Blog

L’homme un loup pour l’homme?

Merci d’éloigner les enfants de votre écran. Âmes sensibles s’abstenir.

Il paraît que la conscience de notre mortalité nous distingue de l’animal.

Canis-Dirus (ancêtre du loup)

Les animaux n’ont pas la notion du temps historique, c’est à dire ce temps qui laisse des traces dans la mémoire collective d’une espèce toute entière. Jusqu’à preuve du contraire, une horde de loup suivra son mode de fonctionnement social millénaire, sans se soucier des affaires humaines, jusqu’à notre propre autodestruction.

La nature a bien fait les choses. Sur le plan darwinien, changer c’est s’adapter sans cesse  à un environnement qui bouge depuis toujours, bien avant qu’Homo-Sapiens n’entre sur la scène de la vie.

Chaque organisme sur terre doit subir des mutations profondes qui n’ont qu’un but: préserver l’espèce de l’extinction.

Ci-contre, évolution des cétacés.

Ci-contre évolution des canidés.

Cadeau de la nature, cette mutation est absolument automatique, inscrite au plus profond des cellules. C’est une sorte de programme acquis de générations en générations qui vient mettre à jour nos gènes. Pas besoin d’y penser à chaque accouplement pour la génération suivante. Ça libère l’esprit pour d’autres joies de la vie!

Les comportements changent automatiquement, au gré des bouleversements climatiques qui ont chamboulé la planète.

Dès que l’hiver s’installe, aucun loir ou marmotte n’oublie jamais d’hiberner.

Aiphane caryotifolia

Si nous partageons cette magie de l’adaptation darwinienne avec les végétaux et les animaux, une chose hélas nous sépare de ces derniers.

« Qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux sur toute la terre et sur tous les reptiles et les insectes » (Genèse 1. 26)

La taille de notre cerveau a augmenté plus vite que celui du singe.

Côté Occidental, même évolution génétique, à quelques variantes près :

Côté Occidental:

Scènes de lynchage aux « USA » répertoriées dans un album du collectionneur James Allen, pendant la guerre civile américaine et bien après (entre 1882 et 1968) . Selon l’institut Tuskegee (Alabama) 4743 personnes ont-été lynchées et tuées pendant cette période dont: 3446 noirs et 1297 blancs. Toujours selon cet institut officiel, 73% de ces lynchages furent perpétrés après la guerre civile dans les états du Sud. 
Photos de cartes postales autorisées dont parle Etienne Balibar dans sa conférence sur la cruauté extrême à l’UTLS. 

Ci-dessous, Etienne Balibar tente une explication calme, psychanalytique des comportements d’extrême violence.

Dans un article intitulé la « dépropriation », le psychanalyste Fethi Benslama dénonce:

« Le franchissement d’une nouvelle limite dans la destruction de l’humain »
où il décrit ces « pratiques qui visent l’étranger dans son corps, son intégrité, sa dignité corporelle, non pas comme une simple destruction de l’ennemi, mais comme une autodestruction »

Extrait de cet article au sujet des massacres en Bosnie:

« Ouvrant de la pointe de son épée le ventre d’une mourante pour que disparaisse avec elle sa descendance ( 3 fœtus ) … »

Souvent, on réfère de tels comportements à l’ordre animalier, à la bestialité. Ne s’agit-il pas plutôt d’un déni du caractère spécifiquement humain de ce type d’agression, car si les loups tuent des agneaux, les déchiquettent, les dévorent ou se les disputent entre eux, on n’a jamais vu des loups ouvrir des agneaux pour les changer en loups et les affilier de force à leur horde ? C’est un fait que ce qui constitue le propre de la violence humaine dans sa radicalité, c’est cette volonté de dépropriation de l’homme dans sa vie et dans sa mort. Tuer est insuffisant, c’est travestir que  l’on veut.  »

(F. Benslama. La dépropriation. page 43)

Côté socio-économique, c’est un peu la même chose.

