Nietzsche contre Spinoza et Kant (conclusion)

Zarathoustra peint par Raphaël 1509

« Osez d’abord croire en vous-mêmes, en vous et en vos entrailles. Qui en lui-même ne croit est toujours un menteur. »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. de l’immaculée connaissance)

Oui mais pourquoi Zarathoustra, le vrai, croyait il aussi à son Dieu de lumière Ahura Mazda? (Le seigneur sage et omniscient)

Ahura Mazda et son prophète Zoroastre (650-553 AV. J-C)

Je ne parviens pas à comprendre cette idée de Nietzsche que d’avoir emprunté le nom d’un vrai homme d’esprit qui a jalonné la Perse antique, pour en faire l’avatar de son plus beau livre, livre qui dépasse largement, hélas, mon entendement. (Si une ou un spécialiste du zoroastrisme a une explication, très volontiers dans les commentaires car je crains que Nietzsche savait depuis longtemps qu’il déviait du récit historique)

Et surtout pas de pitié, ni miséricorde ou compassion!

« Hélas, où dans le monde advinrent plus grandes folies que chez les compatissants? Et dans le monde, qui a fait plus souffrir que les folies des compatissants?

(ibid. Des compatissants)

Un point pour Nietzsche. Mais qui a eu cette idée folle de croire que le troupeau se passerait de transcendance, de spiritualité, de « magie »? De plus, la doctrine de Zoroastre prônait autre chose que cette anti-compassion bête et méchante. Je ne comprends pas. Voici un principe de la doctrine:

Humata, Hukhta, Huvarshta (« bonne pensée, bonne parole, bonne action »)

Source Wikipédia

Et les explications d’un spécialiste:

« Au lieu d’exalter le sentiment de culpabilité, le martyre et l’ascétisme, il est recommandé de travailler fort, de gagner de l’argent, de jouir de la vie et de donner généreusement »

( Shaun Walker- The last of the Zoroastrian – Source wikipédia)

Mais bon…Nietzsche voulait sûrement dire autre chose, ou provoquer une humanité en perdition. Chaque fois que je relis des passages de cet ouvrage hermétique, j’en suis persuadé: Nietzsche ne pouvait être cet homme qui fait fuir à coups de bâtons Saint François d’Assises:

« Déguerpis! Loin de moi méchant flatteur! cria Zarathoustra méchamment (…) Et il agitait son bâton vers le tendre mendiant; mais à toutes jambes l’autre s’enfuit »

(Nietzsche. Ainsi parlait Z. Le mendiant volontaire)

Ou encore plus loin:

 » C’est le surhomme qui me tient à cœur, lequel est mon premier – mon unique souci – et non l’homme; non le prochain, non le plus pauvre, non le plus souffrant, non le meilleur »

(Ibid. De l’homme supérieur)

Je reste ignorant et sans explications sur le sens de ce passage terrible pour l’humanisme … Même l’anarchiste le plus anticlérical comme Michel Onfray garde une « petite tendresse » pour François d’Assises, un homme qui s’était dépouillé de tout confort, qui a combattu contre les privilèges scandaleux et l’autorité d’une Eglise corrompue qui refusait ses demandes de réforme. Pas fou le Vatican.

L’homme doit décliner et de lui renaîtra un surhomme…La bonne blague. Comment Zarathoustra peut-il se dépasser sans idéal transcendant? Le vrai Zoroastre avait son Dieu nous le savons. Mais Nietzsche? Sur quel modèle veut-il ce surhomme? Sans repère ni étoile, ni point sublime à atteindre? Comment s’appuyer sur un être qui déchoit?

« Ô mes frères, ce que je puis aimer chez l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin »

(ibid)

Zarathoustra veut donc passer sur un pont de bois pourri en train de céder – l’Homme- pour sauter plus haut ? Vers le surhomme? Est-ce vraiment les hauteurs qui l’attirent ou le précipice?

« Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi »

(Nietzsche. P.d.b.m)

Sur cette terre qu’il aime tant, le surhomme n’engendrera tout au plus qu’un sur-bien avec son jumeau siamois, le sur-mal. Nos enfants auront peut-être droit à un sur-Nietzsche? encore plus furax contre un monde survolté au lieu d’être révolté. On est pas plus avancés.

À tous ceux qui comme Michel Onfray, Richard Dawkins et tant d’autres pensent un jour éliminer Dieu – le vrai – de l’esprit des hommes et se débrouiller seul, Rémi Brague dit à peu près ceci:

« C’est un peu comme essayer de se soulever dans les airs en attrapant ses cheveux à la façon du baron de Munchausen »

le Baron de Munchausen se tire par les cheveux pour s’extirper des sables mouvants (Gustave Doré)

Dernière question sur ce sujet: Nietzsche est-il mort fou à cause de trop de certitudes? Attention Michel Onfray! Ou bien à force de se hisser tout seul par les cheveux?

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou »

(Friedrich Nietzsche. Ecce Homo)

Paix à son âme, et celle de Kant et Spinoza, qui a rejoint son Dieu-Nature. Et merci pour toutes ces pièces de puzzle supplémentaires dont nous essayons toujours de trier le bon grain de l’ivraie.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

Merci de votre attention!

Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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