif du notre qui sait?) nous aurions fait à peu près la même chose.

L’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux »  (Victor Hugo discours 1849 assemblée nationale)

Victor Hugo (1802-1885)

Georges Orwell aura-t-il le dernier mot? Est-ce que la paix sera toujours la guerre? Honoré de Balzac pensait que le monde finirait en une gigantesque orgie. Puisse-t-elle être une orgie de solidarité! 

La loi du tout ou rien est révolue. Le curseur entre blanc et noir doit être sans cesse ajusté. C’est ça l’intranquillité camusienne. C’est ça qui l’avait définitivement éloigné de Sartre.

 

« La révolution consiste à aimer un Homme qui n’existe pas encore » (Camus) « Si c’est ça la justice, je choisis ma mère » (A. Camus)  

Déformée par un journaliste sartrien, cette phrase à été dite dans un contexte précis de la vie de Camus, à l’époque où les terroristes indépendantistes d’Algérie faisaient sauter des tramways à Alger, sur les mêmes lignes que sa mère prenait tous les jours. Il faut rajouter ce préalable essentiel pour un écrivain qui chérissait par-dessus tout sa mère handicapée, prenant souvent le tram: « Si c’est ça la justice (entendons: faire sauter des bombes et tuer des innocents comme sa mère) je choisis ma mère. Quel salaud serait capable du contraire?

Loin de l’aveuglement des masses, la révolution camusienne prône les limites de chacun face à sa petite barbarie personnelle, toujours prête à surgir. Convertir la révolte qui gronde partout, utiliser son énergie inépuisable, moins pour exproprier tous les riches et trancher les carotides de l’ennemi que pour trouver ce fameux compromis intranquille de tous les jours: une base de politique entièrement nouvelle? 

 

Conclusion

 

« De la disparition du passé on se console facilement; c’est de la disparition de l’avenir qu’on ne se remet pas. Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et qui n’a jamais pu voir le jour » 

( les désorientés- Amin Maalouf)
 
Amin Maalouf

Une nouvelle renaissance politique qui donnerait le dernier mot à Jean-Jacques Rousseau ne dépend plus que de nous. L’occident peut-être fier de sa technologie et de ses richesses, mais doit être conscient de ses responsabilités historiques. Nous les couplerions aux valeurs séculaires du Sud et de l’Orient qui sont la force intérieure, la patience, l’endurance face à la souffrance et l’attachement à la famille. 

Le poème que récite Amin Maalouf est de Omayyah Inn Abissalt al-Andalusi Poète arabe né à Denia (Espagne) en 1068, mort à Bejaia (Algérie) en 1134.

Sartre et les manichéens grimacent, mais l’Homme moderne a choisi son camp; celui de la disparition des notions de camps au sens guerrier du terme; celui de l’action lucide, efficace, durable; celui d’un nouvel humanisme international puissant sous l’égide d’une Confédération Humanitaire Internationale enfin libre de faire respecter cette belle idée: les droits de l’Homme.

Conseil de sécurité

Nous clamerons enfin cette « fin de l’Histoire » et ferons tous un gros bras d’honneur à « l’éternel retour! » 

Le plus grand sociologue du siècle, le regretté Pierre Bourdieu, nous rappelle une chose pleine de bon sens:

 

« Le social, c’est de l’économique! »

 

« Pour « changer la vie », il faudrait commencer par changer la vie politique » (P. Bourdieu)

Pierre Bourdieu (1930-2002

Désolé pour Mars Buzz, mais nous avons besoin de cet argent et de cette énergie sur terre. La fuite en avant c’est l’ancien monde.

Nous ne transporterons jamais l’ancien là-bas.

Merci de votre attention.

Le livre de Paul Collier, économiste à Oxford, sur le milliard d’humains du fond du fond dont parlait Jean Ziegler!

Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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