Nietzsche contre Spinoza et Kant (2)

« Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen »

(Kant. Fondement de la métaphysique des mœurs)

Emmanuel Kant

Contrairement à Nietzsche, Freud et la majorité pensante, il existe un instinct moral inné pour Kant: l’impératif catégorique. Balivernes pour Nietzsche!

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

« La raide et vertueuse tartuferie avec laquelle le vieux Kant nous entraîne dans les méandres de sa dialectique, pour nous égarer juste devant son « Impératif catégorique »…les fines ruses de vieux moralistes et faiseurs de sermons »

(Nietzsche. Par delà bien et mal. Des préjugés des philosophes.)

Pour Kant, il ne faut pas confondre liberté pulsionnelle et stagnation animale d’un homme qui refuse – en conscience – d’évoluer vers son destin qui n’est pas autour de son nombril, mais dans l’universalité.

« Le mal n’est donc pas un moyen du bien, il est au contraire produit comme un dérivé parce que l’Homme doit s’affronter à ses propres limites, à ses instincts animaux »

(Kant, Leçons. La théologie morale)

Assez culoté! D’habitude, on dit volontiers l’inverse: que la liberté, c’est de suivre ses pulsions, lesquelles sont régies par le principe de plaisir freudien, sans se soucier trop des autres. ..

Spinoza de son côté voit le Bien et le Mal comme pur anthropomorphisme. Mais il ne résiste pas jusqu’au bout à cet impératif d’universalité du bien.

« Le bien que quiconque pratique la vertu désire pour lui-même, il le désirera pour les autres hommes. » 

(Spinoza. l’Ethique. Livre V. proposition XXXVII)

Alors qui croire? Qui suivre? L’égoïsme animal et instinctif comme nature profonde de l’Homme, ou l’altruisme moral auquel il faut accéder ( très difficilement) par la raison? Une liberté « easy », – y’a qu’à suivre ses penchants sans trop penser à autrui- , ou une liberté plus « hard », faite de travail sur soi-même, en harmonie avec la communauté humaine.

« Quand l’homme se sera définitivement développé, le mal cessera de lui-même.

(Kant. Leçons. La théologie morale. P. 154)

Les matérialistes athées comme Onfray postulent que cette notion du Bien et du Mal sont acquises dans l’enfance, selon l’éducation que nos parents nous ont transmise.

Michel Onfray et son public de l’UPC

Mais Kant qui croit au Dieu créateur de l’univers, au progrès de l’humanité et au Bien en tant que but final dit:

« L’ espèce humaine devrait être une classe de créatures qui un jour sera capable, en vertu de sa nature, de se libérer de ses instincts »

(Ibid)

Même Spinoza et son Dieu-Nature – donc cent pour-cent neutre – admet cet altruisme naturel à la fin de son chef-d’œuvre:

« La haine doit être vaincue par l’amour ou la générosité»

 (Ibid. Livre 5. Proposition X. scolie.) 

Mais Nietzsche ne l’entend pas de cette oreille:

« L’esprit humain est essentiellement cruel. »

(Nietzsche. Généalogie de la morale)

À moins de faire comme les 3 singes, il est impossible de ne pas savoir ce qui est bien ou mal sur cette terre. Mis à part les psychopathes, tout le monde le sait.

Kant et sa moraline, comme dirait aujourd’hui Eric Zemmour, reprennent du crédit. Nietzsche, qui est à l’origine du concept de moraline, rage contre Spinoza qu’il traite de charlatan, et pour cause: il a tué son Dieu avant lui. Il lui a « piqué sa boutique » comme dit Michel Onfray.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

« Et que penser de ce charlatanisme de forme mathématique, sous lequel Spinoza cuirasse et masque sa philosophie »

(Nietzsche: P d BM. des préjugés des philosophes)

Et Kant d’insister:

Emmanuel Kant (1724-1804)

« Nous devons accepter un Dieu et croire en Lui sans qu’il soit nécessaire que la raison risque d’accepter sa possibilité et son existence à priori. « 

(Emmanuel Kant. Leçons sur la théorie philosophique de la religion. Poche. page 92)

On se rapproche de l’homme bon à l’état de nature, c’est à dire tout bébé. Jean-Jacques Rousseau était sur la même ligne.

Jean-Jacques Rousseau

 Posons comme maxime incontestable que les mouvements de la nature sont toujours droits : il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain ; il ne s’y trouve pas un seul vice dont on ne puisse dire comment et par où il est entré. » 

« L’homme est naturellement bon… (c’est la société) qui déprave et pervertit les hommes . »

J-J Rousseau.

Bien avant Rousseau et Kant, le bouddha historique en avait fait le pilier de sa doctrine. Pour le prince Siddhârta, alias le bouddha Sakyamuni, chaque être est un éveillé potentiel. Mais la condition pour parvenir à l’éveil est encore une question moins de puissance supérieure que de volonté individuelle. Cette religion philosophique prône la méditation, la recherche introspective. Le but étant de vaincre notre ego, symbolisé par Mara et ses trois filles.

Bouddha face au trois filles de Mara

Les trois filles de Mara, Thanã (l’envie), Arati (la colère), et Raga (le désir), recouvrent ce « joyau » au cœur de chaque être. Est-il une forme d’impératif moral plus de deux mille ans avant la trouvaille de Kant, un noyau indestructible du Bien universel ? On peut rêver…

Conquerrait il mille fois mille hommes sur le champ de bataille, vraiment, le plus noble vainqueur est celui qui se conquiert lui-même.

Bouddha Sâkyamuni, verset sur les mille.

Encore bien avant lui, Socrate avait enseigné la même quête d’introspection de l’âme, à laquelle il croyait. Le but de la quête est d’atteindre un monde supérieur où est la pensée, l’Amour, le Bien absolu. Son disciple illustre, Platon, nous a laissé les seules traces écrites de son enseignement. Comme cette maxime qui a traversé les âges sans prendre une ride:

« Connais toi toi-même! »

Socrate

Socrate avant de boire la Cigüe.

C’est bien beau tout ça, dirait Michel Onfray, mais même en admettant un être humain prédestiné au bien, cela ne prouve pas l’existence d’un Dieu, d’une âme, d’une substance indivisible etc…et il n’aura pas tort.

Allergique à Rousseau, Onfray et les athées nous rappellent souvent cette évidence qui est à leur crédit: rien sur terre, depuis la nuit des temps, ne prouve que le fond de l’être humain soit « bon ». Beaucoup pensent le contraire. D’autres ni l’un ni l’autre ou les deux en même temps.

Père de l’inconscient, Freud est sur la même position que Nietzsche sur ce point.

« Nous sommes en droit d’écarter le principe d’un faculté originelle, et pour ainsi dire naturelle, de distinguer le bien et le mal »

(Freud. Malaise dans la civilisation.)

Les fariboles bouddhiques ou platoniciennes, et plus tard kantiennes, ne prouvent pas l’existence d’un au-delà meilleur. Par conséquent, tous ces gens sont renvoyés dans le même camp: celui des religieux au sens large, des prêcheurs d’arrière-monde. Pour Freud, le Nirvana des bouddhistes, (l’extinction des passions), n’est qu’une pulsion de mort émanant du fond de nos cellules, une espèce de loi d’économie d’énergie poussée à l’extrême, c’est à dire le zéro, le néant.

Prochainement…Merci de votre attention!

Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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