Bertrand Ogilvie, psychanalyste, a étudié les dictatures latino-américaines et ses rapports de cruauté sur les peuples. Pour lui, la nature humaine n’est pas forcément une cause unique de violence en soi; ce seraient plutôt nos structures sociales qui portent en elle un chaos latent, consenti par tous, toujours prêt à surgir. Brassées par une mondialisation qui a rendu les gens interchangeables, certaines populations ou catégories sociales auraient fini par intégrer leur propre asservissement au nouveau paradigme hyperlibéral. Pour ces exploités, la révolte seraient moins le rejet d’un système injuste qu’une dialectique naturelle d’un déni de soumission. Ce qui signifie pour moi cette horreur: l’injuste et l’inhumain ont été intégrés comme une donnée naturelle de certaines conditions de vies!

(Si j’ai bien compris le psychanalyste!)

Je prends volontiers des précisions ici pour les experts qui apporteraient des rectificatifs:  

« La violence n’a rien de naturel ni d’originaire, mais elle est au contraire un produit , un résultat  » 
(B. Ogilvie. l’Homme jetable-page 48)

Dans « l’Homme jetable », essai sur l’exterminisme et la violence extrême, le psychanalyste pointe un terme spécifique employé par les sociologues sud-américains pour désigner ces populations démunies, véritable boulet pour les pouvoirs:   » Population pour la poubelle »

Nous avons beau tenter une approche psychanalytique de la violence, les solutions se butent à l’éternel déni freudien de chacun. Nous nous sentons protégés, à l’abri de la « chose innommable » dont parle Balibar dans sa conférence, ce noyau dur apparemment « inconvertible » en vie sociale puisque:

« Indissociable du soi individuel et collectif « 
(Fethi Benslama- la dépropriation)

Alors comment faire? C’est toujours pareil en psychanalyse: le problème reste enfoui, donc hors de portée de la raison. L’autre problème est intrinsèque à cette discipline élitiste, hermétique, coupée d’un peuple dont elle voudrait comprendre les ressorts mortifères, mais privée de la confiance de ce même peuple. Difficile d’en sortir. C’est un peu comme un chercheur de laboratoire qui courrait sans cesse derrière un matériel à observer qui fuirait le microscope. La faute à Freud peut-être? Michel Onfray le pense; il n’a pas tort pour le coup. Bertrand Ogilvie, Fethi Benslama et avant eux Wilhelm Reich, même combat: sauver une psychanalyse mourante qui est un peu notre « troisième œil » occidental, en la faisant descendre dans la rue. Bon courage à eux! (et surtout bonnes jambes). Pour ma part, je préfère la méthode bouddhiste de l’introspection méditative. Mais tout comme la psychanalyse, la méditation n’est pas dénuée de résistances! Car pour notre meilleur et notre pire, nous avons tous un égo.

Pour en revenir à la violence, dans un langage populaire on dit souvent que c’est la faute aux autres, aux circonstances extérieures, etc. Tout le monde y croit ou presque. Sinon les guerres n’existeraient pas. Associés aux pouvoirs quels qu’ils soient, les médias dominants ont pour but principal de nous faire avaler la pilule de Leibniz tous les jours. « On est pas les plus mal lotis ». Si l’on se recentre sur des groupes plus petits, les microcosmes sociaux comme les couples, les familles, les fratries? On connaît tous la chanson. Pas besoin d’en rajouter. Quant aux rapports sociaux? professionnels? etc…Les syndicats sont désavoués, la guerre de tous contre tous menace à tous les niveaux de la société.

Bref, individuel ou collectif, le boulot pour déboulonner le Léviathan de Hobbes est loin d’être fini. A-t-il jamais commencé? La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a aucun plan, aucune jurisprudence, aucun précédent historique sur lequel s’appuyer. Tout ce qu’a réussi la révolution marxiste, c’est de détruire un Léviathan pour en construire un autre. La bonne nouvelle, c’est qu’une bonne partie des boulons pour démonter ce monstre sont en chacun de nous.

Thomas Hobbes Léviathan

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, la chance est donc dans cette vérité auto-proclamée. Si nous sommes capables de voir le danger, nous sommes donc toujours capables de l’enclore.

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve »

Friedrich Hölderlin

Je renvoie le lecteur à cet article:

On en vient encore et toujours, avec Frédéric Dard alias San Antonio, à se poser cette question éternelle, cette antienne qui fait le bonheur des discussions de comptoir dans tous les bars du monde.

Plus l’idée d’un projet commun s’éloigne, plus l’égoïsme se déchaîne. Quant à cette chose étrange qui nous sépare des plantes ou des animaux et que l’ont croyait directement tombée du ciel, je veux dire notre conscience d’être mortels, elle n’est rien d’autre qu’un subterfuge du primate évolué que nous sommes pour pouvoir se plaindre sans arrêt et satisfaire son insatiable ego.

« Seule notre arrogance explique notre extrême réticence à attribuer nos pensées à un substrat matériel (notre cerveau) »

(Charles Darwin)

La courbe de l’évolution semblait pourtant avoir bénéficié à l’humain, mais ce n’était qu’un leurre de notre orgueil. Les pensées issues d’un cerveau qui a créé les médailles Fields de mathématiques, les prix Goncourt et autres Nobel prestigieux valent à peine celles d’un loup qui lèche tendrement sa compagne et ses petits. 

On ne s’étonne qu’à moitié pourquoi Darwin qui connaissait bien la nature humaine, avait tant de mal avec les mots « évolution » ou « progrès »  
(lire Stephen Jay Gould- l’éventail du vivant le mythe du progrès)

En essayant de trouver des réponses chez les philosophes comme Blaise Pascal on voudrait parfois croire avec lui que: 

« l’Homme est encore plus noble que ce qui le tue (l’univers), parce qu’il sait qu’il meurt; et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien »

Mais l’Homme qui sait qu’il meurt sait aussi qu’il peut ôter la vie à d’autres hommes, femmes, enfants; et sa noblesse retombe à zéro. Ça non plus l’univers n’en sait rien. 

Enfin, sauf si Dieu …
Mais pour l’instant, notre soi-disant créateur reste aussi absent que notre capacité de penser au vivant même le plus insignifiant comme à un tout.

En conclusion

Si notre conscience ne nous sert à rien d’autre que d’être un loup en horde, ( sans faire injure à l’animal) notre existence sur cette terre de chaos et de hasard est effectivement « de trop ». Un point pour Sartre.

Nous donner la nausée pour nous dégoûter de nous-mêmes, comme une espèce de vaccin, a déjà été exploré de long en large et en travers, même au cinéma par Stanley Kubrick.

Ci-contre le héros du film orange mécanique forcé de regarder toute la journée des scènes d’extrême violence.  

Voir « la chose » cachée en nous est-il possible ? Et si oui est-ce libérateur?  Le héros du film se retrouvera momentanément guéri de sa violence, mais deviendra sexuellement impuissant. Jusqu’à ce qu’il rencontre un politicien en campagne électorale qui lui serre la main dans son lit d’hôpital. C’est la fin du film.

Nous nous doutions que la politique porte en elle une violence structurelle, mais individuellement, pris hors du contexte des foules hurlantes des stades, des arènes ou des scènes de lynchage en tous genres, sommes-nous si pourris de l’intérieur? Freud nous avait prévenus que la pulsion sexuelle était l’unique pulsion de vie, mais pas de bol: elle tire sa jouissance d’une autre pulsion nettement moins noble, la pulsion de mort.

Est-ce que la sexualité humaine, celle à qui nous devons tous notre existence, (excepté peut-être pour la PMA et encore!…) doit-elle être toujours liée à une forme de violence? de sadisme? Voire pour certains cas pathologiques de cruauté ? 




Si malgré toutes les politiques, sagesses, spiritualités de la terre les saletés de nos égos persistent et signent, il faut qu’une autre force viennent en renfort. Mais laquelle? Qu’est-ce qui nous donnera vraiment l’envie de nous laver définitivement, de s’auto-guérir avant de s’auto-détruire?

Merci de votre attention!

Michel Fiorelli

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :