Mis en avant

« Jésus n’a pas existé » (Michel Onfray)

« Jésus est une fiction. Il existe comme le père Noël » (Michel Onfray)

Selon vous il y aurait-eu « collage » de l’Ancien Testament sur le Nouveau qui serait, selon vos dires, « la clé de l’énigme » confirmant la thèse : 

« Jésus est un personnage fictif »

Supposons un instant que rien de ce qui concerne la venue d’un messie  n’avait eu de rapport entre les deux testaments, qu’auriez-vous dit ? 

Peut-être ceci?

« Rien ne correspond ! Jésus n’est pas dans la même lignée que David. Arnaque! »

Après des collages qui créent trop de cohérence, vous relevez le manque de cohérence des quatre évangiles. 

C’est trop concordant ou pas assez.

Pourquoi le copié/collé entre ancien et nouveau testament n’a-t-il pas été fait dans les quatre évangiles plus proches dans le temps?   
Votre ancien prof de fac vous avait déjà répondu au sujet de la non-concordance des évangiles. (Mr Dumas) Les différences dans certains détails prouvent que l’histoire n’est pas une science exacte.

L’histoire du Christ est une fable inventée par une forgerie secrète qui a « rebricolé » les textes anciens, comme vous dites dans la vidéo.

« S’il n’y avait eu qu’un seul témoignage, le soupçon de supercherie aurait été nettement plus évident »

Votre ancien prof, Mr Dumas venu assister au cours. 

Voici une autre preuve historique publiée dans un quotidien suisse le 22 décembre 2019, un texte apocryphe décrit la naissance de Jésus par une sage-femme.  

Pour lire l’article, cliquez ou tapotez sur l’image:

On trouvera d’autres témoignages, c’est certain.


Cette thèse de la non-historicité de Jésus, qui comme par hasard n’est apparue qu’après dix-huit siècles  – pourquoi si tard ? –  est donc une absurdité. Elle ne convainc que ceux qui veulent en découdre avec le christianisme, les complotistes, les allergiques à toutes sortes de bondieuseries et autres histoires de grenouilles de bénitier. Chacun ses intérêts après tout, chacun son combat. 
Même les rabbins qui jugeaient sacrilège le titre de « Fils de Dieu » n’ont jamais douté de l’historicité de Jésus. Un comble !

Vous prenez point par point les prophéties et les coïncidences trop parfaites reliant l’ancien testament au nouveau; mais les croyants sont croyants précisément à cause de ces relations entre les deux livres! 

Essayer de constituer les pièces à conviction de la supercherie chrétienne revient exactement à les trouver. Normal: c’est planifié par Dieu ! Excusez du peu.  
(Mais pour ma part je n’en sais rien ) 

Par inversion, cet argument de la trop grande congruence entre deux livres est donc absurde. C’est comme si vous regardiez du mauvais côté d’un télescope; ou que vous reprochiez à un rayon laser d’aller tout droit.

Vous auriez pu aller directement en amont, effacer Dieu de l’Histoire des hommes comme Nietzsche qui a eu cette idée provocatrice de le donner pour mort : c’est un raccourci nettement plus efficace que d’essayer de traquer les contradictions et aberrations dans chaque livre sacré de la planète. Bon courage ! Car pour les croyants de tous bords, il y a un autre raccourci radical qui coupe court aux discussions d’exégètes interminables, et repris chez Kierkegaard:

« Ainsi donc, le salut est le suprême impossible humain; mais à Dieu tout est possible! » 

(Sören Kierkegaard. traité du désespoir. folio. page 103)

Voilà, me semble-t-il, le dilemme insoluble du désespoir de Kierkegaard, grand séducteur devant l’éternel et tiraillé chaque jour entre le vice et la vertu. Comme s’il sentait, jour après jour, sa transparence inéluctable sous le regard de Dieu.

« Le critère le voici: à Dieu tout est possible. Vérité de toujours, et donc de tout instant » (ibid. page 102)

Sören Kierkegaard (1813-1855)

Comme pour défier son créateur, il continue de s’arc-bouter à son tourment, c’est à dire son moi dépravé, piégé entre liberté et culpabilité.

« Car le péché n’est pas le dérèglement de la chair et du sang, mais le consentement de l’esprit à ce dérèglement, et d’être devant Dieu »

(Ibid. Page 168. le désespoir est le péché. )

Approche intéressante de la divinité en tant que germe de tous les possibles, où l’omniscience de Dieu mute en connaissance intime et individuelle de chacun, à chaque instant…ça me rappelle un peu quand j’étais môme et que je croyais entourlouper mes parents avec mon bagout d’adolescent rebelle: « On te connait, on t’a fait » me disait parfois mon père d’un air taquin pour couper court à ma comédie.

Ce n’est que ma compréhension approximative j’en conviens, de ce théologien hors-normes qu’était Kierkegaard. Le problème n’est pas réglé pour tous ceux qui n’ont pas cette base morale du bien et du mal; tous ces gens qui ne connaissent pas les tourments de la culpabilité et que les psy appellent psychopathes. Il me semble qu’ils sont légions sur terre, et que leur nombre grandit proportionnellement à la défaillance de l’éducation parentale. Mais ceci est un autre sujet.

J’ai passé des journées et soirées entières à vous écouter et j’ai pris des notes. J’ai essayé de bosser pour ne plus douter, mais je doute encore. Donc selon vous il faut encore bosser. La preuve:

Pourtant j’ai un ami encore plus flemmard que moi qui ne lit même pas son programme télé et qui ne doute pas de son athéisme total. Il ne faut surtout pas lui parler de Dieu ou de religion!

J’ai aussi constaté que vous vous répétiez souvent, mais avec un grand panel de synonymes et un talent de clarté il est vrai. Alors j’ose me répéter avec une autre image. Si l’on plante une graine de dattier et qu’après 2000 ans un dattier vient à germer. Histoire scientifiquement fiable en l’occurrence, que vous devez connaître.

On peut légitimement douter de qui a programmé cette graine il y a bien plus que 20 siècles mais on ne peut pas dire : 

« Arnaque ! On plante une graine de moutarde et c’est un dattier qui pousse !»

Dans les récits religieux, la verticalité de la transmission ne peut tolérer des argumentaires tortueux. Religion donne relier, qui donne relation à un Tout, c’est à dire lien absolument nécessaire entre la graine et son fruit, entre la source et nous tous.

Cette « affaire Jésus » ramène à une simple affaire de point de vue : celui du croyant qui voit l’œuvre divine sans demi-mesure; et le point de vue matérialiste athée, qui voit un complot obscur d’une forgerie, pour des affaires de pouvoir.

Les complotistes progressent partout sur Internet. Quand les pouvoirs en place déçoivent, (comme tous les pouvoirs et l’église en est un), c’est un moyen rapide de faire ses troupes. La théorie du complot est une stratégie classique de quelques élites utilisant l’inculture du peuple couplée à sa colère.

Si la religion échoue à instaurer la justice sur terre, voire accentue les guerres fratricides, cela ne veut pas dire que ses prophètes sont coupables. Pourquoi Jésus doit-il être le fruit d’un imaginaire mis en place par un petit groupe de prêtres corrompus qui se seraient dit un jour (à peu près ):

- Mes frères, ce soir j'ai une idée fantastique à vous soumettre.
La congrégation pénètre dans une grande grotte après un long escalier menant aux catacombes. 
- Ce Messie, reprend le maître de l'assemblée, cet élu sauveur du peuple, faisons-le naître maintenant. 
- Trop tôt! répondent deux autres prêtres au fond de la caverne éclairée par une dizaine de torches.
 - Personne de nous ne veut la révolution on est bien d'accord? reprend le plus âgé du groupe, on est bien dans cette ville et l'empereur commence à nous apprécier. Voulez-vous tout perdre ? Regardez où l'on vit, ce palais, ces victuailles raffinées, ces servantes parfumées qui s'agenouillent devant nous! 
- Et tous ces centurions musclés! s'exclame un autre en joignant les mains !
- Du calme mon frère! Un peu de tenue. Ce que nous faisons va changer l'histoire. Noter bien ceci: notre messie s'appellera Yeshoua, c'est à dire celui qui sauve. 
- Pas mal! Et qu'est-ce qu'il va faire? 
- Il va calmer les Hébreux et tous les pauvres gens pour l'éternité je vous le dis. 
- Comment vas-tu t'y prendre, demande un autre en s'asseyant à la grande table de granit sculptée en un seul bloc.
- On va  faire de ce prophète un super-prophète. Un super-Ellie mes frères!
- Continue, dit l'autre copiste en bout de table, en remplissant l'encrier central. 
- Il ressuscitera... 
- Mais c'est du réchauffé mon frère!  l'interrompt-il, on a déjà cette résurrection dans l'ancien testament...ce fils de la pauvre veuve...
Il ouvre un étui de cuir posé à ses côtés. La  gravure  "règne de Salomon" luit un instant sous la lampe à huile. 
- Ha! voilà! c'est là, dans les annales de Salomon . 1 Rois, chapitre dix-sept, verset dix-neuf.
 - Je sais mais notre Yeshoua sera encore plus puissant; il guérira tous les malades, rendra la vue aux aveugles...
- Attends, parle plus fort crie celui en bout de table, plume à la main, j'entends rien!
- Il sera le plus grand guérisseur de tous les temps!
- D'accord, mais rien de nouveau sous le soleil mon frère! 
- Laissez-moi finir! crie soudain le maître de l'assemblée. 
L'écho résonne dans la caverne. Les deux copistes figent leur plume dans l'encrier. L'ombre des capuches danse sur la roche humide, tandis qu'un brouhaha s'élève peu à peu dans la crypte. 
Réprimant une démangeaison pubienne sous sa toge, le chef de la congrégation attend patiemment que le silence retombe autour de la table. La grotte de nouveau silencieuse, il reprend à voix haute: 
- Il ressuscitera lui-même, trois jours après sa crucifixion!! 
-  Plus c'est gros plus ça marche! crie un adepte plus jeune. Bien vu maître!
-Attendez, il faut dépasser l'ancien testament sinon ça sert à rien. Yeshoua va ressusciter tous ceux qui suivent sa doctrine. Voilà mon idée. Qui dit mieux?
- N'exagère quand même pas! répond son acolyte les bras en croix, ça va faire désordre chez l'empereur tous ces ressuscités dans les rues…
- Mais laisse-moi finir, pas sur terre bien sûr mais dans un autre monde! 
- Un peu facile non? Si tout le monde ressuscite au paradis...Comment tu évites le capharnaüm sur terre? 
- Il y aura une condition.
Nouveau silence autour de la table.
- Laquelle? demandent les scribes impatients.
- "Aime ton prochain comme toi même"
Dit solennellement le maître de l'assemblée.
- Pas mal, répond le premier copiste en écrivant la phrase sur le parchemin. 
- Voilà l'antidote. Point de révolution. Le peuple sera toujours le peuple. Poignez vilain il vous oindra; oignez vilain il vous poindra. 
-Exact répondent-ils en chœur.
Le plus silencieux jusqu'à présent se lève brutalement; la poussière de sa cape dessine des spirales dans la lumière des lampes à huiles.
- Où vas-tu mon frère? 
-  "Si on te frappe sur une joue, tend l'autre"
La tablée applaudit copieusement leur frère qui marque une courbette et se rassoie souriant.
- Génial! Notez bien. Avec ça, on est tranquille pour un moment.  
Allez mes frères, on écrit, y'a du boulot. Qui prend les psaumes? Qui s'occupe de la Tora? Qui cherche les prophéties dans toutes ces paperasses? Damnation il est tard! Et j'ai la dalle. Allez qu'on en finisse! dit le plus âgé en triturant sa barbe blanche, j'ai rendez-vous au temple ce soir; j'ai une charmante philistine qui souhaiterait se convertir.

Etc. etc…

En grande partie illettrés, les gens de l’époque se seraient donc laissés leurrer par quelques écrits fantastiques au sujet d’un dénommé Jésus, c’est à dire Sauveur? Inventé de toutes pièces par la forgerie secrète, ce prophète-guérisseur défiant les dieux antiques de la médecine serait le fruit de l’imaginaire d’un petit groupe de scénaristes soucieux de faire de faire le buzz?

Esculape (Dieu de la médecine)

Impensable lorsqu’on pense au peuple de l’époque, où l’espérance de vie n’était pas de 35 ans. Menant une vie de forçats, parfois à même le sol, ces gens n’en étaient pas à leur premiers charlatans, conteurs fantastiques et autres illusionnistes itinérants qu’ils croisaient dans les rues. Comme saint Thomas à l’époque, si on nous annonçait aujourd’hui dans un flash spécial l’existence d’un tel homme, d’une telle femme, nous voudrions le ou la voir de nos propres yeux pour y croire.

Pour ma part j’irais peut-être sur place pour constater par moi-même, pourquoi pas lui parler, lui serrer la main, sentir son énergie pour en être totalement convaincu, ou totalement déçu. Je ferais ma propre enquête. Pas vous ?


Jamais de simples écrits, même enjolivés par les plus talentueux des auteurs, issus d’on ne sait quelle « forgerie » secrète  n’aurait pu créer un tel séisme en Palestine. Pour constituer le noyau de départ solide d’une civilisation il faut non seulement un impact initial puissant marquant l’esprit des témoins présents, mais il faut avant tout le personnage principal, en chair et en os ; un être suffisamment singulier pour attirer dans son champ d’attraction toujours plus de témoins, d’admirateurs, toujours plus d’adeptes.

Jésus Multiplication des pains. Musée Valence école Italienne 17ème siècle.

Le bouche à oreille étant un peu l’Internet ou la télé de l’époque il n’a pas pu y avoir de fumée sans feu. Les écrits sont venus bien plus tard renforcer les souvenirs – sûrement les exagérer je vous l’accorde – , mais de générations en générations une mémoire collective, la civilisation judéo-chrétienne s’est construite. Le feu s’entretient seulement sur une braise incandescente ; et cette braise c’est un peu le coup de foudre Jésus de Nazareth qui l’a enflammée, pas un complot d’érudits, moins prêtres que romanciers.

Jésus est toujours cette braise qui réchauffe le cœur de millions de croyants, mais pas forcément dans une église.

Ne prenez pas le peuple pour des bœufs aveugles qui se laissent influencer par des récits extravagants sans preuves. Une foule devant un panneau se désagrège vite, mais pas devant une bagarre, un accident ou un spectacle extraordinaire. Nous sommes aussi des êtres matériels de chair et de sang. Pourquoi ne pas donner de crédit au matérialisme qui vous habite lorsqu’il faut faire l’hypothèse simple: la foi s’est constituée dans notre mémoire collective par un choc primal de tous nos sens, de tout notre corps physique. Peut-être espérons-nous tous un « meilleur », une justice, une victoire durable du Bien sur le Mal dans ce monde fou parce que dans l’Histoire, certains de nos ancêtres l’ont vue, touchée, sentie possible cette victoire. Ce n’était qu’un court mouvement de la balance de la justice vers un équilibre jamais atteint. Mais ils l’ont vécue au travers d’un homme né d’une femme et qui s’appelait Yeshoua.

Tchekhov écrit cette continuité historique dans une de ses nouvelles.  Jeune étudiant en théologie,  Ivan Vélipovski avait raconté l’histoire du reniement de Pierre à deux veuves qui s’étaient mise à pleurer en l’écoutant. 

« L’étudiant pensa à nouveau que si Vassilissa avait pleuré, c’était évidemment que ce qu’il venait de raconter, qui s’était passé dix-neuf siècles plus tôt, avait un rapport avec le présent, avec les deux femmes et, sans doute, avec ce village isolé, avec lui-même, avec toute l’humanité. (…) Et une vague de joie déferla soudain dans l’âme de l’étudiant, il s’arrêta même une minute pour reprendre sa respiration. Le passé, pensait-il, est lié au présent par une chaîne ininterrompue d’événements qui découlent les uns des autres. Et il lui semblait qu’il venait d’apercevoir les deux bouts de la chaîne: il avait touché l’un, et l’autre avait vibré. « 

( L’Etudiant, Anton Tchekhov 1894. Page 318. Ed. Pléiade)

Conclusion 

Vous aimez trancher, nous l’avons entendu dans d’autres interventions de votre part. Mais vous avez beau vous le dire, vous le répéter, il y aura toujours des choses incertaines car notre cerveau lui-même n’est pas certain de sa matérialité totale et absolue. Sinon pourquoi notre propre pensée ne nous dit-elle pas immédiatement d’où elle vient? De quoi il en retourne? Ce serait une boucle matérielle pure et instantanée; il en serait terminé d’un « arrière-monde » possible, du mot même de  transcendance. Mais le doute comme par hasard est ancré en nous comme les lignes de nos mains et c’est sûrement une force, une chance de ne plus être sectaire et d’accepter l’autre comme une partie d’un tout. Descartes a dit : 

« Je pense donc je suis » 

Cela ne voulait pas dire : « Je suis mon cerveau qui pense»

Merci de votre attention

Michel Fiorelli

Michel Fiorelli

Aux extrêmes du matérialisme


Pourquoi savoir?
Chacun cherche selon sa motivation initiale. Nietzsche pensait que c’est par peur.
Équipé de la meilleure technologie possible
, que voyons-nous?

Large Hadron Collider
Univers profond télescope Hubble

Petit diaporama des choses certaines. À vous de jouer…

Enfant de chœur déjà vous sentiez que quelque chose clochait: 

« Jésus, Marie, Joseph, l’Âne, le Bœuf….une belle histoire mais je n’y adhérais pas » (Michel Onfray )  


Vous avez commencé vos recherches sur l’impression d’un môme qui « n’adhère pas ». C’était votre droit. 

« Tout ça ce sont des fables, de belles histoires…j’ai cessé de croire en Dieu en même temps que j’ai compris que le père Noël n’existait pas »

Le temps est passé; vous êtes devenu célèbre, un des philosophes le plus médiatique.
Vous avez écrit plus de cent livres!

Michel Onfray devant sa bibliothèque

Un jour dans votre université populaire à Caen, vous déclarez avec la tranquillité qui vous caractérise:

« Jésus est un personnage imaginaire »

À la fin du cours la parole est au public. Un de vos auditeurs, votre ancien prof de fac, vous contredit en s’appuyant sur un auteur très expert sur la question judéo-chrétienne (K. Barth) Historien spécialiste des évangiles, il a écrit 18 volumes authentifiant l’existence historique de Jésus de Nazareth.
Vous lui avez répondu: 

Un ancien prof de Fac pas d’accord avec Onfray…

Seriez-vous prêt à retourner sur vous-même cette remarque pertinente, celle de la persistance dans l’erreur? Si la réponse est oui, pourrait-on avoir écrit 100 livres et s’être trompé à chaque fois au moins une fois? sur un sujet? Sur Jésus par exemple?  

Votre intention de départ? Certains de vos lecteurs la cherchent encore.

Michel Onfray toujours sur les starting bloc dès qu’on parle religion

Si le travail de recherche historique mérite respect, l’intelligence qui lie tous ces éléments ensemble est une autre affaire. Là où votre volonté initiale vous conduit, vous creusez, vous exhumez, et le talent d’écrivain finit chez l’éditeur. Pour un iconoclaste la marge de liberté pour refaire l’histoire s’élargit proportionnellement à sa célébrité. Sa renommée mute en envie d’en découdre avec tel ou tel sujet bien établi. Il faut du nouveau, du choc pur et dur pour marquer les esprits.

Comme en cuisine où les mêmes ingrédients peuvent faire des centaines de nouvelles recettes. Les grands chefs qui les composent sont parfois étoilés, ils entrent dans l’histoire culinaire. Les gourmets sont contents, les goûts se renouvellent et c’est tant mieux. 

Mais la foi n’est pas le foie qu’on travaille en cuisine. 

On n’efface pas Jésus de la mémoire collective en appuyant sur un clavier d’ordinateur.

Vous dites:

« J’essaie de créer de nouvelles pistes calmement, pour faire réfléchir les gens qui n’ont pas forcément accès à tous ces textes… textes volontairement détruits pour la plupart… »


L’enfant qui n’adhère pas se retrouve dans vos recherches comme l’eau et le gaz: à tous les étages.


1- Recherche d’éléments rares qui donnent toujours l’illusion d’importance, comme l’éloignement augmente le prestige… on ne sait pourquoi?

2-Liaison entre eux. Un écrivain est capable de créer des dizaines d’histoires à l’infini.

3- Conclusion : doit toujours être en opposition avec les conventions établies.

Puis la recette:

– Profiter des difficultés actuelles du sujet à abattre.

– Ajouter un zeste de paranoïa pour exciter le peuple à qui on cache des choses…

– Une larme de « complot des puissants ».

– Laisser mariner à feu doux…

– Régalez-vous chez tous les médias qui veulent faire de l’audience avec l’artillerie lourde pour les papilles gustatives d’un peuple bien affamé.

À l’ère des complotismes, la recette peut plaire; beaucoup de gens sont en colère et veulent tout casser. Mais ils ne vivent pas des bouquins vendus sur cette colère.

Se hisser vers la connaissance laisse peu de gens humbles. Les érudits ont parfois ce vilain défaut:

« Qu’au-dessus de leur tête on marche, à aucun prix ils ne veulent ouïr, de la sorte entre leur tête et moi, ils mirent du bois et de la terre et de l’ordure »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. Des érudits)

C’est comme les débats à la télévision. On campe sur ses théories, on feint la modération pour charmer le plus de gens possibles. C’est la part de séduction, de sophistique de toute personne voulant convaincre. Mais tout est joué d’avance:

« Un penseur ne peut pas changer d’opinion, il peut seulement découvrir jusqu’au bout ce qui est « arrêté » en lui sur ce point »

(Nietzsche. Par-delà bien et mal. Nos vertus)


L’être humain est ainsi fait. Ses 3 cerveaux en 1 sont à l’œuvre, organisent leur survie. Reptile, mammifère, homo-sapiens reliés dans notre boite crânienne toujours en interaction pour dominer l’autre. (Henri Laborit)

Henri Laborit (1914-1995)

Chacun peut imaginer sans avoir un super niveau à l’école, qu’il y a toujours cette intentionnalité intéressée dans chacune de nos quêtes. 
Il y a en a pour tous les goûts sur cette planète. Il suffit de parcourir l’Internet. Celui qui veut créer son propre système de pensée finira par s’enfermer lui-même et ses adeptes avec lui. 

Je me souviens de la question de cette dame charmante dans le public qui vous demandait s’il vous arrivait de douter…vous avez répondu:

« Si je doute, c’est que je ne sais pas assez; si je ne sais pas assez, je n’ai qu’à bosser! »

(Michel Onfray- Université Populaire de Caen)

J’ai un pote qui ne bosse pas ses textes du tout; il ne lit même pas le programme télé. Pourtant il ne doute pas une seconde des « fariboles de la religion » (je le cite). Enfin! passons…

Pour ma part la remise en question me stimule. Je crois que dans cette société d’ignares technophiles et orgueilleux, le doute n’est pas assez valorisé. Peut-être manque-t-il une théologie du doute? Mais j’aborderai ce point plus tard. 

Pour le chercheur professionnel le doute est comme un moteur. Quand le doute cesse la recherche tombe au point mort.

« Le premier ennemi de la connaissance ce n’est pas l’ignorance, c’est l’illusion de la connaissance »

(S. Hawking)  

Pour le cas « Jésus de Nazareth » vous dites :

« Il n’y a pas encore de ville de Nazareth à l’époque… le titulus accroché autour du cou de Jésus n’est pas daté ni les croix du mont Golgotha trouvées par la mère de l’empereur Constantin, ni le saint suaire de Turin… » Etc, etc…. 

C’est comme si vous preniez le départ d’un cent mètres; on fonce tête baissée et une fois passée la ligne d’arrivée, c’est terminé.

Dans les méandres généalogiques d’une religion, la recherche n’est pas linéaire. Les athées sont dans le même combat tronqué, avec cette même dose de mauvaise foi qu’ils trouvent aux croyants. C’est à cause de la religion « inversée » dont parle Freud à travers son contradicteur imaginaire: un pasteur Suisse.

« Si vous voulez éliminer la religion de notre culture européenne, cela ne peut se faire que par un autre système de doctrines et celui-ci reprendrait d’emblée, en vue de sa défense, tous les caractères psychologiques de la religion, le même caractère sacré, rigide, intolérant, le même interdit de pensée.  »

(Freud. Avenir d’une illusion. Page 52. P.U.F)

Pour le coup, les athées prêchent comme des gens d’église! Vous utilisez la rhétorique que vous dénoncez chez les théologiens sans même vous en rendre compte; c’est ce que venaient chercher une partie de votre public de l’université populaire.

Michel Onfray et son université populaire de Caen. Dernier cours?

Vous enseignez dans le monde émotionnel et artistique des lettres, des humanités; et l’histoire qui vous tient à cœur n’est jamais une science exacte. Il vous faut aussi l’arsenal scolastique, les armes séductrices de la sophistique et de la comédie, la dérision et la satyre, etc… Ce n’est pas comme un prof de maths qui dispense de la science exacte. Quoique lorsqu’on vous écoute, on a parfois l’impression que vous êtes mathématicien tant vos conclusions sont sans appel. 

Peut-être pensez-vous que Newton n’avait pas « assez bossé » ces questions? 


Les gens normaux savent que des tas choses avouables ou pas sous-tendent l’intellect. Soumises comme les autres aux lois de l’inconscient, votre mémoire et vos recherches n’échappent pas aux déterminismes psychologiques. En matière de croyances, il me semble que c’est pire. Vous dites:  


« Dieu ou Jésus n’ont jamais existé que dans l’imaginaire des Hommes« 

Vous avez vos raisons personnelles de ne pas croire en Dieu. Vous avez vos raisons personnelles d’attaquer l’existence historique de Jésus; mais le matérialisme athée tel que vous le militez n’est pas dénué de causes également personnelles. Sauf si comme Sartre vous dites que vous n’avez pas d’inconscient, comme ça l’affaire est réglée. En ce qui concerne le rationalisme scientifique, le biologiste Richard Dawkins est sur la même ligne que vous; à savoir douter sur l’existence de Dieu, être agnostique, est une lacune de connaissances; une sorte de lâcheté intellectuelle qui préfère botter en touche. En voilà un de scientifique qui botte en touche; et ce n’est pas le seul.

Les choses inconcevables ne manquent pas dans la nature.  Comme ce grain de sable plus gros que les autres, juste avant le Big-bang .

Chaque fois que nous essayons de remonter à la source, nous sommes obligés de rester sans preuves de l’existence de Dieu. Nous regardons l’infiniment grand et disons: c’est le chaos, le hasard; puis l’infiniment petit ou semble régner plus d’ordre, avec ses électrons qui tournent en équilibre autour de leur noyau sans s’y écraser.

Il y a la vie organique en nous et tout autour de nous ; l’idée de la « perfection » darwinienne d’un être vivant en tant qu’il est programmé génétiquement pour naître adapté du mieux possible à son milieu.

Poisson archet

Se poster uniquement du côté matérialiste des choses, du produit fini, c’est un peu comme regarder les cinq doigts d’un bébé mais nier la force qui les a fait pousser jusqu’au bout des ongles. 

C’est comme se contenter de la bouillie primordiale des particules élémentaires avant l’atome, c’est à dire sans noyau ni électrons, et oublier les milliards de milliards de cycles de transformations qu’il a fallu pour que bien plus tard nous disions: 

« Tout est chaos, rien n’a de sens, Dieu n’existe pas »

Sans chaos il n’y aurait pas eu d’ordre.
Sans les fracas d’objets visibles dans un télescope pas de mutations possibles au cœur des objets microscopiques, pas de fusion des noyaux atomiques, donc pas de nouveaux objets essentiels pour la suite de l’histoire, comme l’oxygène et les atomes plus lourds dont nous dépendons. Notre existence repose sur un apparent hasard qui engendre une obligatoire nécessité, du moins pour la stabilité de notre matière. 

Stephen Hawking écrit:

« Si l’expansion initiale de l’univers avait été plus faible, l’univers se serait effondré; trop rapide, les étoiles n’auraient jamais pu être formées. »

S. Hawking. commencement du temps et fin de la physique. Flammarion. p 54) 

Bref on a du bol, un bol de ouf! comme on dit aujourd’hui.

Notre bonne étoile

Bien après la naissance de notre bonne étoile, sur la troisième planète du système solaire, sont nées des bactéries, des plantes, des animaux pas facile à domestiquer, mais l’homme n’existait pas encore.

Autre « coup de bol » mais pas pour tous: une comète venu du fin fond de l’univers sans laquelle nous ne serions pas là. 

Encore bien après cette baraka cosmique, ont pu venir au monde les fameux homo-sapiens dont on trouve aujourd’hui sur terre de tous les styles: contemplateurs de la nature, bosseurs acharnés, patrons, chômeurs, sportifs, artistes, philosophes. Comme Sartre, l’homme sans inconscient, et son prix Nobel qu’il a refusé consciemment.

Jean-Paul Sartre (1905-1980)

Tout existant naît sans raisons, se prolonge par faiblesse, et meurt par rencontre.

(J-P Sartre. La nausée)

C’est pourtant d’innombrables rencontres qui nous ont fait exister et devenir ce que nous sommes. Avant de mourir par rencontre, encore faut-il naître par rencontre. Le postulat s’annule de lui-même, mathématiquement. 

Comme quoi la contingence c’est comme la sagesse et tout le reste dans le fond: deux poids deux mesures. (voir ma page à ce sujet ) 

Jean-Paul Sartre n’est pas le seul à être né de ces rencontres spatiales explosives et nier l’essence de l’existence. 

Michel Onfray devant sa bibliothèque

Nous devons peut-être notre naissance au « hasard », mais comment un hasard peut-il engendrer une certitude au cœur d’un cerveau homo-sapiens? Contradiction ontologique impossible à résoudre. Mathématiquement, c’est un peu comme si l’on pouvait prévoir à coup sûr la prochaine décimale du nombre pi. Dans le roman de l’astronome Carl Sagan, « Contact  » (extrait plus bas) un code aurait été laissé dans les décimales du nombre pi par le créateur de l’univers…

Imaginer que les découvertes de cet organe soient gravées dans l’éternité? J’ai toujours eu un mal fou à y croire.

Mon fils, 12 ans, me disait récemment:

« Tu sais papa, à l’époque des hommes du moyen âge, tu crois que certains auraient pensé à l’électricité ou à l’internet? Pour ton site, tu n’as qu’à répondre la même chose à Michel Onfray sur Dieu ou la nature puisque Einstein croit que c’est pareil: qu’est-ce qu’on découvrira encore sur lui dans cent?

J’espère que nous auront assez de temps devant nous pour de nouvelles « certitudes scientifiques »

« Nous nous divertissons de constater combien cette science qui se croit libre aime l’erreur, parce-que, vivante, elle aime la vie! »

(Nietzsche. Par-delà bien et mal. L’esprit libre.)

Étymologiquement hasard provient de l’arabe qui signifie un jeu de dès. Averroès appelait hasard « science de la chance »

Averroès (1126-1198)

« Dieu ne joue pas aux dés »

Avait dit Einstein…

Albert Einstein (1879-1955)

« Dieu joue aux dés mais il les jette parfois où ils ne peuvent pas se voir« 

Avait répondu Stephen Hawking

Stephen Hawking (1942-2018)

« Tant que l’univers aura un commencement, nous pouvons supposer qu’il a eu un créateur » (S. Hawking)

De l’infiniment grand à l’infiniment petit, un être suprême est-il responsable de cette énigme de la matière et de la vie? Si la réponse est oui, a-t-il encore des liens pour nous atteindre? Comme l’ADN au cœur des noyau et son ARN messager qui transmet son programme à la cellule?

Ci-dessus encodage ADN.

Ou la fameuse matière transparente appelée « matière noire ». Invisible mais bien présente, elle constitue une part six fois plus grande que tous les corps célestes visibles dans l’univers connu. S’étendant comme une toile d’araignée sur chaque amas galactique, présente entre vous et votre écran, pourrait-elle être un vecteur d’informations?

Matière noire (Transparente) en toile d’araignée reliant les amas galactiques
Composition de l »univers

Sans oublier l’énergie noire responsable d’une expansion de l’univers beaucoup plus rapide que le prévoit la gravitation.

Psychose ou névrose humaine déjà dénoncée par Freud, je pose tout de même la question: un dieu caché existe-t-il de la sorte dans cet univers plein de lacunes scientifiques? Habitué à ma question, Richard Dawkins ou Michel Onfray utiliseraient l’expression du « Dieu bouche-trou » de la science, empruntée à Nietzsche dans « Ainsi parlait Zarathoustra » au chapitre , « Des prêtres ».

Richard Dawkins Biologiste. Athée militant

Bouche-trou? C’est un enduit qu’on plaque sur un mur et qui permet de combler les failles, fissures, etc…D’habitude le mur à traiter doit être largement plus sain que ses trous, sinon boucher les trous ne suffirait pas et il faudrait refaire le mur entier.

Si les trous sont les lacunes scientifiques, alors la pâte serait ce Dieu bouche-trou de Nietzsche. Pour le coup, le mur sain, c’est à dire la plus grande surface serait nos certitudes scientifiques, en l’occurrence celles qu’on a plus le droit de colmater avec nos souhaits enfantins, nos croyances, etc.. à moins de dénier la réalité bien sûr.

Question: au sujet d’un Dieu-Nature en lequel Spinoza ou Einstein croyaient, nos certitudes (le mur sain) sont-elles plus vastes que nos doutes? (les trous) Avec sa quinzaine de constantes découvertes (Vitesse de la lumière, force de gravité, charge de l’électron, etc…) et une cosmologie dont le modèle standard ne couvre que quatre pour cent ( 4%) de matière visible (schéma de la composition de l’univers ci-dessus) comment la science peut-elle être ce mur solide? Et nous parlons seulement de la branche physique de la science.

« …Il me semble que je n’ai jamais été qu’un enfant jouant sur une plage, m’amusant à trouver ici ou là un galet plus lisse ou un coquillage plus beau que d’ordinaire, tandis que, totalement inconnu, s’étendait devant moi le grand océan de la vérité… »

(Isaac Newton)

Isaac Newton (1643-1727)

Trois siècles après Newton, est-ce que le « grand océan » est devenu ce mur de certitudes?

J’ai tenté un truc sur cet article:

Richard Dawkins. Professeur Biologiste athée militant

J’ai tendance à penser parfois que ce dieu invisible appelé « bouche-trou » par Dawkins et ses amis, est empêché; qu’il ne peut déployer toute sa puissance. C’est l’idée de Denis Moreau par exemple, dont une vidéo se trouve plus bas.
Trop de mal sur terre, trop d’injustices ici-bas pour oser croire en une idée comme la toute-puissance biblique.

La théologie classique argumente comme elle peut…par exemple on nous dit que Jésus est un des aspects de cette souffrance inévitable…ou l’histoire d’Adam et d’Ève et du péché originel dont nous payons encore le prix aujourd’hui…(Théodicée de Saint Augustin)   

Adam et Eve chassés du paradis terrestre (Natoire Charles-Joseph 1700-1777)

Nous n’entrerons pas dans ce débat éternel. Je préfère l’honnêteté intellectuelle d’un croyant comme Denis Moreau au sujet du mal sur la terre. Extrait de l’émission Répliques, d’Alain Finkielkraut sur France culture: 

À défaut d’une action à grande échelle sur les humains, je propose une relation plus intime, plus fragile aussi, d’une « intelligence supérieure » (restons prudents à ce stade) avec d’autres intelligences. Ce groupe n’inclurait pas exclusivement l’Homme bien sûr. Spinoza a sauvé l’image de Dieu à travers la Nature; Einstein l’a adoptée comme modèle de sa foi.

Michel Onfray explique Dieu selon Spinoza

La liberté provient de la raison; car la raison, au sens de Descartes et des Lumières, libère…De là survient l’acceptation totale de son destin: comme de ce caillou qui chute, dans la vidéo ci-dessus. À quoi bon lutter? Les lois physiques sont insurmontables. Selon Spinoza, seule la connaissance intuitive est capable de procurer cette joie immense, à la mesure du Dieu-univers. Il n’y a ni calcul, ni marchandage intellectuel possible. Nous sommes au-delà des réflexions discursives de la raison. Mais cette liberté, cette jubilation de réaliser que nous sommes une infime partie de Dieu n’est pas d’une grande stabilité. Pendant la chute, l’angoisse de la pierre reprend le dessus très vite. L’union avec ce Dieu-Nature n’a été qu’un bref instant d’extase. Pourquoi? Qu’est-ce qui empêche le « yoga spinoziste » de s’installer durablement dans notre âme? Quitter son ego définitivement pour nous unir au Tout serait tellement jouissif! Adieu les dettes, les responsabilités parentales, les patrons tyranniques et les épouses encombrées du râleur-géniteur de ses enfants! Mais je m’égare…Alors comment faire? Le problème est là: Spinoza ne donne pas de méthode spirituelle. Seulement un ensemble géométrique quasi-parfait – si l’on oublie que ce n’est qu’un postulat de départ sans preuves – mais postulat inégalé dans sa construction et dans lequel tout semble cohérent, beau comme un mandala tibétain.

Mandala de sable tibétain

Dans ce dédale magnifique de la pensée cartésienne, l’Ethique spinoziste se heurte à deux choses: le mur du matérialisme et le plafond de l’immanence. Axiomes, lemmes, démonstrations, scolies, corollaires et autres propositions feraient presque oublier l’essentiel: une théorie de la totalité basée sur la pensée d’un petit homo-sapiens né 13,8 milliards d’années après le Big-bang! Pardon Pascal, mais c’est comme si l’univers tenait en équilibre sur un roseau. Mais bon, l’humilité n’est pas de mise pour ceux qui veulent marquer leur temps. Et pour s’extirper de l’emprise des religions il fallait envoyer du lourd. Spinoza le savait. Son mandala logico-mathématique ne mène nulle part ailleurs qu’à Dieu. Mais attention! Dieu n’est pas au centre, ni à la périphérie, ni dedans, ni dehors. En fait, il ne fait qu’un avec vous, avec nous tous! C’est ça le monisme. Tout ce que vous regardez ou touchez, votre écran, votre table, votre chien, la facture de téléphone, vos cheveux, etc…sont des attributs de Dieu dont nous sommes partie. C’est ça le panthéisme. C’est pas vraiment le « Dieu en poudre » des atomistes, pour reprendre une expression de l’historien Henri Guillemin, même si chaque électron fait partie de Dieu; ce n’est pas non plus cet « esprit conscient et intelligent, matrice de toute matière », comme l’a supposé l’illustre Max Planck. Pas du tout. Chez Spinoza, Dieu est plus « visqueux » si j’ose dire. Une espèce de pieuvre gluante et sans tête, apparue en même temps que l’univers. Sans parents et sans origine, infinie et sans bords, absolument rien de ce qui existe n’échappe à son enveloppe tentaculaire.

« Par Dieu j’entends un être absolument infini, c’est à dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie »

Spinoza. l’Ethique. Livre 1. Définition VI.

Et pour les petits malins qui veulent être originaux dans leurs attributs? Par exemple en étant une pierre au fond d’un puits? Une goutte d’eau? Un goéland? Ou juste sa fiente qui sèche sur le pont d’un bateau?

« On ne peut concevoir en vérité nul attribut d’une substance d’où suivrait que la substance pourrait être divisée »

(Ibid. proposition XII)

Quant aux grincheux qui supportent mal ce collé-serré, qui veulent un peu d’espace entre eux et la substance de leur conjoint devenu invivable, faire enfin « deux » même une journée? une heure? une minute? Pas de bol:

« La substance absolument infinie est indivisible »

(Ibid. proposition XIII)

Voilà pour l’être. Un, indivisible, mais une infinité d’attributs,( corps, gaz, êtres vivants ou morts, espace, boîte à lettres, etc…tout ce qu’on veut) aucun attribut existe qui puisse diviser la substance. Vous l’aurez compris: de la facture de la banque à la galaxie d’andromède, en passant par le tas d’ordure dans ma poubelle qu’il va bien falloir que je vide, on est bien tenu. Et le divorce n’est qu’illusion. Rien ne peut se départir du mandala, de la nature, de Dieu.

Les tibétains passent des mois à construire des mandalas de sable coloré. À la fin, pour rappeler l’impermanence de toute choses dans l’univers, ils le détruisent comme ceci:

Ayant répété en grande partie Spinoza mais avec la colère en plus, Nietzsche se moquait des mystiques de tous bords :

Trop bien je les connais ces hommes qui ressemblent à Dieu(…)et de leur peau ils voudraient bien sortir. Pour ce faire aux prêcheurs de mort prêtent l’oreille et prêchent eux-mêmes des arrières mondes »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra)

Tout comme Nietzsche, Spinoza et les arrières-mondes étaient comme huile et vinaigre. L’ ennemi ne l’oublions pas, c’est les religions et leurs superstitions idiotes. Donc ils ne croyaient ni en un Dieu créateur, ni aux esprits sans leur support cérébral, ni en l’âme telle que les croyants se l’imaginent.

Et sûrement pas aux sornettes de la réincarnation:

« L’esprit ne peut rien imaginer et ne peut se souvenir des choses passées que pendant la durée du corps »

Spinoza. l’Ethique. livre 5. Proposition XXI

Pour le Dieu de Spinoza il n’y a ni bien ni mal. Pour Nietzsche, même combat: il faut s’en libérer, passer au-delà. Logique. Pour rester cohérents, l’un comme l’autre se doivent d’éviter ces notions judéo-chrétiennes, ce juge qui nous culpabilise sans arrêt et jamais ne se montre. On en a tous ras-le-bol! On est plus des gosses! À la fin ça sera cool vous verrez! Grâce à leur doctrine, d’un côté la raison pure, de l’autre le surhomme, plus besoin d’églises, de bergers, prêtres et autres gourous; nous seront tous notre propre berger! Nous ferons le paradis sur terre sans l’aide d’aucune forces célestes. Qui peut-être contre, en 2020?

« J’ai dit qu’est libre celui qui est conduit par la raison seule. C’est pourquoi celui qui naît libre, et demeure libre… n’a aucun concept du mal, et par conséquent, du bien non plus »

(Ibid. proposition LXVIII. Démonstration)

Mais alors pourquoi Spinoza nous parle-t-il encore de haine et d’amour de Dieu? On se croirait parfois dans la Bible. Aux yeux d’un dieu-nature absolument neutre par définition, que ne vient-il brouiller les cartes des pauvres brebis égarées que nous sommes avec ces anciennes recettes? Veut-il créer un nouvelle religion de la raison? J’achète!

 « Cet amour envers Dieu doit occuper l’esprit au plus haut degré » (…) Dieu n’aime personne – au sens propre du terme- et ne hait personne(…) L’idée de Dieu qui est en nous est adéquate et parfaite(…) Personne de peut haïr Dieu »

(Ibid. Livre 5. Proposition XVI/ Corollaire/proposition XVIII)

Dans ce bouquet final digne d’un testament, Spinoza se rattrape comme il peut pour ne pas trop choquer le troupeau. Il faut aimer Dieu, et pour cela il faut aimer l’homme. Haïr c’est pas bien – pardon! – c’est une mauvaise sensation, puisque le juge est mort. Ou plutôt, il s’incarne définitivement dans sa création, donc dans ses créatures.

« Alors si dieu c’est la nature(Deus sive natura) pourquoi l’appeler encore Dieu? »

S’offusque Michel Onfray dans la vidéo ci-dessus. Et la boucle est bouclée. Le juge du bien et du mal assis sur son trône céleste est passé entièrement dans sa nature; il s’est infiltré partout, dans la matière, dans les ondes, jusque dans la cervelle de l’homme qui s’est infectée de sa morale. Et merde on en sort pas!

Michel Onfray et son public de l’UPC

On a beau crier son athéisme comme Onfray le fait dans son université populaire- créée pour ça – , c’est d’une logique cartésienne inouïe. Si tout est dans la nature, le juge et son verdict implacable aussi. Le bien et le mal s’infiltrent dans la substance indivisible; ils deviennent une partie inextirpable de l’homme. Spinoza a beau jouer sur les mots, maquiller le bien en sensations bonnes, et le mal en sensations mauvaises, personne n’est dupe. Exceptés peut-être les psychopathes et autres Marquis de Sade, dont les « sensations mauvaises » traversent le cerveau malade – pardon leur attribut divin! – quand ils n’ont plus de proie à se mettre sous la main?

Voir cette page à ce sujet:

À moins de faire comme les 3 singes, il est impossible de ne pas juger. Il est impossible de ne pas savoir ce qui est bien ou mal sur cette terre. Tout le monde le sait.

Le juge est toujours dans le mandala-nature. Kant et son impératif catégorique se frottent les mains. Nietzsche rage contre Spinoza qu’il traite de charlatan, et pour cause: il a tué son Dieu avant lui. Il lui a « piqué sa boutique » comme dit Michel Onfray.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

« Et que penser de ce charlatanisme de forme mathématique, sous lequel Spinoza cuirasse et masque sa philosophie »

(Nietzsche: P d BM. des préjugés des philosophes)

Il rage aussi contre Kant, puisque le Dieu d’Abraham, ce même dieu jaloux qui n’entre pas dans les églises, continue de nous coacher à distance. La différence c’est qu’il nous laisse le libre-arbitre. Mais il place une limite à cette liberté. La bonne affaire! C’est comme si, juste avant de nous planter seul dans l’univers- son univers! -, il nous avait laissé dans les gènes un programme. Ce programme dit:

« Démerdez-vous sans moi, mais je vous préviens: si vous faites le mal, immédiatement vous vous souviendrez qui je suis, au plus profond de votre chair. « 

Adam et Eve chassés du paradis. Eric Lessing.1620

Pour le coup dans cette version, c’est Dieu qui abandonne nos pauvres parents nus sous ce pommier, alors qu’ils voulaient se réchauffer d’une petite pomme, pourtant faible en calorie. Furax, il les plaque eux et le monde entier. Colérique et jaloux Jahvé, nous le savions déjà. Mais à ce point susceptible? Enfin, contrairement aux théistes, les déistes pensent que Dieu a fait le monde et bye-bye! Trop de boulot à dresser cette junte dépravée barbare et idolâtre. On règlera les compte après la mort.
Post-scriptum: je n’ai pas trouvé de tableau de maître façon déiste, où Adam et Eve restent et Dieu le père se barre. ( Comme souvent les pères.) Mais si quelqu’un a un exemple c’est bienvenu!

Post-scriptum 2: aux féministes, je n’ai pas mis les prénoms Adam et Ève par ordre alphabétique, mais par ordre d’apparition sur la scène de la vie. C’est pas du machisme, c’est pire dirait ma femme. ( parce que j’ai pompé sur les génériques des films de Woody Allen et qu’elle ne le supporte plus) Voilà grosso-modo comment je m’explique l’impératif catégorique kantien. Une sorte de limite morale laissée au cœur de notre raison par un démissionnaire professionnel, au-dessus des lois. Mais est-ce vraiment une trace, une relique héréditaire de Dieu le père? Ou bien une acquisition de l’éducation parentale? Freud s’est écharpé avec Jung à cause de cette affaire. Tandis que Nietzsche accusait Kant de moraliste.

« La raide et vertueuse tartuferie avec laquelle le vieux Kant nous entraîne dans les méandres de sa dialectique, pour nous égarer juste devant son « Impératif catégorique »…les fines ruses de vieux moralistes et faiseurs de sermons »

(Nietzsche. Par delà bien et mal. Des préjugés des philosophes.

Emmanuel Kant (1724-1804)

« Nous devons accepter un Dieu et croire en Lui sans qu’il soit nécessaire que la raison risque d’accepter sa possibilité et son existence à priori. « 

(Emmanuel Kant. Leçons sur la théorie philosophique de la religion. Poche. page 92)

Après avoir tué le juge suprême, restait à sauver le plus important pour les croyants ignares: la consolation d’une vie éternelle après la mort.

Y-a-t-il une âme? Une unité dans l’Esprit? Une union finale au Dieu-nature mais qui ne soit pas simplement le recyclage aléatoire de nos atomes? Ayez pitié messieurs les philosophes! Nous ne sommes pas dans un cours de physique pour les nuls d’Etienne Klein! On a fait tant d’efforts, tant de sacrifices sur nos penchants naturels depuis le cannibalisme de nos ancêtres! Bon sang n’y a-t-il rien après la mort? Qu’on nous donne quelque chose quoi! Lavoisier et son « rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme » on s’en tape le coquillard!

Spinoza sera d’une grande habileté à la fin de son chef-d’œuvre.

« L’esprit humain ne peut être absolument détruit avec le corps, mais il en subsiste quelque chose qui est éternel »

(Ibid. Livre5. Proposition XXIII)

Toujours garder l’Espérance. Spinoza a essayé par la Raison; Nietzsche, d’un tempérament plus guerrier, par la Volonté.

« Oui certes, de tous tombeaux pour moi tu es encore le destructeur; je te salue ô mon vouloir! Et seulement où sont des tombes, là sont aussi des résurrections! »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. le chant des tombes)

Le pont qu’il manque entre rationalité et liberté vient de là, me semble-t-il. Comment argumenter que la plus haute connaissance est intuitive, donc au-delà des concepts, mais rester sur une ligne intellectuelle pure qui tourne en circuit fermé? Comment s’extirper de l’ignorance et du doute à la seule force cérébrale lovée sur elle-même. Tel un serpent qui se mord la queue, le cerveau n’est pas voué à cette dynamique autistique, autocentré sur le mode analytique et logique. Quant à sa volonté, hélas, elle ne suffit pas toujours. Pourquoi?

Les neurosciences commencent à avoir des réponses. Nous sommes construits sur un fatras de sentiments et d’émotions dont le cortex dépend, souvent malgré lui. Un grand médecin comme Henri Laborit nous l’a déjà rappelé plus haut.

Les découvertes récentes ont classifié plusieurs sortes d’intelligences, et nous ne sommes qu’au début des découvertes d’un organe difficile à connaître dans sa totalité.

Bien après Henri Laborit et ses 3 cerveaux en 1, Howard Gardner découvre neuf formes d’intelligences:

  1. Linguistique
  2. Musicale
  3. Logico-mathématique
  4. Spatiale
  5. Kinesthésique
  6. Intrapersonnelle
  7. Interpersonnelle
  8. Naturaliste
  9. Existentielle.

Ayant co-écrit un livre sur le Dalaï Lama, chef spirituel des tibétains, Howard Gardner ajouté la 8ème et 9ème ultérieurement.(source Wikipédia)

Les philosophies asiatiques ont depuis longtemps intégré ces forces psychiques dans une méthode de progression spirituelle bien codifiée, millénaire. (vidéo plus bas à ce sujet) Est-ce encore une arnaque religieuse de la domination que de vouloir comprendre la vraie nature de notre psyché? Pourquoi toujours se fier à la raison seule quand juste en-dessous d’elle, dans la même boîte crânienne, nous sentons à quel point d’autres forces nous détournent de cette sérénité tant rêvée, de cette soi-disant liberté dont Spinoza vantait les bienfaits.

Nous avons déjà parlé du bouddhisme, qui n’est autre qu’un chemin plus profond, me semble-t-il, que le seul intellect. Mais pour des matérialistes qui réfutent la moindre force extérieure non-intelligible, pour ceux qui rejettent le mot « esprit » et leur préfère « mental » (j’en connais), bref tous ceux qui nient le moindre facteur x pouvant interagir avec la pensée cartésienne, il ne restait que le bon vieux réflexe: « Jeter bébé avec l’eau du bain ». Je veux dire le bébé de la spiritualité millénaire des hommes qui cherchent un sens à la vie; je veux dire la tâche la plus difficile sur cette terre de diversité. Jésus appelait ça: « Trier le bon grain de l’ivraie ».

Nous y reviendront plus bas. Mais à ce stade je préfère donc prévenir le lecteur qui voulait en découdre avec les religions établies. Il ne trouvera pas sur ce site autre chose qu’une recherche pragmatique, sans concessions, de ce qui peut être amélioré, non éradiqué. J’ai peut-être été marxiste un temps, avouons-le, mais j’avais 20ans…Depuis j’ai appris que faire table-rase n’est qu’une entourloupe d’un pouvoir contre un autre.

Les grands penseurs comme Nietzsche, Spinoza et tant d’autres ont un petit défaut: rejeter tout en bloc et refaire le monde après de A à Z. Rien de tout cela ici. Nous devons faire avec ce qui existe, essayer de le comprendre, de se battre pour réajuster et argumenter point par point, par la raison certes, mais sans exclure personne, sans arracher personne à de ses racines spirituelles. Islam, indouisme, christianisme, judaïsme…Je crois profondément que toutes les religions ont le même but premier qui mérite respect. Mais les autres buts, ceux plus sombres, politiques, etc… nous serons toujours d’accords pour les combattre.

Voilà pour l’avertissement. Votre temps est aussi précieux que le mien.

Vers la fin de son livre, Spinoza n’exagère-t-il pas un peu avec l’intellect qu’il prête à son Dieu, lequel est, me semble-t-il, pur anthropomorphisme :

« Dieu s’aime lui-même d’un amour intellectuel infini »

(Spinoza. l’Ethique. Livre 5. Proposition XXXV

Ne faut-il pas lire ici un amour totalement retourné sur lui-même, amoureux de son propre génie, baigné de narcissisme absolu?

Narcisse le Caravage

Allergique aux saints, yogis et autres « prêcheurs de mort », Nietzsche se heurte à la même boucle obstinée de matérialisme. Violement narcissique, le pont qu’il veut faire avec son surhomme doit passer par l’homme. Traduisez: son Zarathoustra dionysiaque qui n’est autre que lui-même. Pas de mantras. Pas de prières. Aucune intercession à quémander, zéro transcendance possible.

« Osez d’abord croire en vous-mêmes- en vous et en vos entrailles. Qui en lui-même ne croit est toujours un menteur. »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. de l’immaculée connaissance)

Et surtout pas de pitié, ni miséricorde ou compassion!

« Hélas, où dans le monde advinrent plus grandes folies que chez les compatissants? Et dans le monde, qui a fait plus souffrir que les folies des compatissants?

(ibid. Des compatissants)

Un point pour Nietzsche. Mais qui a eu cette idée folle de croire que le troupeau se passerait de transcendance, de spiritualité, de « magie »? L’homme doit décliner et de lui renaîtra un surhomme…La bonne blague. Comment Zarathoustra peut-il se dépasser sans idéal bien défini?

«  Comment l’homme sera-t-il surmonté? C’est le surhomme qui me tient à cœur, mon unique souci – et non l’homme, non le prochain, non le plus pauvre, non le plus souffrant, non le meilleur »

(Ibid. De l’homme supérieur)

Sur quel modèle ce surhomme? Sans source extérieure, sans repère ni étoile, ni point sublime à atteindre? Comment s’appuyer sur un être qui déchoit?

« Ô mes frères, ce que je puis aimer chez l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin »

(ibid)

Zarathoustra veut passer sur un pont de bois pourri en train de céder pour sauter plus haut ? Est-ce vraiment les hauteurs qui l’attirent ou le précipice?

« Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi »

(Nietzsche. P.d.b.m)

Sur cette terre qu’il aime tant, le surhomme n’engendrera tout au plus qu’un sur-bien avec son jumeau siamois, le sur-mal. Nos enfants auront peut-être droit à un sur-Nietzsche? encore plus furax contre un monde survolté au lieu d’être révolté. On est pas plus avancés.

À tous ceux qui comme Michel Onfray, Richard Dawkins et tant d’autres pensent un jour éliminer Dieu- le vrai – de l’esprit des hommes et se débrouiller seul, Rémi Brague dit à peu près ceci:

« C’est un peu comme essayer de se soulever dans les airs en attrapant ses cheveux à la façon du baron de Munchausen »

le Baron de Munchausen se tire par les cheveux pour s’extirper des sables mouvants (Gustave Doré)

À un moment donné, il faut bien laisser les choses ouvertes, dire « je ne peux plus savoir », ou bien « quelque chose me dépasse et me dépassera toujours« . Peut-être alors pouvons-nous essayer de s’y rapprocher en s’améliorant à partir de nos erreurs, générations après générations, comme le pensait Kant finalement?

« Dieu veut l’élimination du mal par le développement tout-puissant du germe de la perfection. Il tient à la disparition du mal par le progrès vers le bien »

(E. Kant. Leçons sur la théorie philosophique de la religion. Théologie morale).

Dernière question sur ce sujet: Nietzsche est-il mort fou à cause de trop de certitudes? Attention Michel Onfray! Ou bien à force de se hisser tout seul par les cheveux?

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou »

(Friedrich Nietzsche. Ecce Homo)

Paix à son âme, et celle de Spinoza qui a rejoint son Dieu-Nature. Et merci pour toutes ces pièces de puzzle supplémentaires dont nous essayons toujours de trier le bon grain de l’ivraie.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

Des nombreux problèmes que je rencontrais dans la pratique de la méditation, une nonne bouddhiste de l’école tibétaine qui venait régulièrement nous donner des enseignements à Nice, m’avait dit à peu près cette chose que je n’ai jamais oubliée: 

« Nous sommes le fruit d’une union sexuelle. Nous sommes le fruit de sentiments complexes, ambigus, etc… lesquels ne sont pas totalement rationnels. La raison humaine seule ne pourrait être la cause de notre existence sur terre. Pour les émotions négatives, nous devons faire le travail des écuries d’Augias non en évacuant au dehors les « saletés » de notre ego, mais en les intégrant toutes, jusqu’à la dernière, sans lutter. Ceci ne vient pas en lisant un bouquin ou mille autres, mais en pratiquant » 

En ce qui concerne la compassion dont Nietzsche semble se méfier plus haut, je lui avais posé la question de la différence d’avec la pitié; elle m’avait répondu ceci:

« La pitié, c’est quand vous voyez quelqu’un souffrir et vous projetez sur lui votre peur, parce-que vous vous sentez démuni s’il vous arrivait la même chose. La compassion c’est la même situation, mais vous projetez sur lui votre amour et surtout, vous agissez pour l’aider comme vous le feriez pour vous-même »

Nonne bouddhiste

Les tibétains connaissent les subtilités du monde des émotions bien mieux que nous autres occidentaux. Pays bouddhiste depuis plus de treize siècles, sa langue comporte un vocabulaire très riche pour disséquer les dizaines de variantes à partir d’une seule émotion. Parfois plus poussé que la psychanalyse, cette précision linguistique aide les jeunes étudiants à partager leurs expériences méditatives avec leur maître au jour le jour. Cette pratique essentielle, axe des enseignements du Bouddha, (Dharma) fera de certains adeptes des yogis accomplis, voire de futurs guides spirituels qui à leur tour enseigneront la vraie méditation, comme dans les vidéo ci-dessus…

Les bouddhistes ne croient pas en un Dieu créateur, mais ils pensent que l’esprit peut renaître encore et encore; la plupart du temps poussé par les émotions non-maîtrisées, l’ignorance, l’attachement à ce monde, etc…Il y a six mondes possibles selon la croyance, appelés Samsara. Mais il arrive que de grands yogis devenus maîtres spirituels choisissent de renaître de leur plein gré après leur mort dans tel ou tel monde, parfois plusieurs à la fois, voire de choisir leurs futurs parents!

Je préfère ne pas me prononcer quant à cette croyance riche en couleurs et divinités symboliques. Si j’ai des doutes en ce qui concerne la réincarnation, je ne rejette pas cette philosophie née en Inde, 500 ans avant Jésus-Christ. Enfin, si J-C tel que nous le connaissons est vraiment né en chair et en os. Ce n’est pas le cas pour notre philosophe aux cent livres.

Comme le demande Michel Onfray dans ses nombreuses conférences, pourquoi ce besoin du nom de Dieu? La réponse est dans la question. Certaines pierres orgueilleuses refusent d’admettre qu’une autre intelligence puisse les envelopper. Il y a peut être un autre moyen d’infirmer Dieu que de projeter sur la Nature ses propres limites intellectuelles? 

Exemple d’argumentation ci-dessous, dans Léon Morin, prêtre, de J-P Melville (1961), avec Emmanuelle Riva et J-P Belmondo. Primé à la Mostra de Venise.  

Autre argumentaire dans une reprise récente : « La confession » de N. Boukhrief, avec R. Duris et M. Vacth

Y-a-t-il un fil d’Ariane pour sortir de ce labyrinthe infini de naissance et de mort appelé Samsara?

Nous n’avons hélas pas grand chose à nous mettre sous la dent. Depuis 1960 le programme SETI de recherche d’une intelligence extraterrestre n’a rien donné, exceptés de beaux films.

Est-ce qu’on nous cache des choses au sujet d’intelligences plus évoluées? (voir cette page de mon blog à ce sujet)

L’astronome et cosmologue Carl Sagan a écrit le roman Contact en 1985 et travaillé pour le programme SETI (Surch for Extra Terrestrial Intelligence) 

Ce grand scientifique n’aura hélas pas eu le temps de voir le film que Robert Zemeckis lui a dédié
Extrait du grand départ.

Suite et fin…

La science-fiction fait rêver depuis toujours. Mais l’homme rationnel qui veut croire en Dieu doit faire des concessions sur sa soi-disant toute puissance. Soyons sérieux: si un être « juste et bon » existe, « quelque chose l’empêche d’agir » dit Denis Moreau. Et il perd visiblement du terrain sur nos affaires terrestres. Mais perd-t-il tout ses lien? 

Rappelons que le membre abstrait mais essentiel qui englobe la fameuse équation E=MC2, c’est l’information. Et si Dieu existe en tant qu’intelligence (étymologiquement qui lie ensemble), il doit être bourré d’informations pour avoir réussi un univers aussi uniforme et autonome, un tel ensemble appelé Nature. (étymologiquement, essence, naissance) Et déployer tous les jours sous nos yeux ses mystères.

Les cellules souches grâce auxquelles les organes se regénèrent sont-elles des énigmes biologiques d’une volonté supérieure?

Dans le monde animal

Un lézard reconstitue sa queue coupée/Une salamandre reconstruit sa patte entière et ses cinq doigts/L’axolotl régénère son œil et une partie de son cerveau s’ils sont détruits

Les animaux de la faune abyssale vivent quasiment sans oxygène et sans lumière; ils la produisent avec leur corps.  

Je n’ai pas dit chakra ni méridien auxquels vous ne croyez pas monsieur Onfray. 

Côté végétal…

Dans le monde des plantes on a mis en évidence des communications entre espèces par l’intermédiaire de leurs racines. Les arbres des forêts communiquent et s’entraident de la même façon. (travaux de Peter Wohlleben )

Les arbres communiquent…
Extrait du Science et Vie numéro 868 (juin 2019) 

Jésus a souvent utilisé les graines dans ses paraboles.  

Un biologiste anglais à mis en évidence des groupes de cellules situées à la racine d’une graine, qui commanderaient la dormance ou la germination de cette dernière. On parle d’intelligence des plantes, qui choisiraient le moment le plus favorable pour naître.

Exemple: de cette fameuse graine de dattier en Judée, capable de germer après 2000 ans de dormance.  

Dattier Mathusalem

Puisque nous reprenons l’hypothèse bien connue des anciens, restons sur chaque information que la Nature nous livre, mais pas toujours au rythme où nous pouvons les comprendre.

Du côté de la physique:
Nous savons que la Nature se présente à nous sous deux formes: corpusculaire ( la matière ) et vibratoire ( les ondes ou rayonnement) Par sa masse, la matière déforme l’espace autour de lui, qui « courbe » sous son poids. La lumière qui traverse son champ prend le virage elle aussi. (Nous pensions que ses rayons ne connaissaient que les lignes droites!). Même le temps, outil de mesure que l’on croyait intouchable, subit des variations.  Ces informations étaient impensables avant Einstein. 

Demonstration experimentale de la Relativite da la longueur d’un rayon lumineux par Albert Einstein apres avoir observe l’eclipse du 29 mai 1919.

La matière « inerte » ne l’est pas vraiment. Si l’on s’en approche de plus près, un grain de sable contient des milliards de milliards d’atomes, et encore davantage d’électrons en mouvement.

Electrons gravitant autour de leur noyau

La physique quantique est encore plus étrange. Deux ou plusieurs réalités superposées peuvent coexister et rester en relation étroite, même à des distances astronomiques. C’est ce que les physiciens appellent « intrication quantique ». Si deux électrons parviennent à rester couplés très loin l’un de l’autre, sans barrière de distance, c’est qu’il faut encore progresser sur certaines réalités. Les atomes dont nous sommes constitués sont immortels et nous lient aux étoiles. Qui sait en quoi nous serons recyclés?


Le chat de Schrödinger est à la fois mort et vif. Certes, cette expérience de pensée ne peut se rapporter qu’aux choses macroscopiques, mais elle illustre la part imprédictible du comportement de certains atomes, donc du monde réel.

Pour ceux qui désirent des précisions:

Chat de Schrödinger

Michel Onfray aime trancher, être sûr, mais nous voyons que même en science, certaines lois physiques intègrent l’incertitude dans la réalité. Pourquoi pas les manifestations de l’esprit, comme la foi ou la volonté?

Si l’incertitude est une réalité complète, calculable par des probabilités dans un espace de Hilbert (ci-dessous David Hilbert, mathématicien, 1862- 1943), la réalité inclut donc plusieurs espaces.

Il y a eu cette affaire des fameux quanta de lumière qui ont préoccupé Einstein toute sa vie et qui se sont révélés à la fois onde et particule.

Il y a eu cet article E-P-R signé Einstein, Podolsky, Rosen, qui croyait pouvoir prouver que la théorie quantique était incomplète

Albert Einstein, Boris Podolsky, Nathan Rosen

D’une puissance logique inouïe, cet article avait plongé Niels Bohr dans les tourments métaphysiques. ça nous rappelle un peu l’impénétrable logique de Spinoza plus haut.

Niels Bohr (1885-1962)

Ce n’est que bien plus tard que la messe a été dite: Bohr et son école de Copenhague avaient raison. La théorie quantique est bel et bien complète. Rien n’est cause à priori, ni vecteur d’informations nécessaire, ni variable cachée pour tenir en relations deux électrons intriqués, non pas tout a côté de leur noyau, mais…à des distances astronomiques! Vous modifiez l’un, et son jumeau change instantanément, plus vite que la lumière! Enfin, à ce stade ce n’est plus de la vitesse entendons nous bien. Les deux électrons deviennent un autre objet , sorte de perche d’équilibriste « extensible » à l’infini, instantanément. Je me trompe assurément dans cette image car Etienne Klein à dit clairement qu’on ne peut pas s’imaginer, ni par des mots ni par des images, ce qu’est cette affaire…

Video Etienne Klein prochainement…

Erwin Schrödinger, John Stewart Bell, Alain Aspect

Les philosophes des sciences s’emparent du scoop. L’infiniment petit est-il lié à l’infiniment grand sans discontinuité, avec cette faculté incroyable de créer d’autres réalités qui échappent au déterminisme de la vitesse et des distances? 
Autre question bête sans doute pour des spécialistes. Y-a-t-il corrélation entre l’immortalité de l’atome et l’intrication quantique? Si oui, cet espoir et cette « bonne nouvelle » dont parle Hubert Reeves dans la vidéo, peuvent-ils être en rapport avec cette forme d’éternité qui est au cœur de ce qui nous constitue? Je m’égare. Je suis mortel. Le reste n’est que caprice. Un point pour Onfray.

Certains physiciens comme Everett ou Thibault Damour ne sont pas contre l’idée d’univers parallèles, superposables.

Thibault Damour

Les exemples sont sans fin où les limites de la matière palpables et visibles s’effacent dans un infiniment grand, ou petit, mais toujours invisible à nos sens. Chaque seconde, la terre et ses habitants sont traversés par de « l’invisible ». Nous sommes transpercés par 65 milliards de fléchettes indolores par seconde, et par centimètres carrés, rien que par les neutrinos du soleil. Les neutrinos existaient déjà dans la fameuse soupe primordiale, quand notre univers avait l’âge d’un centième de seconde.

En médecine nucléaire, on se sert de neutrons, particules non chargées très pénétrantes, pour guérir les tumeurs cancéreuses. 

Les vibrations d’un ronronnement de chat ( 20 à 50 hertz) sont bénéfiques à l’homme et reproduite par des sondes médicales pour guérir des douleurs chroniques.

La vie organique n’a pas fini de livrer ses secrets.

Nous savons que la chimie du carbone qui régie notre corps dépend de la chimie inorganique. De nombreuses enzymes nécessaires à la vie ont besoin de métaux comme le fer ou le cuivre, issus du monde inerte. Inerte et organique sont liés. Et ce lien n’est pas une réification poétique: il est bien réel et nécessaire. 


Des chercheurs finlandais et danois ont mis en évidence, sur plus de 700 candidats, de tous les horizons ethniques, que chaque émotion agit directement sur le corps, dans nos cellules, à des endroits spécifiques pour chaque émotion. Depuis cette expérience, ils ont établi des cartes anatomiques des émotions.

(Je n’ai toujours pas dit chakra!) 


Il existe des gènes qui s’activent seulement après la mort, pendant plusieurs jours. Certaines cellules tentent de se réparer après le décès, en particulier les cellules souches.

« Nous avons observé des processus actifs de certains gènes après le décès. C’est à dire qu’une activité au niveau des mécanismes de transcription génétique  persiste dans certaines cellules plusieurs heures après la mort « 

(professeur Roderic Guigó, biologie computationnelle, institut de science et technologie de Barcelone)

Pour plus d’informations, voir cet article paru dans la revue Nature Communication de février 2018:

Poussons encore le bouchon un peu loin je vous l’accorde, mais par delà les faits prouvables, il n’y a que l’intuition misérable, l’intime conviction de grains de sables qui espèrent que Dame Nature garde ses plus grands secrets pour la fin. 


Ce qui suit frise la folie mais comme le disait La Rochefoucault: 

« Celui qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit »

SUPPOSITION

Existe-t-il dans l’univers des structures qui nous relient à la source en mode continu? Comparables à nos réseaux de communication actuels les plus sophistiqués, mais au-delà des notions de vitesse, ces réseaux seraient-ils capables de subsumer l’espace-temps et les deux infinis? Par exemple des phénomènes aussi étrange que la superposition quantique lieraient-ils les galaxies et le cœur des atomes ?  

« Nous devons supposer, derrière cette force, l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière »

(Max Planck. 1944. conférence à Florence)

Max Planck (1858-1947)

Einstein et Hawkins n’ont jamais pu lier par une seule équation les forces régissant l’infiniment grand et l’infiniment petit. Cependant, dans les premiers instants du big-bang, ces forces n’étaient pas séparées. Venue brouiller les cartes de l’unité primale de la nature, la gravitation a tout chamboulé. Peut-on revenir en arrière et essayer de comprendre sans se faire taxer d’illuminé?
Rejetée par Einstein, la simultanéité semble le seul concept humain apte à maintenir la connexion d’un ensemble infini avec ses objets les plus petits.

Moins scientifique que poétique, l’idée qu’il existe un au-delà des vitesses fut mise en musique par Neil Diamond dans le film « Jonathan Livingstone le Goéland ». Adaptation du roman de Richard Bach: elle raconte l’histoire d’un Goéland qui voulait voler toujours plus vite, toujours plus haut…

Pour les scientifiques la simultanéité n’a jamais été possible autrement que par le rêve. 
L’instant « d’ici » devant cet écran, et l’instant « d’ailleurs », par exemple une supernova à une année-lumière, donc pas encore observable, existent en même temps à l’échelle de l’univers global; mais les lois physiques qui nous régissent rendent les preuves impossibles. Seule la pensée peut postuler une coïncidence simultanée à grande distance.

« L’imagination est plus importante que la connaissance. La connaissance est limitée; l’imagination embrasse le monde »

(Albert Einstein)


Exemple:

Cloués sur notre grain de sable découpé en 24 fuseaux horaires nous pouvons imaginer facilement que notre actualité d’humains en Suisse, à minuit par exemple, coïncide avec celle du japonais qui se réveille. 

Mais que se passe-t-il  beaucoup plus loin sur la galaxie d’Andromède par exemple au même instant, quelque part sur une des ses nombreuses planètes potentiellement habitables? 

Andromède

L’actualité de l’univers et son devenir sont peut être dans les filets de cette structure inconnue des physiciens. Les étoiles lointaines qui scintillent nous donnent la lumière de leur passé, mais nous pouvons penser leur présent au moment même où on les observe: ce qui signifie peut-être leur extinction du ciel. Pour le coup, l’imaginaire rationnel surpasse notre œil lui-même. 

L’illusion passe dans l’autre camp, celui de l’organe trompeur, l’œil qui scrute le ciel; et  notre pensée informée bascule du côté du réel. Par analogie, cette prévalence de la pensée munie d’informations par rapport à nos seules observations pourrait expliquer pourquoi de grands scientifiques ne croient pas au hasard de notre présence.

La physique quantique, dont nous avons parlé plus haut, est un autre exemple où la pensée conceptuelle dépasse l’observable trompeur. Pour une entité à « l’intelligence éblouissante » pour citer Hubert Reeves- un être dont temps et distances signifie peut-être main droite ou main gauche, ( ce n’est qu’une image anthropomorphique, comme l’archet de la vidéo) l’univers est en train de se produire simultanément, partout.

Mais il faut supposer ce délire: cette toile qui s’étend à l’infini (reconstitution satellite Planck)n’est pas taillée dans la même unité temporelle que la matière visible et ne capte pas la lumière car…au-delà des vitesses! (j’avais prévenu que nous friserions la psychose)

Matière noire reconstitution du satellite Planck

Par exemple, tendre ou détendre un tissu élastique dans plusieurs directions.

Cette sorte de « coagulation » de la vitesse et de l’énergie (E =MC2) qu’est la matière visible serait prise dans cette « toile d’araignée » , (expression de la spécialiste mondiale de la matière noire, Françoise Combes dans la vidéo) Cette toile serait peut-être une extension du membre C (célérité) au-delà de la fameuse équation, ce qui rendrait le reste des barrions et des non-barrions – objets toujours inconnus du modèle standard – invisibles dans notre espace-temps.

Pour résumer l’hypothèse: une réalité bien plus vaste que la matière visible (4% à peine de l’univers connu) serait peut-être « piégée » dans un autre espace-temps?

Les corps célestes sont à la matière transparente ce que des microbes sont à des fibres d’un tissu dont les propriétés nous échappent.

Les mouvements de tension ou de relâchement dans les plis du tissu influenceraient nos distances et notre temps pour les parcourir.

Ceux qui vivent sur le repli microscopique d’une de ces fibres mourront probablement avant d’avoir pu atteindre une autre fibre.

Pendant ce temps, l’ondulation du drap dans son ensemble peut être considéré comme « simultanée » par les enfants qui jouent avec. 

Ce n’est qu’une maladroite façon de considérer l’idée de simultanéité par rapport à des espace-temps locaux plus réduits, donc limités par la vitesse de la lumière. Rappelons que dans cette expérience de pensée il faut considérer d’autres objets invisibles (comme la matière noire), reliant non seulement toutes les étoiles, mais présente entre vous et votre écran! Cette substance inconnue dont Spinoza se réjouirait peut-être, incroyablement étendue sur tous les corps lumineux, échappe peut-être à la notion de vitesse? 

À l’échelle de l’univers entier, ce qui nous paraît lointain dans le temps et l’espace ne l’est peut être pas pour une éventuelle entité qui relierait le Tout. 

Ce qui nous a permis d’être ici et maintenant, dans ce coin de l’univers, dépend de conditions passées complexes et peut-être aléatoires, mais globales. Nous ne devons pas notre présence à un petit bout d’univers séparé du reste du cosmos qui a évolué dans son coin, indépendant du reste des corps célestes, mais à une totalité unie.

Il y a 13,8 milliards d’années, une unité extrêmement condensée a produit notre univers actuel en expansion aujourd’hui (2021). Notre soleil et notre terre sont issus de cette expansion.  Si les galaxies s’éloignent à une vitesse proportionnelle à leur distance, ce n’est pas par leur énergie propre, mais celle de l’espace entier qui se dilate, comme un pain au raisins qui gonfle en cuisant . Ce mouvement général a été découvert par Edwin Hubble en 1924. 

Edwin Hubble
Abbé Lemaître (1894-1966)

Expansion de l’univers prédite avant Hubble par l’abbé Lemaître.

Osons dire à ce stade que ce mouvement est harmonieux dans son chaos, puisqu’il reste lié. C’est de cette totalité dynamique que nous tirons notre vie organique, notre propre respiration. Si le mouvement du cosmos avait été autre, même en partie, nous n’existerions pas. En d’autres terme, temps espace matière énergie ne sont pas les seuls ciments de la réalité. Un élément inconnu ( ou plusieurs) manque à l’équation générale du tout. Est-ce la matière transparente, appelée « noire » car invisible? Est-ce un autre réalité physique que l’on ignore encore comme l’énergie noire qui pousse plus vite que prévu l’expansion de l’univers? Est-ce intelligent, essentiel; ou bien totalement passif et aléatoire? 
Cette vue « platonicienne » d’une instance englobante, essentielle et intelligente comme l’Idée, n’est pas rationnelle mais de l’ordre de la croyance, c’est vrai.

Mais une expérience de pensée toute bête peut aisément l’envisager, et ce beaucoup mieux que le néant ou le vide absolu. N’est-ce pas un signe? N’est-ce pas une preuve que les informations ne proviennent pas forcément de notre cerveau isolé de l’univers qui l’a créé, mais qu’il fonctionne en syntonie avec la nature qu’il cherche à comprendre? Le cerveau devient pour le coup un organe pas seulement émetteur autonome d’idées propres, mais peut-être un récepteur ultrasensible, capable de se connecter à ce qui est déjà partout disponible en lui et autour de lui, simultanément. À conditions de s’ouvrir, de chercher sans préjugés les mystères du cosmos. Les découvertes humaines seraient comparables à une rencontre avec des informations déjà présentes, sans marge d’erreur possible; un peu comme une antenne radio trouve une fréquence claire sans aucun artefact ni parasites.  

(J’avais prévenu que nous friserions la psychose plus haut, et ça se gâte plus bas…)  

Pour illustrer cette idée platonicienne d’un cerveau humain en tant que récepteur ultra-sensible, souvenons-nous de ce grand mathématicien indien: Srinivasa Ramanujan, persuadé que des divinités, avatar de Vishnou, lui donnaient ses formules,  – des milliers de formules mathématiques ! –  pour la plupart exactes!!  Hélas! ses mêmes divinités l’ont rappelé trop tôt, à 32 ans. 

Srinivasa Ramanujan (1887-1920)

Encore un beau film de la vie de ce génie mathématique:

« Une équation pour moi n’a aucune signification, à moins qu’elle ne représente une pensée de Dieu »(Srinivasa Ramanujan)

Extrait L’Homme qui défiait l’infini

Avertissement : Nous passons de l’autre côté. Tout ce qui suit n’est plus du tout raisonnable! 

Continuons dans cette piste folle d’un lien maintenu avec la source, et par conséquent de transmetteurs d’informations, de messagers possibles.
Annoncé par un corps céleste, pour reprendre l’argument du lien cosmologique, admettons donc que Jésus ait été un de ces messagers fait homme, et venu sur terre pour nous éclairer.
Précisons d’emblée qu’il n’a pas été le seul, pour ma part c’est évident.



« Dans la maison de mon père, il y a beaucoup de demeures » 
( Jean 14, 2) 


Peut-être même que par delà tous les prophètes, de toutes les religions et spiritualités du monde, chacun de nous, même le non-croyant le plus hostile prêt à oublier ses préjugés pourrait accéder, ne serait-ce qu’un instant, à un autre état de conscience. Mais ceci reste la chose la plus difficile, car nous le verrons dans d’autres pages de ce site, largement déterminé par l’enfance et le milieu de chacun. Je veux dire par « effort », le tri ardu entre le bon grain, disséminé sous forme de code dans la nature peut-être, ou dans les témoignages historiques pas tous farfelus; et l’ivraie, ce poison humain qui détourne toujours les messages pour des affaires de pouvoir, de domination. 


(Explication de la parabole du bon grain et de l’ivraie plus bas)Matthieu 13, 24-30. 
Mais focalisons nous sur cette « belle histoire » comme vous dites, qui a bercé notre culture. Nous connaissons la suite.

Fruit des entrailles d’une femme simple et d’origine modeste, au terme de la Grossesse Pour Autrui la plus controversée du monde.

Malgré sa naissance et son enfance humaines, supposons qu’il ait eu quelques dons héréditaires légués par un soi-disant père céleste, (pour ma part je n’en sais rien) dont qui se sont développés un peu plus tard…Il y a une absence de textes sur sa période de jeune homme, de douze à trente ans…appelée « vie cachée » de Jésus. Qu’a-t-il fait pendant cette « absence »? Tout reste ouvert. Il nous plaît d’imaginer qu’il a voyagé, mais où? Mystère…À son retour, vers 30 ans, commence alors son ministère. L’injonction du « père » prenait forme, et sa vie commençait à prendre une autre tournure. Il devait agir sur le cycle infernal et éternel de la violence des hommes, prendre part au combat pour la justice. Mais les précédentes tentatives ayant toutes échoué, il fallait agir autrement que ses prédécesseurs. Des témoignages disent qu’il aurait profité de ses dons non pas pour se battre, mais pour soigner et guérir, même ressusciter des personnes chères, comme Lazare…

« Je suis la résurrection et la vie, lui dit Jésus, celui qui place en moi toute sa confiance vivra, même s’il meurt. Et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela? » (Jean 11. 25-26) 

La résurrection de Lazare. Léon Bonnat 1857

On est dans du costaud comme type de « guérisseur » je vous l’accorde. Libre d’y croire ou pas. Pour ma part j’ai vraiment du mal. Mais symboliquement du moins, nous pouvons trouver ici une allégorie de la création de l’univers: où ce qui a surgi pour « Être » semble avoir l’initiative sur ce qui « n’est plus ». Les blancs sur l’échiquier, si l’on veut reprendre l’image classique.

Malgré ses pouvoirs extraordinaires, Jésus s’est laissé conduire à la mort sans résistance.

Je me souviens qu’avec les copains du cathé, à l’épisode de la crucifixion, nous attendions impatiemment qu’il ôte enfin ses clous à la seule force de sa pensée, descende de sa croix et désintègre ses ennemis d’un simple regard…Mais c’est tout le contraire qui s’est passé. Il reste docile comme un agneau (même eux, pauvres bêtes, se débattent avant l’abattoir). On nous dit même qu’il éprouve de la pitié pour ses bourreaux.

« Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc.23, 34)  

Le Christ en croix Léon Bonnat 1874

C’est dur de supporter ça pour des mômes ! On a du mal a s’identifier à lui à cet âge, et même plus tard.
Les héros de l’ancien testament nous ressemblent plus…ils se se défendent, se battent:

Vous ne vous laisserez pas apitoyer, la règle sera: vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main et pied pour pied »(Deut.19 – 21)

David tuant Goliath P.P Rubens 1616

Jésus répétons-le est sur un autre plan. Il a d’autres projet pour nous…comme par exemple: 

« N’opposez pas de résistance à celui qui vous veut du mal; au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre »(Mathieu, 5 – 39 ) 

Pour le coup ses enseignements nous dépassent totalement. 
Imaginons un instant un autre scénario plus accessible à nos enfants abreuvés de super-héros aux super-pouvoirs. Après avoir éliminé tous ses ennemis Jésus dit:


« Je dois vous quitter on m’appelle d’urgence ailleurs. Je reviendrai plus tard. Croyez en moi en attendant. Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Bâtissez mon Église partout sur la planète et priez. » 


La comète Jésus fait demi-tour vers l’envoyeur, en évitant la case mort. Qu’aurions nous fait de cette autre version? Qu’aurait dit le peuple à l’époque?  

« Priez priez…facile à dire! lui il se barre…sans nous dire quand reviendra?…sans finir le job!! Il n’était pas des nôtres, il n’a pas bu son verre comme les autres… » 

Hip Hip Hourra! Fête d’artistes à Skagen de P.S Krøyer. Göteborg

Comme le grain de sable dans un sablier, qui nous fait des leçons sur ce qu’est le temps, mais refuse de tomber de l’autre côté.

Autant lui préférer Superman.  

Né sur une autre planète, il reste sur terre avec nous, intervient à la vitesse de la lumière contre les injustices et modifie même le cours du temps! Nous nous sentons protégés du mal. Plus ou moins.  
Mais il y a un problème: lui et ses copains super-héros que nous apporte-t-il d’autre pour nous-mêmes ? Des torticolis à force de regarder le ciel et d’attendre. Les fictions nous rendent dépendants comme des gamins capricieux. La société actuelle va hélas dans ce sens. 


Jésus avait tous les attributs humains mais il détenait un « bonus » extraordinaire que superman n’avait pas. La transmission de ses pouvoirs à ses adeptes par la foi en lui.

« Vraiment je vous l’assure: celui qui observe mon enseignement ne verra jamais la mort » (Jean 8-51)

Plus efficace que le héros incarné par le regretté Christopher Reeves, Jésus nous propose exactement le contraire de la passivité. À travers lui, nous devenons acteurs de la victoire sur la mort; à condition de suivre un dernier commandement, le plus important:

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Marc 12, 31) 

Peut-être un symbole de l’unité de la création non perçue par l’homme? Qui voit tout ce qui lui est extérieur comme « autre ».  
Sachant le sort qui l’attendait, dans une angoisse humaine à son paroxysme, Jésus essaie de négocier une dernière fois.

 » Ô mon père, s’il n’est pas possible que cette coupe me soit épargnée, s’il faut que je la boive, alors, que ta volonté soit faite. » (Mat.26-42) 

Et il a bu son verre comme les autres.
Doit-on voir dans ce passage une allégorie de la solitude de chacun face à la mort? Ici le lien avec le père ( l’unité ) semble se briser, même pour le « fils de Dieu » qui perd son statut  céleste pour retomber au rang de simple mortel. 

Mais dans le même temps cette vertigineuse chute dans l’angoisse humaine nous rapproche de lui comme jamais auparavant. A travers l’abandon du père ressenti plus tard sur la croix, Jésus s’unit à chaque homme, individuellement. Comme si son enfance le rappelait à ses origines
de chair et de sang .

On retrouve cette fusion corporelle avec l’homme dans le dernier repas avec les apôtres avant son arrestation…

 » Ensuite il prit du pain, remercia Dieu, le partagea en morceaux qu’il leur donna en disant:

Ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites cela ne souvenir de moi.

Après le repas, il fit de même pour la coupe, en disant:

– Ceci est la coupe de la nouvelle alliance conclue par mon sang qui va être versé pour vous » (Luc. 22, 19-20)

La Cène. Léonard de Vinci . 1494-1498

La victoire de l’homme sur la mort est possible. Cette victoire aura lieu non pas par l’épée, ( la séparation ) mais par la Foi, (l’union ) en Jésus-Christ, qui ose dire à Ponce Pilate peu après:  

« Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume appartenait à ce monde, mes serviteurs se seraient battus pour que je ne tombe pas aux mains des chefs des Juifs. Non réellement, mon royaume n’est pas d’ici »(Jean.18, 36) 

Voilà peut-être ce qui déstabilisera par la suite les pouvoirs en place avec la conversion du premier empereur Constantin. S’affranchir de la peur par la foi n’était pas nouveau à l’époque; les illuminés de tous bords ne manquaient pas. Mais rajouter l’incorporation d’un prophète par l’eucharistie, fils de charpentier promu au rang de fils de Dieu, sacrifié dans ce but? Personne ne l’avait prévu. La graine du catholicisme donnerait plus tard cet arbre à trois branches qui a rendu perplexe plus d’un croyant: « Le père, le fils, et le Saint-Esprit » immanence et transcendance unies en un seul: le Christ!

Mais voici que Jésus parle de son père et du royaume où il s’en va préparer une place à ses disciples:

« Lorsque je vous aurais préparé une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin que vous soyez, vous aussi, là où je suis » (Jean.14, 3)

Ne comprenant pas vraiment qui est le Père de Jésus, ni comment on accède à toutes ses belles demeures accueillantes, les disciples l’interrogent:

« Thomas lui dit:

Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir par quel chemin on y parvient? (ibid. verset 5)

Un peu agacé peut-être par tant d’ignorance, Jésus répond ceci:

« Le chemin, répondit Jésus, c’est moi, parce-que je suis la vérité et la vie. Personne ne va au père sans passer par moi » (Ibid. Verset 6)

Mais comme à la maternelle parfois où la maîtresse déprime de sa classe hébétée, un autre disciple est perdu:

« Philippe intervint:

– Seigneur, montre-nous le père et cela nous suffira.

– Eh quoi, lui répondit Jésus, après tout le temps que j’ai passé avec vous, tu ne me connais pas encore Philippe! »

(Ibid. verset 9)

Jésus et ses disciples (Rembrandt-1634)

Ce n’est pas dit dans le texte officiel, mais Philippe, me semble-t-il, se fait lourdement engueuler. N’en pouvant sûrement plus avec de tels cancres en phénoménologie, Jésus tranche le nœud gordien:

« Croyez-moi: je suis dans le Père et le Père est en moi. »

(Ibid. verset 11)

Voyant probablement les visages interloqués de ses disciples et la peur de voir partir leur maître dans les airs pour toujours, Jésus sait qu’ils ne pourront pas comprendre; il décide de les rassurer par cette phrase, un peu comme avant une interro-écrite:

« Mais le Défenseur, le Saint-Esprit que le père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit moi-même »

(Ibid. verset 26)

Le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe (Gian Lorenzo Bernini)

Conscient de ne pas avoir convaincu ses apôtres toujours inquiets, Jésus fait un résumé de l’énigme « Je pars mais je reste » par cette phrase qui défie les lois quantiques de la non-localité:

« Je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu, 28, 20) 

Difficile de contrer dialectiquement cette généalogie hybride, pour ne pas dire mutante, ramène le Dieu des Hébreux à un Fils immortel, né d’une femme mortelle. Si la transsubstantiation, sorte de clonage de Jésus par le pain et le vin par l’eucharistie ne satisfait pas tous les adeptes du Fils, on a encore l’ombre du Père, (si j’ose dire) pour les réfractaires; voire le Saint-Esprit pour les autres. C’est ça, me semble-t-il, qui quatre siècles après sa crucifixion séduit Constantin, sa mère Hélène et une Rome superstitieuse, où il faut ratisser large pour ramener le peuple à l’unité. L’arrière goût polythéiste de la Sainte Trinité joue un rôle non-négligeable dans les conversions spontanées, sans besoin d’aucune épée. Le dernier sacrifice à eu lieu, c’était l’agneau de Dieu; plus besoin de se salir les mains et d’égorger le moindre petit poulet. Tout le reste n’est qu’aménagement dialectique. Avec ce Saint-Esprit, présent dans les trois monothéismes, Saint-Augustin a réussi un tour de passe-passe théologique sans précédent et lie définitivement la terre au ciel.

Saint Augustin (détail) dans son cabinet de travail . A.Botticelli vers 1480

De nos jours, le culte du corps fait toujours l’unanimité. La chrétienté, cette « secte qui a réussi », n’a reculé devant aucun compromis pour s’implanter à tous les étages de la physique et de la métaphysique. Même la résurrection promet la restitution d’un corps glorieux, au top de sa forme, pour l’éternité! Pourquoi l’empire romain de plus en plus désuni se serait-il refusé une spiritualité si personnelle, si soucieuse de chaque ego, et si charnelle? Avec Jésus on garde tous les avantages des sens, mais sans les inconvénients. Franchement, qu’est-ce qu’une âme impalpable, invisible et anonyme, dispersée dans on ne sait quel éther lumineux ou quel « Un-Bien » platonicien? La partouze existentielle qui nous attend après la mort n’est peut-être pas vraiment physique, d’accord; mais le gros des troupes attend autre chose du paradis qu’une extase intellectuelle ininterrompue. Désolé Platon. Désolé Spinoza. Mais là, on passe dans une autre dimension.

Pour ma part, et que Dieu me pardonne mon côté un peu gnostique, avec mon nouveau corps devenu indestructible, au zénith de sa puissance, ressuscité pour des plaisirs sans fins comme d’autres corps glorieux superbes, tous mes prochains (surtout prochaines), tous prêts à l’orgasme au-delà des organes, l’extase au-delà des sens? En vérité je vous le dis, je n’hésiterais pas à suivre Jésus. Comme Constantin, sa mère et sans besoin d’épée, je suis preneur de ce paradis.
vidéo comique de notre philosophe préféré à ce sujet.

Seul Saint-Augustin, « à qui beaucoup de monde en veut » selon Patrice Cambronne (vidéo juste en bas), résoudra cette contradiction de l’impossible trinité. Idem pour l’âme platonicienne qui n’est plus souillée par un corps-prison, comme au temps de Socrate, mais le transfigure!

« Six jours plus tard, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les emmena sur une haute montagne, à l’écart. Il fut transfiguré devant eux: son visage se mit à resplendir comme le soleil; ses vêtements prirent une blancheur éclatante, aussi éblouissante que la lumière »

Fusion de l’âme et de la chair titanique (mortelle, corruptible) avec les concepts purs comme l’esprit, l’âme, la lumière etc. : tel un physicien génial, l’évêque d’Hippone résout l’équation de l’âme et du corps par la transfiguration, cet épisode surnaturel qu’on retrouve dans les trois évangiles synoptiques. (Mt17, 1-9; Mc 9, 2-9; Lc 9, 28-36). Jésus annonce à ses disciples l’inconcevable, le socle obligatoire de tout catholique, y compris les plus instruits: la résurrection de la chair!!

« Ne racontez à personne ce que vous venez de voir avant que le fils de l’Homme ne soit ressuscité des morts »

Bref, avec le christianisme on a le beurre, l’argent du beurre et la crémière. Merci Saint Augustin!

Eucharistie

Autre attrait qui, selon moi, séduit les nobles et les puissants de Rome: après tant de prophètes nés dans la pauvreté et le dénuement le plus cru, Jésus rachète et dépasse toute espèce de lutte des classes par son origine céleste; il laisse entendre qu’il est cet « au-delà », ce top du top qu’aucun mariage arrangé, aucun ascenseur social avant lui et après lui ne saurait égaler: il est…le fils de Dieu, le Messie!! Quoi de plus chic comme religion pour un empereur et son empire décadent?

« Alors le grand prêtre reprit en disant:

-je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous déclarer si tu es le Messie, le fils de Dieu.

Jésus lui répondit:

– Tu l’as dit toi-même. De plus je vous le déclare: à partir de maintenant, vous verrez le fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir en gloire sur les nuées du ciel. »

(Marc- 14- 61,62)

C’est, me semble-t-il, pour toutes ces raisons que Rome s’est convertie; une renaissance et un prestige qui allaient continuer jusqu’à nos jours pour les pouvoirs en place. Le Christ promettait une place à côté du trône de Dieu; mais en attendant que la nuée du ciel redescende dans sa gloire, la chrétienté version 2021 reste bien à l’abri aux côtés d’autres trônes, d’autres rois et empereurs enracinés dans leurs richesses.

Que diraient Moïse Jésus et Mahomet d’une telle attitude? Laquelle des trois familles d’Abraham n’a pas de sang sur les mains? Par-delà l’hégémonie recherchée par chaque église, Fils de Dieu pour les Chrétiens, peuple élu pour les Juifs et Coran dicté par Dieu donc sans fautes possibles pour les musulmans, quelle voie commune pour un père unique?

Les épées ne sont pas propres à la chrétienté ni aux religions. Car les épées, c’est un réflexe acquis depuis l’âge de bronze. Dix-sept siècles avant Jésus, ça donne le temps de prendre de mauvaises habitudes, et les vieilles habitudes ont la vie dure. 

Conclusion

Michel Onfray m’a beaucoup apporté. Et pour cela, je le remercie. Mais il est un redoutable dialecticien de l’inversion et du déplacement sémantique. Truffé de phrases simples au prime abord, de combinaisons vocabulaires très riches, de répétitions habiles qui fixent une idée comme un marteau un clou, son enseignement ne porte aucun doute en soi. Par stratégie peut-être, Sartre se disait sans inconscient, donc sans doute possible hormis l’absence de données intellectuelles. Nous constatons à quel point notre philosophe aux cent livres lui emboîte le pas mais ne veut pas le reconnaître. Là où d’autres érudits disent, me semble-t-il, Onfray revendique.(Nous avons vu pourquoi dans la vidéo du début sur le doute). Grâce à ses impressionnants panels de synonymes, de références historiques rares, souvent pertinentes et toujours référencées, que notre philosophe du peuple est génial. Capable de faire glisser tout auditeur et/ou lecteur non préparé dans son mode de penser, Michel Onfray veut en terminer avec la religion, toutes les religions, à commencer par la religion chrétienne. 

Age de bronze

Jésus, vous l’avez dit, n’était pas un guerrier. Les hommes par contre qui  n’ont rien compris, l’ont toujours été. Pire, ils ont osés bâtir les églises d’un « agneau » en se comportant comme des loups… 

« Par ce signe tu vaincras »

Croisades. Prise de Jérusalem

On les avait pourtant prévenu: Le Bon Grain et l’Ivraie est une célèbre parabole racontée dans l’évangile selon Matthieu(13, 24-30).

Jésus explique : Un homme a semé des bons grains de blé. Quand la nuit est arrivée, un ennemi est venu et a semé de l’ivraie (plante qui provoque l’empoisonnement). Quand la personne regarda, elle ne vit pas seulement le blé pousser mais aussi de l’ivraie! Les serviteurs de l’homme lui demandent: 
C’est bien du blé que tu as semé là? Alors pourquoi y a-t-il de l’ivraie? 
-C’est un ennemi qui a fait cela! 
Les serviteurs lui proposent alors 
-Voulez-vous que l’on s’en débarrasse? 
Le maître refuse, en disant qu’ils pourraient arracher tout le blé en même temps. Donc le maître leur annonça 
– Le blé et l’ivraie pousseront ensemble mais au moment de les ramasser, je demanderai au moissonneur de les séparer. L’ivraie sera brûlée et le blé sera dans mon grenier.

Les épées citées plus haut, vieilles de dix-sept siècles avant Jésus, n’étaient pas faites pour se défendre, mais pour attaquer. (Demandez à Anne Lehoërff, spécialiste de la question)Triste, belliqueuse histoire que la nôtre…Je voulais rétablir cet « oubli » dans vos conférences, celui du premier sang versé, « celui qui lave les péchés du monde ». (selon la liturgie)Car d’un côté il y a les hommes pris dans les épées de l’histoire, là nous sommes d’accord avec vous; mais d’un autre côté, il y a une nouvelle morale, un maître atypique, qui propose un « au-delà » accessible seulement par le pardon et l’amour.

Puisque vous avez une petite « tendresse » pour Saint François d’Assises, avouez que l’Italien désobéissant qui a osé faire face au pape à l’époque et créé l’ordre Franciscains, s’inscrit dans la pure descendance de douceur de l' »Agneau », mais aussi du dialogue ferme entre les hommes de pouvoir. 

Saint François d’Assises et le Sultan

Si vous accordez à cette homme exceptionnel une existence historique réelle, qu’en est-il de son inspirateur et « maître », Jésus? Tout comme les stigmates du Christ apparus sur son corps en fin de vie, tout cela est-il une simple rumeur? Tout cela est-il le fruit d’une hystérie, comme la conversion de Paul de Tarse, mais une hystérie « douce » pour le coup? Il y a eu tant d’autres figures spirituelles optant pour le dialogue et la tolérance, pour un combat tout autre qu’avec l’épée, un combat intérieur. (sens vrai du mot Jihad de nos amis musulmans) On peut objecter, comme Nietzsche et tant d’autres, qu’un tel comportement est impossible à l’homme tant la peur et le ressentiment semblent inscrits dans nos gènes. Mais peut-être qu’un jour l’impossible pourra advenir. Il est dit noir sur blanc que: « Dieu nous à fait à son image ».(Genèse II, 27)   Dans chaque religion, au milieu du chaos des hommes et de leurs guerres, athées comme croyants peuvent se rapprocher de Dieu, c’est à dire du respect total de la Vie. Tout le reste, s’il existe, c’est du bonus. Comme dit Tenzin Gyatso, mieux connu sous le patronyme de Dalaï Lama:

 » Une seule religion sur terre? C’est comme un restaurant qui n’aurait qu’un seul menu! «  

Sa sainteté Tenzin Gyatso Dalaï Lama (Océan de sagesse)

Notre appréhension de ce que nous appelons « réalité » est bien faible. A tous les étages de son évolution intellectuelle, le « grain de sable  » que nous sommes semble déficient à comprendre. Mais continuons la quête, ne baissons pas les bras.

Je dédie cette pensée de Pascal à Michel Onfray, Richard Dawkins, Sartre et tous ceux qui pensent que le doute n’est qu’une absence de connaissances, absence que l’humain surmontera un jour:  

Blaise Pascal

« Je ne sais qui m’a mis au monde, ni ce que c’est que le monde, ni que moi‑même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c’est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réflexion sur tout et sur elle‑même, et ne se connaît non plus que le reste.  Je vois ces effroyables espaces de l’univers qui m’enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu’en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m’est donné à vivre m’est assigné à ce point plutôt qu’en un autre de toute l’éternité qui m’a précédé et de toute celle qui me suit. Je ne vois que des infinités de toutes parts qui m’enferment comme un atome et comme une ombre qui ne dure qu’un instant sans retour. »

Fin de l’histoire du grain de sable:

Ce jour là, une grosse tempête balaya la plage. Le grain de sable se sentit soulevé dans les airs…Transporté par les bourrasques jusqu’à la mer, il reconnu immédiatement ce goût salé, ce parfum, ce bruit fantastique, et maintenant cette houle sur laquelle il flotta un instant… »C’était donc vrai! » se dit-il en soupirant de bonheur. Il regarda une dernière fois la plage où il avait vécu et crut apercevoir sa prof, la grosse pierre au loin; elle semblait s’accrocher dans le vent et s’enfoncer toujours plus dans le sable … le petit grain de sable éprouva une profonde pitié pour elle. Au même instant, il coula doucement…Au fur et à mesure qu’il s’approchait du fond agité, des cris de joie l’acclamèrent de toutes part. « Bienvenue à toi frère!! Bienvenue dans l’océan, nous t’attendions. On va bien s’amuser tu verras «   

Un de mes films préférés:

Autres articles…

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Merci de votre attention

Henri Laborit, esprit libre.

Dieu, l’intrication quantique et la matière noire.

« Nous avons observé des processus actifs de certains gènes après le décès. C’est à dire qu’une activité au niveau des mécanismes de transcription génétique  persiste dans certaines cellules plusieurs heures après la mort « 

(professeur Roderic Guigó, biologie computationnelle, institut de science et technologie de Barcelone)

Pour plus d’informations, voir cet article paru dans la revue Nature Communication de février 2018:

Ce qui suit frise la folie mais… 

« Celui qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit »

La Rochefoucauld.

SUPPOSITION

Existe-t-il dans l’univers des structures qui nous relient à la source en mode continu? Comparables à nos réseaux de communication actuels les plus sophistiqués, au-delà de la vitesse, seraient-ils capables de subsumer l’espace-temps et les deux infinis? Par exemple des phénomènes aussi étrange que la superposition quantique lieraient-ils les amas galactiques et le cœur des atomes de manière… consciente?  

Max Planck (1858-1947)

« Nous devons supposer, derrière cette force, l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière »

(Max Planck. 1944. conférence à Florence)

Dieu selon Spinoza

Michel Onfray explique Dieu selon Spinoza

La liberté provient de la raison; car la raison, au sens de Descartes et des Lumières, libère…De là survient l’acceptation totale de son destin: comme de ce caillou qui chute, dans la vidéo ci-dessus. À quoi bon lutter? Les lois physiques sont insurmontables. Selon Spinoza, seule la connaissance intuitive est capable de procurer cette joie immense, à la mesure du Dieu-univers. Il n’y a ni calcul, ni marchandage intellectuel possible. Nous sommes au-delà des réflexions discursives de la raison. Mais cette liberté, cette jubilation de réaliser que nous sommes une infime partie de Dieu n’est pas d’une grande stabilité. Pendant la chute, l’angoisse de la pierre reprend le dessus très vite. L’union avec ce Dieu-Nature n’a été qu’un bref instant d’extase. Pourquoi? Qu’est-ce qui empêche le « yoga spinoziste » de s’installer durablement dans notre âme? Quitter son ego définitivement pour nous unir au Tout serait tellement jouissif! Adieu les dettes, les responsabilités parentales, les patrons tyranniques et les épouses encombrées du râleur-géniteur de ses enfants! Mais je m’égare…Alors comment faire? Le problème est là: Spinoza ne donne pas de méthode spirituelle. Seulement un ensemble géométrique quasi-parfait – si l’on oublie que ce n’est qu’un postulat de départ sans preuves – mais postulat inégalé dans sa construction et dans lequel tout semble cohérent, beau comme un mandala tibétain.

Mandala de sable tibétain

Dans ce dédale magnifique de la pensée cartésienne, l’Ethique spinoziste se heurte à deux choses: le mur du matérialisme et le plafond de l’immanence. Axiomes, lemmes, démonstrations, scolies, corollaires et autres propositions feraient presque oublier l’essentiel: une théorie de la totalité basée sur la pensée d’un petit homo-sapiens né 13,8 milliards d’années après le Big-bang! Pardon Pascal, mais c’est comme si l’univers tenait en équilibre sur un roseau. Mais bon, l’humilité n’est pas de mise pour ceux qui veulent marquer leur temps. Et pour s’extirper de l’emprise des religions il fallait envoyer du lourd. Spinoza le savait. Son mandala logico-mathématique ne mène nulle part ailleurs qu’à Dieu. Mais attention! Dieu n’est pas au centre, ni à la périphérie, ni dedans, ni dehors. En fait, il ne fait qu’un avec vous, avec nous tous! C’est ça le monisme. Tout ce que vous regardez ou touchez, votre écran, votre table, votre chien, la facture de téléphone, vos cheveux, etc…sont des attributs de Dieu dont nous sommes partie. C’est ça le panthéisme. C’est pas vraiment le « Dieu en poudre » des atomistes, pour reprendre une expression de l’historien Henri Guillemin, même si chaque électron fait partie de Dieu; ce n’est pas non plus cet « esprit conscient et intelligent, matrice de toute matière », comme l’a supposé l’illustre Max Planck. Pas du tout. Chez Spinoza, Dieu est plus « visqueux » si j’ose dire. Une espèce de pieuvre gluante et sans tête, apparue en même temps que l’univers. Sans parents et sans origine, infinie et sans bords, absolument rien de ce qui existe n’échappe à son enveloppe tentaculaire.

« Par Dieu j’entends un être absolument infini, c’est à dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie »

Spinoza. l’Ethique. Livre 1. Définition VI.

Et pour les petits malins qui veulent être originaux dans leurs attributs? Par exemple en étant une pierre au fond d’un puits? Une goutte d’eau? Un goéland? Ou juste sa fiente qui sèche sur le pont d’un bateau?

« On ne peut concevoir en vérité nul attribut d’une substance d’où suivrait que la substance pourrait être divisée »

(Ibid. proposition XII)

Quant aux grincheux qui supportent mal ce collé-serré, qui veulent un peu d’espace entre eux et la substance de leur conjoint devenu invivable, faire enfin « deux » même une journée? une heure? une minute? Pas de bol:

« La substance absolument infinie est indivisible »

(Ibid. proposition XIII)

Voilà pour l’être. Un, indivisible, mais une infinité d’attributs,( corps, gaz, êtres vivants ou morts, espace, boîte à lettres, etc…tout ce qu’on veut) aucun attribut existe qui puisse diviser la substance. Vous l’aurez compris: de la facture de la banque à la galaxie d’andromède, en passant par le tas d’ordure dans ma poubelle qu’il va bien falloir que je vide, on est bien tenu. Et le divorce n’est qu’illusion. Rien ne peut se départir du mandala, de la nature, de Dieu.

Les tibétains passent des mois à construire des mandalas de sable coloré. À la fin, pour rappeler l’impermanence de toute choses dans l’univers, ils le détruisent comme ceci:

Ayant répété en grande partie Spinoza mais avec la colère en plus, Nietzsche se moquait des mystiques de tous bords :

Trop bien je les connais ces hommes qui ressemblent à Dieu(…)et de leur peau ils voudraient bien sortir. Pour ce faire aux prêcheurs de mort prêtent l’oreille et prêchent eux-mêmes des arrières mondes »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra)

Tout comme Nietzsche, Spinoza et les arrières-mondes étaient comme huile et vinaigre. L’ ennemi ne l’oublions pas, c’est les religions et leurs superstitions idiotes. Donc ils ne croyaient ni en un Dieu créateur, ni aux esprits sans leur support cérébral, ni en l’âme telle que les croyants se l’imaginent.

Et sûrement pas aux sornettes de la réincarnation:

« L’esprit ne peut rien imaginer et ne peut se souvenir des choses passées que pendant la durée du corps »

Spinoza. l’Ethique. livre 5. Proposition XXI

Pour le Dieu de Spinoza il n’y a ni bien ni mal. Pour Nietzsche, même combat: il faut s’en libérer, passer au-delà. Logique. Pour rester cohérents, l’un comme l’autre se doivent d’éviter ces notions judéo-chrétiennes, ce juge qui nous culpabilise sans arrêt et jamais ne se montre. On en a tous ras-le-bol! On est plus des gosses! À la fin ça sera cool vous verrez! Grâce à leur doctrine, d’un côté la raison pure, de l’autre le surhomme, plus besoin d’églises, de bergers, prêtres et autres gourous; nous seront tous notre propre berger! Nous ferons le paradis sur terre sans l’aide d’aucune forces célestes. Qui peut-être contre, en 2020?

« J’ai dit qu’est libre celui qui est conduit par la raison seule. C’est pourquoi celui qui naît libre, et demeure libre… n’a aucun concept du mal, et par conséquent, du bien non plus »

(Ibid. proposition LXVIII. Démonstration)

Mais alors pourquoi Spinoza nous parle-t-il encore de haine et d’amour de Dieu? On se croirait parfois dans la Bible. Aux yeux d’un dieu-nature absolument neutre par définition, que ne vient-il brouiller les cartes des pauvres brebis égarées que nous sommes avec ces anciennes recettes? Veut-il créer un nouvelle religion de la raison? J’achète!

 « Cet amour envers Dieu doit occuper l’esprit au plus haut degré » (…) Dieu n’aime personne – au sens propre du terme- et ne hait personne(…) L’idée de Dieu qui est en nous est adéquate et parfaite(…) Personne de peut haïr Dieu »

(Ibid. Livre 5. Proposition XVI/ Corollaire/proposition XVIII)

Dans ce bouquet final digne d’un testament, Spinoza se rattrape comme il peut pour ne pas trop choquer le troupeau. Il faut aimer Dieu, et pour cela il faut aimer l’homme. Haïr c’est pas bien – pardon! – c’est une mauvaise sensation, puisque le juge est mort. Ou plutôt, il s’incarne définitivement dans sa création, donc dans ses créatures.

« Alors si dieu c’est la nature(Deus sive natura) pourquoi l’appeler encore Dieu? »

S’offusque Michel Onfray dans la vidéo ci-dessus. Et la boucle est bouclée. Le juge du bien et du mal assis sur son trône céleste est passé entièrement dans sa nature; il s’est infiltré partout, dans la matière, dans les ondes, jusque dans la cervelle de l’homme qui s’est infectée de sa morale. Et merde on en sort pas!

Michel Onfray et son public de l’UPC

On a beau crier son athéisme comme Onfray le fait dans son université populaire- créée pour ça – , c’est d’une logique cartésienne inouïe. Si tout est dans la nature, le juge et son verdict implacable aussi. Le bien et le mal s’infiltrent dans la substance indivisible; ils deviennent une partie inextirpable de l’homme. Spinoza a beau jouer sur les mots, maquiller le bien en sensations bonnes, et le mal en sensations mauvaises, personne n’est dupe. Exceptés peut-être les psychopathes et autres Marquis de Sade, dont les « sensations mauvaises » traversent le cerveau malade – pardon leur attribut divin! – quand ils n’ont plus de proie à se mettre sous la main?

Voir cette page à ce sujet:

À moins de faire comme les 3 singes, il est impossible de ne pas juger. Il est impossible de ne pas savoir ce qui est bien ou mal sur cette terre. Tout le monde le sait.

Le juge est toujours dans le mandala-nature. Kant et son impératif catégorique se frottent les mains. Nietzsche rage contre Spinoza qu’il traite de charlatan, et pour cause: il a tué son Dieu avant lui. Il lui a « piqué sa boutique » comme dit Michel Onfray.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

« Et que penser de ce charlatanisme de forme mathématique, sous lequel Spinoza cuirasse et masque sa philosophie »

(Nietzsche: P d BM. des préjugés des philosophes)

Il rage aussi contre Kant, puisque le Dieu d’Abraham, ce même dieu jaloux qui n’entre pas dans les églises, continue de nous coacher à distance. La différence c’est qu’il nous laisse le libre-arbitre. Mais il place une limite à cette liberté. La bonne affaire! C’est comme si, juste avant de nous planter seul dans l’univers- son univers! -, il nous avait laissé dans les gènes un programme. Ce programme dit:

« Démerdez-vous sans moi, mais je vous préviens: si vous faites le mal, immédiatement vous vous souviendrez qui je suis, au plus profond de votre chair. « 

Adam et Eve chassés du paradis. Eric Lessing.1620

Pour le coup dans cette version, c’est Dieu qui abandonne nos pauvres parents nus sous ce pommier, alors qu’ils voulaient se réchauffer d’une petite pomme, pourtant faible en calorie. Furax, il les plaque eux et le monde entier. Colérique et jaloux Jahvé, nous le savions déjà. Mais à ce point susceptible? Enfin, contrairement aux théistes, les déistes pensent que Dieu a fait le monde et bye-bye! Trop de boulot à dresser cette junte dépravée barbare et idolâtre. On règlera les compte après la mort.
Post-scriptum: je n’ai pas trouvé de tableau de maître façon déiste, où Adam et Eve restent et Dieu le père se barre. ( Comme souvent les pères.) Mais si quelqu’un a un exemple c’est bienvenu!

Post-scriptum 2: aux féministes, je n’ai pas mis les prénoms Adam et Ève par ordre alphabétique, mais par ordre d’apparition sur la scène de la vie. C’est pas du machisme, c’est pire dirait ma femme. ( parce que j’ai pompé sur les génériques des films de Woody Allen et qu’elle ne le supporte plus) Voilà grosso-modo comment je m’explique l’impératif catégorique kantien. Une sorte de limite morale laissée au cœur de notre raison par un démissionnaire professionnel, au-dessus des lois. Mais est-ce vraiment une trace, une relique héréditaire de Dieu le père? Ou bien une acquisition de l’éducation parentale? Freud s’est écharpé avec Jung à cause de cette affaire. Tandis que Nietzsche accusait Kant de moraliste.

« La raide et vertueuse tartuferie avec laquelle le vieux Kant nous entraîne dans les méandres de sa dialectique, pour nous égarer juste devant son « Impératif catégorique »…les fines ruses de vieux moralistes et faiseurs de sermons »

(Nietzsche. Par delà bien et mal. Des préjugés des philosophes.

Emmanuel Kant (1724-1804)

« Nous devons accepter un Dieu et croire en Lui sans qu’il soit nécessaire que la raison risque d’accepter sa possibilité et son existence à priori. « 

(Emmanuel Kant. Leçons sur la théorie philosophique de la religion. Poche. page 92)

Après avoir tué le juge suprême, restait à sauver le plus important pour les croyants ignares: la consolation d’une vie éternelle après la mort.

Y-a-t-il une âme? Une unité dans l’Esprit? Une union finale au Dieu-nature mais qui ne soit pas simplement le recyclage aléatoire de nos atomes? Ayez pitié messieurs les philosophes! Nous ne sommes pas dans un cours de physique pour les nuls d’Etienne Klein! On a fait tant d’efforts, tant de sacrifices sur nos penchants naturels depuis le cannibalisme de nos ancêtres! Bon sang n’y a-t-il rien après la mort? Qu’on nous donne quelque chose quoi! Lavoisier et son « rien ne se perd, rien ne se crée tout se transforme » on s’en tape le coquillard!

Spinoza sera d’une grande habileté à la fin de son chef-d’œuvre.

« L’esprit humain ne peut être absolument détruit avec le corps, mais il en subsiste quelque chose qui est éternel »

(Ibid. Livre5. Proposition XXIII)

Toujours garder l’Espérance. Spinoza a essayé par la Raison; Nietzsche, d’un tempérament plus guerrier, par la Volonté.

« Oui certes, de tous tombeaux pour moi tu es encore le destructeur; je te salue ô mon vouloir! Et seulement où sont des tombes, là sont aussi des résurrections! »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. le chant des tombes)

Le pont qu’il manque entre rationalité et liberté vient de là, me semble-t-il. Comment argumenter que la plus haute connaissance est intuitive, donc au-delà des concepts, mais rester sur une ligne intellectuelle pure qui tourne en circuit fermé? Comment s’extirper de l’ignorance et du doute à la seule force cérébrale lovée sur elle-même. Tel un serpent qui se mord la queue, le cerveau n’est pas voué à cette dynamique autistique, autocentré sur le mode analytique et logique. Quant à sa volonté, hélas, elle ne suffit pas toujours. Pourquoi?

Les neurosciences commencent à avoir des réponses. Nous sommes construits sur un fatras de sentiments et d’émotions dont le cortex dépend, souvent malgré lui. Un grand médecin comme Henri Laborit nous l’a déjà rappelé plus haut.

Les découvertes récentes ont classifié plusieurs sortes d’intelligences, et nous ne sommes qu’au début des découvertes d’un organe difficile à connaître dans sa totalité.

Bien après Henri Laborit et ses 3 cerveaux en 1, Howard Gardner découvre neuf formes d’intelligences:

  1. Linguistique
  2. Musicale
  3. Logico-mathématique
  4. Spatiale
  5. Kinesthésique
  6. Intrapersonnelle
  7. Interpersonnelle
  8. Naturaliste
  9. Existentielle.

Ayant co-écrit un livre sur le Dalaï Lama, chef spirituel des tibétains, Howard Gardner ajouté la 8ème et 9ème ultérieurement.(source Wikipédia)

Les philosophies asiatiques ont depuis longtemps intégré ces forces psychiques dans une méthode de progression spirituelle bien codifiée, millénaire. (vidéo plus bas à ce sujet) Est-ce encore une arnaque religieuse de la domination que de vouloir comprendre la vraie nature de notre psyché? Pourquoi toujours se fier à la raison seule quand juste en-dessous d’elle, dans la même boîte crânienne, nous sentons à quel point d’autres forces nous détournent de cette sérénité tant rêvée, de cette soi-disant liberté dont Spinoza vantait les bienfaits.

Nous avons déjà parlé du bouddhisme, qui n’est autre qu’un chemin plus profond, me semble-t-il, que le seul intellect. Mais pour des matérialistes qui réfutent la moindre force extérieure non-intelligible, pour ceux qui rejettent le mot « esprit » et leur préfère « mental » (j’en connais), bref tous ceux qui nient le moindre facteur x pouvant interagir avec la pensée cartésienne, il ne restait que le bon vieux réflexe: « Jeter bébé avec l’eau du bain ». Je veux dire le bébé de la spiritualité millénaire des hommes qui cherchent un sens à la vie; je veux dire la tâche la plus difficile sur cette terre de diversité. Jésus appelait ça: « Trier le bon grain de l’ivraie ».

Nous y reviendront plus bas. Mais à ce stade je préfère donc prévenir le lecteur qui voulait en découdre avec les religions établies. Il ne trouvera pas sur ce site autre chose qu’une recherche pragmatique, sans concessions, de ce qui peut être amélioré, non éradiqué. J’ai peut-être été marxiste un temps, avouons-le, mais j’avais 20ans…Depuis j’ai appris que faire table-rase n’est qu’une entourloupe d’un pouvoir contre un autre.

Les grands penseurs comme Nietzsche, Spinoza et tant d’autres ont un petit défaut: rejeter tout en bloc et refaire le monde après de A à Z. Rien de tout cela ici. Nous devons faire avec ce qui existe, essayer de le comprendre, de se battre pour réajuster et argumenter point par point, par la raison certes, mais sans exclure personne, sans arracher personne à de ses racines spirituelles. Islam, indouisme, christianisme, judaïsme…Je crois profondément que toutes les religions ont le même but premier qui mérite respect. Mais les autres buts, ceux plus sombres, politiques, etc… nous serons toujours d’accords pour les combattre.

Voilà pour l’avertissement. Votre temps est aussi précieux que le mien.

Vers la fin de son livre, Spinoza n’exagère-t-il pas un peu avec l’intellect qu’il prête à son Dieu, lequel est, me semble-t-il, pur anthropomorphisme :

« Dieu s’aime lui-même d’un amour intellectuel infini »

(Spinoza. l’Ethique. Livre 5. Proposition XXXV

Ne faut-il pas lire ici un amour totalement retourné sur lui-même, amoureux de son propre génie, baigné de narcissisme absolu?

Narcisse le Caravage

Allergique aux saints, yogis et autres « prêcheurs de mort », Nietzsche se heurte à la même boucle obstinée de matérialisme. Violement narcissique, le pont qu’il veut faire avec son surhomme doit passer par l’homme. Traduisez: son Zarathoustra dionysiaque qui n’est autre que lui-même. Pas de mantras. Pas de prières. Aucune intercession à quémander, zéro transcendance possible.

« Osez d’abord croire en vous-mêmes- en vous et en vos entrailles. Qui en lui-même ne croit est toujours un menteur. »

(Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra. de l’immaculée connaissance)

Et surtout pas de pitié, ni miséricorde ou compassion!

« Hélas, où dans le monde advinrent plus grandes folies que chez les compatissants? Et dans le monde, qui a fait plus souffrir que les folies des compatissants?

(ibid. Des compatissants)

Un point pour Nietzsche. Mais qui a eu cette idée folle de croire que le troupeau se passerait de transcendance, de spiritualité, de « magie »? L’homme doit décliner et de lui renaîtra un surhomme…La bonne blague. Comment Zarathoustra peut-il se dépasser sans idéal bien défini?

«  Comment l’homme sera-t-il surmonté? C’est le surhomme qui me tient à cœur, mon unique souci – et non l’homme, non le prochain, non le plus pauvre, non le plus souffrant, non le meilleur »

(Ibid. De l’homme supérieur)

Sur quel modèle ce surhomme? Sans source extérieure, sans repère ni étoile, ni point sublime à atteindre? Comment s’appuyer sur un être qui déchoit?

« Ô mes frères, ce que je puis aimer chez l’homme, c’est qu’il est un passage et un déclin »

(ibid)

Zarathoustra veut passer sur un pont de bois pourri en train de céder pour sauter plus haut ? Est-ce vraiment les hauteurs qui l’attirent ou le précipice?

« Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi »

(Nietzsche. P.d.b.m)

Sur cette terre qu’il aime tant, le surhomme n’engendrera tout au plus qu’un sur-bien avec son jumeau siamois, le sur-mal. Nos enfants auront peut-être droit à un sur-Nietzsche? encore plus furax contre un monde survolté au lieu d’être révolté. On est pas plus avancés.

À tous ceux qui comme Michel Onfray, Richard Dawkins et tant d’autres pensent un jour éliminer Dieu- le vrai – de l’esprit des hommes et se débrouiller seul, Rémi Brague dit à peu près ceci:

« C’est un peu comme essayer de se soulever dans les airs en attrapant ses cheveux à la façon du baron de Munchausen »

le Baron de Munchausen se tire par les cheveux pour s’extirper des sables mouvants (Gustave Doré)

À un moment donné, il faut bien laisser les choses ouvertes, dire « je ne peux plus savoir », ou bien « quelque chose me dépasse et me dépassera toujours« . Peut-être alors pouvons-nous essayer de s’y rapprocher en s’améliorant à partir de nos erreurs, générations après générations, comme le pensait Kant finalement?

« Dieu veut l’élimination du mal par le développement tout-puissant du germe de la perfection. Il tient à la disparition du mal par le progrès vers le bien »

(E. Kant. Leçons sur la théorie philosophique de la religion. Théologie morale).

Dernière question sur ce sujet: Nietzsche est-il mort fou à cause de trop de certitudes? Attention Michel Onfray! Ou bien à force de se hisser tout seul par les cheveux?

« Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou »

(Friedrich Nietzsche. Ecce Homo)

Paix à son âme, et celle de Spinoza qui a rejoint son Dieu-Nature. Et merci pour toutes ces pièces de puzzle supplémentaires dont nous essayons toujours de trier le bon grain de l’ivraie.

Friedrich Nietzsche ( 1844-1900)

Des nombreux problèmes que je rencontrais dans la pratique de la méditation, une nonne bouddhiste de l’école tibétaine qui venait régulièrement nous donner des enseignements à Nice, m’avait dit à peu près cette chose que je n’ai jamais oubliée: 

« Nous sommes le fruit d’une union sexuelle. Nous sommes le fruit de sentiments complexes, ambigus, etc… lesquels ne sont pas totalement rationnels. La raison humaine seule ne pourrait être la cause de notre existence sur terre. Pour les émotions négatives, nous devons faire le travail des écuries d’Augias non en évacuant au dehors les « saletés » de notre ego, mais en les intégrant toutes, jusqu’à la dernière, sans lutter. Ceci ne vient pas en lisant un bouquin ou mille autres, mais en pratiquant » 

En ce qui concerne la compassion dont Nietzsche semble se méfier plus haut, je lui avais posé la question de la différence d’avec la pitié; elle m’avait répondu ceci:

« La pitié, c’est quand vous voyez quelqu’un souffrir et vous projetez sur lui votre peur, parce-que vous vous sentez démuni s’il vous arrivait la même chose. La compassion c’est la même situation, mais vous projetez sur lui votre amour et surtout, vous agissez pour l’aider comme vous le feriez pour vous-même »

Nonne bouddhiste

Les tibétains connaissent les subtilités du monde des émotions bien mieux que nous autres occidentaux. Pays bouddhiste depuis plus de treize siècles, sa langue comporte un vocabulaire très riche pour disséquer les dizaines de variantes à partir d’une seule émotion. Parfois plus poussé que la psychanalyse, cette précision linguistique aide les jeunes étudiants à partager leurs expériences méditatives avec leur maître au jour le jour. Cette pratique essentielle, axe des enseignements du Bouddha, (Dharma) fera de certains adeptes des yogis accomplis, voire de futurs guides spirituels qui à leur tour enseigneront la vraie méditation, comme dans les vidéo ci-dessus…

Les bouddhistes ne croient pas en un Dieu créateur, mais ils pensent que l’esprit peut renaître encore et encore; la plupart du temps poussé par les émotions non-maîtrisées, l’ignorance, l’attachement à ce monde, etc…Il y a six mondes possibles selon la croyance, appelés Samsara. Mais il arrive que de grands yogis devenus maîtres spirituels choisissent de renaître de leur plein gré après leur mort dans tel ou tel monde, parfois plusieurs à la fois, voire de choisir leurs futurs parents!

Je préfère ne pas me prononcer quant à cette croyance riche en couleurs et divinités symboliques. Si j’ai des doutes en ce qui concerne la réincarnation, je ne rejette pas cette philosophie née en Inde, 500 ans avant Jésus-Christ. Enfin, si J-C tel que nous le connaissons est vraiment né en chair et en os. Ce n’est pas le cas pour notre philosophe aux cent livres.

Comme le demande Michel Onfray dans ses nombreuses conférences, pourquoi ce besoin du nom de Dieu? La réponse est dans la question. Certaines pierres orgueilleuses refusent d’admettre qu’une autre intelligence puisse les envelopper. Il y a peut être un autre moyen d’infirmer Dieu que de projeter sur la Nature ses propres limites intellectuelles? 

Exemple d’argumentation ci-dessous, dans Léon Morin, prêtre, de J-P Melville (1961), avec Emmanuelle Riva et J-P Belmondo. Primé à la Mostra de Venise.  

Autre argumentaire dans une reprise récente : « La confession » de N. Boukhrief, avec R. Duris et M. Vacth

Y-a-t-il un fil d’Ariane pour sortir de ce labyrinthe infini de naissance et de mort appelé Samsara?

Nous n’avons hélas pas grand chose à nous mettre sous la dent. Depuis 1960 le programme SETI de recherche d’une intelligence extraterrestre n’a rien donné, exceptés de beaux films.

Est-ce qu’on nous cache des choses au sujet d’intelligences plus évoluées? (voir cette page de mon blog à ce sujet)

L’astronome et cosmologue Carl Sagan a écrit le roman Contact en 1985 et travaillé pour le programme SETI (Surch for Extra Terrestrial Intelligence) 

Ce grand scientifique n’aura hélas pas eu le temps de voir le film que Robert Zemeckis lui a dédié
Extrait du grand départ.

Suite et fin…

Ce grand scientifique n’aura hélas pas eu le temps de voir le film que Robert Zemeckis lui a dédié
Extrait du grand départ.

Suite et fin…

L’homme un loup pour l’homme?

L’homme un loup pour l’homme?

Merci d’éloigner les enfants de votre écran. Âmes sensibles s’abstenir.

Il paraît que la conscience de notre mortalité nous distingue de l’animal.

Canis-Dirus (ancêtre du loup)

Les animaux n’ont pas la notion du temps historique, c’est à dire ce temps qui laisse des traces dans la mémoire collective d’une espèce toute entière. Jusqu’à preuve du contraire, une horde de loup suivra son mode de fonctionnement social millénaire, sans se soucier des affaires humaines, jusqu’à notre propre autodestruction.

La nature a bien fait les choses. Sur le plan darwinien, changer c’est s’adapter sans cesse  à un environnement qui bouge depuis toujours, bien avant qu’Homo-Sapiens n’entre sur la scène de la vie.

Chaque organisme sur terre doit subir des mutations profondes qui n’ont qu’un but: préserver l’espèce de l’extinction.

Ci-contre, évolution des cétacés.

Ci-contre évolution des canidés.

Cadeau de la nature, cette mutation est absolument automatique, inscrite au plus profond des cellules. C’est une sorte de programme acquis de générations en générations qui vient mettre à jour nos gènes. Pas besoin d’y penser à chaque accouplement pour la génération suivante. Ça libère l’esprit pour d’autres joies de la vie!

Les comportements changent automatiquement, au gré des bouleversements climatiques qui ont chamboulé la planète.

Dès que l’hiver s’installe, aucun loir ou marmotte n’oublie jamais d’hiberner.

Aiphane caryotifolia

Si nous partageons cette magie de l’adaptation darwinienne avec les végétaux et les animaux, une chose hélas nous sépare de ces derniers.

« Qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux sur toute la terre et sur tous les reptiles et les insectes » (Genèse 1. 26)

La taille de notre cerveau a augmenté plus vite que celui du singe.

Côté Occidental, même évolution génétique, à quelques variantes près :

Côté Occidental:

Scènes de lynchage aux « USA » répertoriées dans un album du collectionneur James Allen, pendant la guerre civile américaine et bien après (entre 1882 et 1968) . Selon l’institut Tuskegee (Alabama) 4743 personnes ont-été lynchées et tuées pendant cette période dont: 3446 noirs et 1297 blancs. Toujours selon cet institut officiel, 73% de ces lynchages furent perpétrés après la guerre civile dans les états du Sud. 
Photos de cartes postales autorisées dont parle Etienne Balibar dans sa conférence sur la cruauté extrême à l’UTLS. 

Ci-dessous, Etienne Balibar tente une explication calme, psychanalytique des comportements d’extrême violence.

Dans un article intitulé la « dépropriation », le psychanalyste Fethi Benslama dénonce:

« Le franchissement d’une nouvelle limite dans la destruction de l’humain »
où il décrit ces « pratiques qui visent l’étranger dans son corps, son intégrité, sa dignité corporelle, non pas comme une simple destruction de l’ennemi, mais comme une autodestruction »

Extrait de cet article au sujet des massacres en Bosnie:

« Ouvrant de la pointe de son épée le ventre d’une mourante pour que disparaisse avec elle sa descendance ( 3 fœtus ) … »

Souvent, on réfère de tels comportements à l’ordre animalier, à la bestialité. Ne s’agit-il pas plutôt d’un déni du caractère spécifiquement humain de ce type d’agression, car si les loups tuent des agneaux, les déchiquettent, les dévorent ou se les disputent entre eux, on n’a jamais vu des loups ouvrir des agneaux pour les changer en loups et les affilier de force à leur horde ? C’est un fait que ce qui constitue le propre de la violence humaine dans sa radicalité, c’est cette volonté de dépropriation de l’homme dans sa vie et dans sa mort. Tuer est insuffisant, c’est travestir que  l’on veut.  »

(F. Benslama. La dépropriation. page 43)

Côté socio-économique, c’est un peu la même chose.

Bertrand Ogilvie, psychanalyste, a étudié les dictatures latino-américaines et ses rapports de cruauté sur les peuples. Pour lui, la nature humaine n’est pas forcément une cause unique de violence en soi; ce seraient plutôt nos structures sociales qui portent en elle un chaos latent, consenti par tous, toujours prêt à surgir. Brassées par une mondialisation qui a rendu les gens interchangeables, certaines populations ou catégories sociales auraient fini par intégrer leur propre asservissement au nouveau paradigme hyperlibéral. Pour ces exploités, la révolte seraient moins le rejet d’un système injuste qu’une dialectique naturelle d’un déni de soumission. Ce qui signifie pour moi cette horreur: l’injuste et l’inhumain ont été intégrés comme une donnée naturelle de certaines conditions de vies!

(Si j’ai bien compris le psychanalyste!)

Je prends volontiers des précisions ici pour les experts qui apporteraient des rectificatifs:  

« La violence n’a rien de naturel ni d’originaire, mais elle est au contraire un produit , un résultat  » 
(B. Ogilvie. l’Homme jetable-page 48)

Dans « l’Homme jetable », essai sur l’exterminisme et la violence extrême, le psychanalyste pointe un terme spécifique employé par les sociologues sud-américains pour désigner ces populations démunies, véritable boulet pour les pouvoirs:   » Population pour la poubelle »

Nous avons beau tenter une approche psychanalytique de la violence, les solutions se butent à l’éternel déni freudien de chacun. Nous nous sentons protégés, à l’abri de la « chose innommable » dont parle Balibar dans sa conférence, ce noyau dur apparemment « inconvertible » en vie sociale puisque:

« Indissociable du soi individuel et collectif « 
(Fethi Benslama- la dépropriation)

Alors comment faire? C’est toujours pareil en psychanalyse: le problème reste enfoui, donc hors de portée de la raison. L’autre problème est intrinsèque à cette discipline élitiste, hermétique, coupée d’un peuple dont elle voudrait comprendre les ressorts mortifères, mais privée de la confiance de ce même peuple. Difficile d’en sortir. C’est un peu comme un chercheur de laboratoire qui courrait sans cesse derrière un matériel à observer qui fuirait le microscope. La faute à Freud peut-être? Michel Onfray le pense; il n’a pas tort pour le coup. Bertrand Ogilvie, Fethi Benslama et avant eux Wilhelm Reich, même combat: sauver une psychanalyse mourante qui est un peu notre « troisième œil » occidental, en la faisant descendre dans la rue. Bon courage à eux! (et surtout bonnes jambes). Pour ma part, je préfère la méthode bouddhiste de l’introspection méditative. Mais tout comme la psychanalyse, la méditation n’est pas dénuée de résistances! Car pour notre meilleur et notre pire, nous avons tous un égo.

Pour en revenir à la violence, dans un langage populaire on dit souvent que c’est la faute aux autres, aux circonstances extérieures, etc. Tout le monde y croit ou presque. Sinon les guerres n’existeraient pas. Associés aux pouvoirs quels qu’ils soient, les médias dominants ont pour but principal de nous faire avaler la pilule de Leibniz tous les jours. « On est pas les plus mal lotis ». Si l’on se recentre sur des groupes plus petits, les microcosmes sociaux comme les couples, les familles, les fratries? On connaît tous la chanson. Pas besoin d’en rajouter. Quant aux rapports sociaux? professionnels? etc…Les syndicats sont désavoués, la guerre de tous contre tous menace à tous les niveaux de la société.

Bref, individuel ou collectif, le boulot pour déboulonner le Léviathan de Hobbes est loin d’être fini. A-t-il jamais commencé? La mauvaise nouvelle, c’est qu’il n’y a aucun plan, aucune jurisprudence, aucun précédent historique sur lequel s’appuyer. Tout ce qu’a réussi la révolution marxiste, c’est de détruire un Léviathan pour en construire un autre. La bonne nouvelle, c’est qu’une bonne partie des boulons pour démonter ce monstre sont en chacun de nous.

Thomas Hobbes Léviathan

Si l’Homme est un loup pour l’Homme, la chance est donc dans cette vérité auto-proclamée. Si nous sommes capables de voir le danger, nous sommes donc toujours capables de l’enclore.

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve »

Friedrich Hölderlin

Je renvoie le lecteur à cet article:

On en vient encore et toujours, avec Frédéric Dard alias San Antonio, à se poser cette question éternelle, cette antienne qui fait le bonheur des discussions de comptoir dans tous les bars du monde.

Plus l’idée d’un projet commun s’éloigne, plus l’égoïsme se déchaîne. Quant à cette chose étrange qui nous sépare des plantes ou des animaux et que l’ont croyait directement tombée du ciel, je veux dire notre conscience d’être mortels, elle n’est rien d’autre qu’un subterfuge du primate évolué que nous sommes pour pouvoir se plaindre sans arrêt et satisfaire son insatiable ego.

« Seule notre arrogance explique notre extrême réticence à attribuer nos pensées à un substrat matériel (notre cerveau) »

(Charles Darwin)

La courbe de l’évolution semblait pourtant avoir bénéficié à l’humain, mais ce n’était qu’un leurre de notre orgueil. Les pensées issues d’un cerveau qui a créé les médailles Fields de mathématiques, les prix Goncourt et autres Nobel prestigieux valent à peine celles d’un loup qui lèche tendrement sa compagne et ses petits. 

On ne s’étonne qu’à moitié pourquoi Darwin qui connaissait bien la nature humaine, avait tant de mal avec les mots « évolution » ou « progrès »  
(lire Stephen Jay Gould- l’éventail du vivant le mythe du progrès)

En essayant de trouver des réponses chez les philosophes comme Blaise Pascal on voudrait parfois croire avec lui que: 

« l’Homme est encore plus noble que ce qui le tue (l’univers), parce qu’il sait qu’il meurt; et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien »

Mais l’Homme qui sait qu’il meurt sait aussi qu’il peut ôter la vie à d’autres hommes, femmes, enfants; et sa noblesse retombe à zéro. Ça non plus l’univers n’en sait rien. 

Enfin, sauf si Dieu …
Mais pour l’instant, notre soi-disant créateur reste aussi absent que notre capacité de penser au vivant même le plus insignifiant comme à un tout.

En conclusion

Si notre conscience ne nous sert à rien d’autre que d’être un loup en horde, ( sans faire injure à l’animal) notre existence sur cette terre de chaos et de hasard est effectivement « de trop ». Un point pour Sartre.

Nous donner la nausée pour nous dégoûter de nous-mêmes, comme une espèce de vaccin, a déjà été exploré de long en large et en travers, même au cinéma par Stanley Kubrick.

Ci-contre le héros du film orange mécanique forcé de regarder toute la journée des scènes d’extrême violence.  

Voir « la chose » cachée en nous est-il possible ? Et si oui est-ce libérateur?  Le héros du film se retrouvera momentanément guéri de sa violence, mais deviendra sexuellement impuissant. Jusqu’à ce qu’il rencontre un politicien en campagne électorale qui lui serre la main dans son lit d’hôpital. C’est la fin du film.

Nous nous doutions que la politique porte en elle une violence structurelle, mais individuellement, pris hors du contexte des foules hurlantes des stades, des arènes ou des scènes de lynchage en tous genres, sommes-nous si pourris de l’intérieur? Freud nous avait prévenus que la pulsion sexuelle était l’unique pulsion de vie, mais pas de bol: elle tire sa jouissance d’une autre pulsion nettement moins noble, la pulsion de mort.

Est-ce que la sexualité humaine, celle à qui nous devons tous notre existence, (excepté peut-être pour la PMA et encore!…) doit-elle être toujours liée à une forme de violence? de sadisme? Voire pour certains cas pathologiques de cruauté ? 




Si malgré toutes les politiques, sagesses, spiritualités de la terre les saletés de nos égos persistent et signent, il faut qu’une autre force viennent en renfort. Mais laquelle? Qu’est-ce qui nous donnera vraiment l’envie de nous laver définitivement, de s’auto-guérir avant de s’auto-détruire?

Merci de votre attention!

Michel Fiorelli

Poèmes, pensées, slam, etc…

Se lever le matin, léger, sans réveil à assommer,
 Déguster son café, ses tartines, la radio en sourdine
 Sans se soucier des infos, du monde qui tombe en ruine,
 La terre peut exploser, aujourd’hui c’est congé ! 

Ce soir table est mise, tout est prêt pour nos invités,
 Une sauce tomate embaume déjà la cuisine,
 Un bon vin rouge chambre entre deux bouquets,
 L’amitié sonne à ma porte : joie divine !  

Un peu de vin, une nuit étoilée,
 Un vent léger, allongé sur un banc,
 Instant parfait, dilué dans la Voie Lactée,
 La mort ne me voit plus, mon corps est transparent. 

Comme aspiré dans un trou noir,
A l’abri des regards,
Lentement je prends du recul,
Lové dans ma bulle,
Espace-temps pour un rêve,
Et ma sieste s’achève.

Le chant des oiseaux,
 Porte l’âme vers le haut,
 Et remplit le silence,
 De sa plus pure essence.

 
Une table, une bougie, 
deux amoureux ?
Ou simple jeu 
de deux amis,
Avec le feu?
Amour, désir…
Comment choisir ?
Comment savoir ?
Si c’est ce soir,
Qu’on dit au revoir,
À l’amitié,
Pour mieux s’aimer ?
Mais tes soupirs,
Comme un zéphyr,
Que je respire,
Et ton parfum,
Chargé d'embruns,
Sucre et vanille,
Et cette flamme,
Hier incertaine,
D’un coup vacille,
Sous ton haleine,
Brûle mon cœur,
Pauvre tam-tam,
À l’intérieur,
Qui fond mon âme,
Sans plus de chaînes,
Sans plus d'erreur,
Avec la tienne.

 
Un peu de vin, quelques amis,
 Un bon souper, des filles jolies,
 Un corps jeune, sans maladies,
 Une nuit d’étoiles : mon paradis!

Musique ! Peut-être Vivaldi, Bach, ou Mozart ?  
Tout l’orchestre ou bien un luth, une guitare ?  
Je voudrais tout mon être livrer à cet art,  
Et mourir transpercé de notes blanches et noires. 

 
Longue nuit d’amour, 
 Grasse matinée, 
 Réveil-caresses, arôme café,
 Elle était au petit jour,
 Déjà réveillée,
 Et m’accueille, plateau en mains,
 De son plus doux baiser.
 Quel plus beau matin?
 Quel plus haut dessein ? 
 Rien de rien.
 Pas même l’éternité !

  
J’ai trop longtemps rêvé de ces temps insensés,
 Où je volais, vainqueur, vers les cieux étoilés,
 Décrochant les planètes pour te les rapporter,
 Alors que l’univers tout entier tu voulais. 

L’œuvre d’art.

Sentiment puissant d’amour et d’esthétique,
Qui sort du créateur comme d’une mère l’enfant,
Et s’en va nu et beau vers des hommes souffrants,
Pour caresser le monde d’une main magique,
Apaiser la colère et délivrer du temps.

 
Douleur si forte aux deux extrémités de la vie,
 Entre les deux tout est faible et confus,
 Les plaisirs sont futiles et les projets déçus,
 La joie n’est qu’une ivresse qui trop tôt s’évanouit.

Corps formatés, beaux visages sans rides,
 Poitrines pleines pour faire oublier le vide,
 D’un art factice, sans créateurs,
 Fruit du vice des producteurs, 
 Et d’un Show-business
 Qui leurre la jeunesse. 

Radio, télé, internet,
depuis belle lurette,
pratiquent une hypnose,
dont on est la chose,
le sujet docile,
dont l'avis bascule,
tout comme un pendule,
tenu par un fil.

Leçons de discrétion, de silence, d’humilité?
 Facile à donner du haut de votre gloire ! 
 Grands Hommes, avez-vous déjà oublié,
 Lorsque, jadis, la mer vous vouliez boire ? 

Le vent qui gronde à mes oreilles,
 Me conte horreurs et merveilles,
 Sur ma joue gauche il hurle: tu es libre !
 Sur ma joue droite: de ne plus vivre. 

Le bonheur est un auto-stoppeur, 
 Perdu sur une autoroute,
 Que l’on dépasse à cent à l’heure,
 Sans ralentir sa route,
 Et qui nous tend son bras d’honneur,
 Dans le rétroviseur. 

L’or au creux de la main,
Invisible au quotidien,
Vers la fin on aperçoit,
Ses traces entre les doigts.

Je n’ai pas besoin de vos notes faciles,
 De votre plagia mercantile,
 Compositeurs futiles,
 Aux mélodies construites sur du sable,
 Votre musique doit être rentable, 
 Telle une denrée périssable,
 À force d’avoir cherché le nombre,
 Vendu l’art comme des concombres,
 Vous finirez dans l’ombre.
   

Assoiffés de gloire, d’argent facile,
 Faux artistes, plutôt obscènes,
 Encombrent les scènes,
 Mannequins dociles,
 Qui montrent leur nombril, 
 Ondulent du bassin,
 Gonflent leurs seins, 
 Sur des chorégraphies banales,
 Sans talent ni style,
 Une mélasse musicale, 
 À seule fin commerciale.
 Les muses détalent. 

Je n’ai pas besoin de vos précieuses fêtes,
 De votre musique d’analphabètes,
 De vos orgies d’alcool et de sexe,
 Où l’on s’échange sans complexes,
 Vos corps suants, vos cris de bête,
 Puent trop la fuite et la défaite,
 Pour que mon envie s’y arrête. 

Là où il n’y a rien à vendre, 
 Reste l’envie d’apprendre,
 Là où tout se consomme,
 L’école buissonne.

 Retrouvailles ! Carrefour heureux des vieux amis,
 Larmes de joies, joues rougies, bras qui se serrent,
 Yeux mélangés, sourires sincères,
 Souvenirs d’hier, trop éphémères,
 Noyés bientôt par l’Aujourd’hui, le Demain…
 Alors comme une mort, 
 séparés encore,
 On se retrouve seul dans un train,
 Déjà loin des siens,
 Loin du pays,
 Reste l’oubli. 

 
Faire de sa vie mille voyages,
 Parcourir le monde,
 D’une âme légère et vagabonde,
 Remplir son cœur d’images, de parfums, de sourires, 
 Puis un jour fatigué de courir,
 Contre le temps, contre son âge,
 Contempler sa jeunesse en photo-souvenirs,
 L’amour d’une femme sur papier glacé,
 Qui sur tant d’albums vieillit à mes côtés,
 Puis caresser doucement son visage,
 Et laisser la mort dans un soupir,
 Fermer la dernière page. 

Si j’avais à choisir entre une seconde et l’éternité,
 Je choisirais l’éternité sans hésiter une seconde
 Mais s’il me venait à hésiter une seule seconde,
 Ce temps là me paraîtrait une éternité. 

Ô funiculaire ! Emmène-moi tout là-haut,
 Vers ce qui est jeune et fort, vers ce qui est beau,
 Quoi ? Tu redescends déjà ? Plus vite qu’un corbeau,
 Dans ce trou à cadavres où m’attend mon tombeau ?
 

Fermer les yeux, un jour, à l’ombre d’un vautour,
 Dans ce corps las et lourd d’une proie dépecée,
 Et tandis qu’un bec froid perce mon cœur mal né,
 Sentir mon âme ailée s’envoler vers l’Amour.

J’étais jeune, svelte, endurant comme un loup,
 Infatigable, tel un champion de sport,
 J’ai couru l’amour partout,
 Sur la planète,
 J’ai dansé dans mille fêtes,
 Séduit sans trop d’efforts,
 Des femmes qui m’avaient embrassé, 
 Même aimé…
 Mais dans ce lit d’hôpital, ce soir,
 Et aussi loin que s’ouvre ma mémoire,
 Aucune femme ne m’avait serré plus fort,
 Que la mort. 

Comme un code génétique,
Unique,
Le temps jamais ne se partage,
Ni l’âge,
Et chaque grain du sablier,
Est une clé,
Qui ouvre chacun de tes gènes,
Sans peine,
Pour te remplir mieux que personne,
Quand l’heure sonne.

  
Les peurs, les joies, les espoirs et les doutes,
 Sont tombées, çà et là, sur le bord de ma route.
 J’ai dépensé les années, les mois, 
 Gaspillé les semaines, les secondes,
 Sans me retourner une fois,
 Ni m’arrêter pour comprendre ce monde.
 Maintenant il est trop tard,
 Pour ôter tout ce fard, 
 Qui a bouché mes yeux,
 M’a fait devenir vieux,
 Le mensonge a fait de mon corps, 
 Un gros sac de remords,
 Et je meurs seul dans le froid,
 Ecrasé par le poids,
 De mon temps qui s’en va.

Seul comme un chien abandonné,
Courbé sur ma canne, essoufflé,
Je me suis promené trop loin,
Dans cette rue jusqu'au rond-point,
C'est mon passe-temps quotidien,  
Je suis un chasseur de regards,
De sourire, de bonjour, de bonsoir,
Mais je rentre souvent bredouille,
De mes épuisantes vadrouilles,
Ha! peut-être pas aujourd'hui? 
Je croise un gosse curieux, ahuri,
Par ce vieillard voûté, ce vieux débris,
Evadé de quelque déchetterie?
Et là, tout au fond de ses yeux,
Je reconnais sans mal ce feu,
Dont la jeunesse ignore le lieu,
Et son doux réconfort dont il n'a que faire,
Retarde un peu ma mort, apaise mon enfer.

Notre enfant devait naître sans cri ni pleurs,
« Nous avons tout tenté » nous avait dit le docteur,
En nous montrant son petit corps sans vie,
Qui n’avait pas une heure,
Et que nous embrassons, avec mon mari,
Main dans la main, unis, 
Soudés dans la douleur.
Où est donc ce Dieu ami
Qu’à notre mariage béni,
On chantait tous en chœur ?

Ha ! Ha ! Voici le jour, voici l’heure du résultat!
Fini les blablas, les « ceci », les « cela »,
La soustraction trop longue pour ce simple calcul :
Vie moins Mort égal résultat nul.

Ariane, lance-moi ton fil!
Je ne suis pas né pour rien,
Ni pour jouer l'imbécile,
Dans un monde de pantins,
À la colère facile,
Montre-moi la sortie,
Montre-moi la lumière,
Dis-moi pourquoi je vis,
Être humain pour quoi faire?

Fuir : le mouvement que je préfère,
Filer droit comme une balle de revolver,
Courir sans regarder derrière,
Comme le vent sur nos misères,
Comme le temps qui toujours se perd.

Conclusion, on est pas plus avancés,
Du pire des salauds,
Ne reculant devant aucun péché,
Au gentil catho, 
Ramenant un sac aux objets trouvés,
Le Laid et le Beau,
Cohabitent ensemble collé, serré,
Le loup et l'agneau,
Vivent sur le même bateau, embarqués,
Comme ces vrais jumeaux,
Pour la vie impossibles à séparer,
Le plus rigolo?
C'est qu'on s'acharne à les éloigner,
Depuis l'an zéro,
On construit des murs de sécurité,
Parfois des ghettos,
Pour enfermer l'ennemi, l'isoler,
C'est pas de si tôt,
Qu'on verra notre égo s'évaporer,   
Y'aura du boulot,
Pour voir en chacun Bien et Mal, mêlés. 
 

Aveugle à l’Ici, sourd au Maintenant, 
J’ai eu peur du silence et j’ai trop fui l’instant,
Comme si mon temps n’avait pas de secondes,
Ni mes pensées de source profonde.

Mais mon souffle s’épuise, et la peur m’abandonne.
Que ma fuite s’achève, et que mon cœur se donne,
Aux forêts, aux lacs, à la Nature exquise !
Et tous ceux qui m’ont fait tenir dans la bise.

Chercher un ailleurs, un après, un avant?
Sans se soucier de l'ici, du maintenant.
Croire en un dieu, plusieurs ou personne?
Sans savoir au fond ce que nous sommes.

Sur sa branche, la feuille de chêne,
Lui fait cadeau d'un peu d'oxygène,
Dans la terre un lombric utile,
Lui procure un sol bien fertile,
Pendant qu'au-dessus, la bête gloutonne,
D'une voracité sans rivale,
S'empiffre de tout ce qu'on lui donne,
Minéral, végétal ou animal…  
Puis, prise d'un étrange mal,
Comme une crise intestinale,
Défèque sur son décor vital. 

Tu cherches son amour,
Comme on cherche un secours,
Le dos à ton miroir,
Tu as ce fol espoir,
Qu’en fuyant ton reflet,
Elle pourra mieux t’aimer.

Hommage à l’alpiniste

J’étais jeune, vif comme un chamois, 
Le ciel était mon toit et l’océan mon bain,
Les montagnes, un escalier divin,
À grimper trois par trois.

Maintenant que je suis vieux, sans joie, ni lendemains,
Les murs de ma chambre s’écroulent un par un,
Lourds comme ces montagnes qui m’avaient fait roi,
J’étouffe sous leur poids.

Et ce verre d’eau qu’une infirmière me tend,
Est comme un océan, un lac d’Himalaya, 
Que je bois doucement,
Pour ne pas qu’il me noie.

Et mon ciel étoilé, flambant dans le lointain,
Que je scrutais, vainqueur, du haut de mes sommets, 
N’est plus qu’un lustre usé,
Qu’on a déjà éteint.

Ma déesse médiatique

Instant sacré sur mon canapé,
l'heure des informations télévisées,
la journaliste plutôt sexy,
parle de la guerre en Syrie,
Elle croise ses hauts escarpins,
sur des images d'orphelins
cherchant un bout de pain
dans les décombres d'une rue,  
Elle pince ses lèvres charnues,
sur des hôpitaux bombardés,
des déplacés, des affamés,
exilés fuyant la haine,
et la furie des hommes,
dans d'interminables colonnes, 
Elle baisse un instant ses longs cils,
sur des enfants du Yémen,
mourant sans trouver d'asile,
ni main ou tente onusienne.
Puis pour chasser la peine,
ou ne pas que je comprenne,
autre sujet, autre plan,
elle cambre son buste en avant,
l'image des horreurs s'efface,
il faut pas que je m'en fasse,
On y peut rien, nous on est bien.
Sport: médailles en ski alpin,
elle se redresse avec grâce,
météo: Il fera beau demain,
sourire coquin, écran de fin.

Le refugié

J’étais souffleur de verre,
Un créateur de sphères,
De bulles aux parois fragiles,
Comme ce nouveau domicile,
Un camp au cœur du désert,
À la frontière du Niger,
Où assis seul dans ma tente,
Les souvenirs me hantent,
Prisonnier dans ce sable fin,
Encore tiède au creux de ma main,
Et dont je transformais le grain,
En récipients petits ou grands,
Sans jamais penser un instant,
Qu’un jour tous les verres explosent,
Qu'une seule bombe décompose,
Votre famille, votre atelier,
Pendant que je partais livrer,
Tout fier, mes cristaux ciselés. 
Je me retrouve seul sous une toile,
Et je prie mon dieu tous les soirs: 
"À toi qui a fait les étoiles,
Que chaque éclat porte Ta gloire,
Que dans Ton ciel ils puissent me voir,
Nuit et jour jusqu'au fatal,
Leur souffler mon plus beau cristal."


Sortir du tunnel, 
Freiner,
Déçu, glisser sur le gel, 
Sans passer l’arrivée.

Repartir en arrière, 
Courir,
Caresser chaque pierre,
De ses souvenirs. 

Puis s’arrêter en pleurs,
S’asseoir,
Au milieu des vapeurs,
De la roche noire,

Et sur les rails, enfin !
Trouver,
Entre deux jours lointains,
Le passage secret. 

Le futur est un trou noir,
Qui aspire les années,
Tout au bout d’un couloir,
Où gît l’inanimé,
La seule échappatoire,
C’est vivre sans regrets,
Trouver dans sa mémoire,
Un coin d’éternité,
Un visage, un regard,
Un décor du passé,
Paradis provisoire,
Où l’on s’était aimé,
Et croire que quelque part,
Tout peut recommencer.

Partir en exil,
Quelque part sur cette île,
Tout au fond de mon cœur,
A l’abri des douleurs,
N’être plus que désir, 
Joie du souvenir,

Ne vouloir plus que toi,
Qui m’attend tout là-bas,
Allongée sur la plage,
Parmi ces coquillages,
Que j’avais ramassés,
Pour t’en faire un collier,

Et pendant qu’une infirmière,
Nettoie mon vieux derrière,
M’en aller sans regrets 
Loin de ce lit taché,
Et rester pour toujours,
Dans ce passé d’amour.

Euthanasie (En hommage au Pr. Léon Schwartzenberg)

Dieu m’en veut, c’est sûr, 
Il est fâché,
Car vivre, je vous le jure,
Depuis que je suis né,
Me paraît un calvaire.

Mais je me plains trop sans doute,
J’exagère, 
Puisque ce goutte-à-goutte,
Que pend mon infirmière,
Conduit au paradis.

Ô Ange blanc, déesse d’éther !
Je te remercie,
Pour mes années d’enfer,
Que ton nectar adoucit.

Que la vie, toujours, t’épargne la souffrance,
L’hypocrisie,
La tyrannie de l’Espérance,
L’Ethique nazie.

Loin de moi enfin ces yeux sadiques, 
Voyeurs d’agonie !
Suçant la mort comme une tique,
Pour mieux jouir de leurs vies.

J’inspire encore cet air…
Tiens ?
Je vais bien. 
Je ne sens plus l’éther,
Ni ma peur,
Ni la douleur,
Au-delà de l’hypnose,
Plane un parfum de roses, 
De thym, 
De romarin, 
De vacances,
Des campagnes de Provence, 
Je te vois allongée, 
Dans ce champ,
A mes côtés,
Tes cheveux dans le vent, 
Ondulent comme des ruisseaux,
Sur l’herbe fraîche, les coquelicots…
Au-dessus de mon lit,
Des perfusions, 
Des tuyaux d’oxygène,
Ton corps nu flotte,
Sans gêne, 
En sustentation.
Tu me dis : « viens ! »
J’hésite encore…
Tu me dis : « la mort n’est rien ! »
Et tu tends les bras, 
Alors j’expire très fort,
Et je monte vers toi.

Une digue noyée,
Sous la houle enragée,
Un phare dans le lointain,
Qui peu à peu s’éteint,
Un bout de quai de gare,
Des rails qui se séparent,
Où irai-je à la fin,
Lorsque viendra mon train ?

Peut-être y a-t-il un ailleurs,
Un endroit quelque part, meilleur,
Mais si tu atteins sa hauteur,
Nous renverras-tu l’ascenseur?

N'y a t-il qu'un gouffre remplis de cadavres?
Des vieux des jeunes, princes ou esclaves?
Ou bien y avait-il un pont que j'ai manqué,
D'où les chanceux nous regardent se putréfier? 

Un pétale qui tombe, une fleur qui se fane,
Une tige qui courbe vers la terre d'où elle vient,
Puissé-je voir toutes choses en filigrane,
Comme au soir d'une rose si belle au matin.

Ecoute ce tic-tac tout comme un cœur qui bat,
Ni dedans ni dehors, ni ici ou là-bas,
C'est celui de l'horloge,
Où la nature se forge,
Depuis que le néant,
A laissé place au temps, 
Des galaxies aux trous noirs,
Des pouponnières aux mouroirs,
Il pulse son tempo,
Depuis l'instant zéro,
Des trop-pleins d'énergie,
Jusqu'à l'absolu vide,
Du sein maternel gorgé de vie,
Au front d'un vieux creusé de rides,
Tout doit naître et mourir prisonnier,
De son perpétuel balancier,
Dont personne n'a le secret,
Excepté peut-être,
Le fond de ton être?
Mais de tout ce que je crois,
Et cela n'engage que moi:
Le freiner ce n'est pas le fuir,
Mais dans tes bras l'accueillir,
L'arrêter ce n'est pas la mort,
Mais l'embrasser sans remords. 

Enfermer mon chagrin dans les murs du paraître,
Croire que l’œuf que je couve tout au fond de moi,
Ne pourra pas éclore et maculer mes joies,
Alors qu’il était noyau de tout mon être. 

Puisqu’il n’y a pas d’alternative,
Il faudra bien quitter la rive,
Reste à savoir si dans l’eau noire,
J’apercevrai l’éclat d’un phare,
Une lueur, n’importe quoi,
Peut-être même une voix ?
Et si le flot n’est pas trop fort,
Je nagerai jusqu’à son bord,
Pour qu’une fois sur l’autre berge,
La paix finale me submerge.

Sur mon Everest à moi,
Plus je grimpe et moins j’ai froid,
Loin de l’asphyxie des plaines,
Plus besoin d’oxygène,
Ni de cette vie de mort,
Qui souvent m'a fait oublier,
Que mon plus haut sommet,
Je le ferai sans trop d’efforts,
Sans pic, ni corde, ni sherpa,
Je trouverai la voie,
Du camp de base jusqu’au col Sud, 
Pieds et mains nus sur la glace,
Dans le blizzard le plus rude,
Je marcherai dans tes traces,
Et lorsque tout là-haut, sur la crête,
Noyée dans les brumes d’altitude,
J’apercevrai ta silhouette,
Comme s’épuise la tempête,
Mourra ma solitude.

Comme un funambule marchant sur un fil,
Bien tenu derrière moi par les souvenirs,
Mais devant qui le soutien? Quel avenir?
J'espère que c'est sa main, son évangile. 

Rendre les cartes d’un geste las,
Ses rois, ses dames, son dernier As,
Plus de jetons pour me refaire,
Ni atout ni joker,
Rien à glisser sur le tapis vert.
Et puisque l’imbattable adversaire,
De toute chance éteint le feu,
Partir, sans rancœur ni colère, 
Quitter la table du Grand Jeu.

Le pessimiste est un portier démissionnaire,
Qui ferme la porte à la lumière,
Et pleure à chaudes larmes dans le noir,
Sur un jour qu’il ne veut plus voir.

L’optimiste est un enfant peureux,
Qui dans le noir ferme les yeux,
Puis les rouvre, rassuré,
Telles deux flammes allumées.

Tu n’es pas encore né(e),
Mais ta venue porte la grâce,
D’un doux soleil de matin d’été,
Du lilas parfumant une terrasse,
D’une cascade de bougainvillées,
D’un grand chêne au centre d’une place,
Et tous ses oiseaux pour te chanter,
Du ciel pourpre d’un jour qui passe,  
D’un hameau de Provence perché,
D’un clocher que la nuit enlace,
D’un clair de lune sur les blés,
Des constellations dans l’espace,
Et toute la Voie Lactée.

Mon enfant, quand tu nous souriras,
Que tu diras « maman », « papa »,
Alors les dieux, je te promets,
Regretteront l’éternité.

L’or qui jailli parfois, 
Du souffle d’un enfant,
Aucun dieu ne le voit,
Aucun ciel ne le vend.

Ta petite main qui serre mon doigt,
Et ton regard posé sur moi,
En vérité je te le dis,
Valent tous les paradis.

Naissance, maladie 
Vieillesse et mort,
Les misères de nos vies,
Font rire les dieux très fort,
Eux qui n’ont rien à craindre,
Eux qu’aucun mal ne peut atteindre, 
Pourtant je te jure mon amour,
Tu apprendras à ton tour,
À te moquer du ciel,
De ses sentiers trop plats,
Des ses champs éternels, 
Où les fleurs ne fanent pas,
Mais ne font pas de miel.
Peu à peu, avec l’âge,
Te viendront le courage,
La force et la sagesse,
D’accepter tes faiblesses,
Tu verras nos malheurs, 
Et nos joies de mortels,
Comme deux sœurs jumelles,
Qui font tourner le monde,
Et tu n’auras plus peur,
De rentrer dans la ronde.

Jour après jour, tandis que l’âge avance,
Je dois bien me rendre à l’évidence,
Que mes prières, mes souhaits, l’Espérance,
N’ont nul écho dans cet espace immense,
Et que le vide de l’univers,
Etouffera ma colère,
Dans ce silence creux,
Qu’on nomme Dieu.

Puisqu’il n’y a plus rien que sexe et violence,
Que tu as fait du monde un lieu de décadence,
Que tu as renié les tiens, outragé l’enfance,
Que ton corps s’est vautré dans l’infâme jouissance,
Que ton esprit n’est plus qu’un nerf sans conscience,
Je prononce envers toi mon ultime sentence :
Le Néant sera de ta vie le seul sens.

Pardon pour t’avoir donné la vie,
Dans ce monde où tout n’est que furie,
Où ce qui naît fait une cible,
D’un archer au tir infaillible.

Mais s’il vise avec aisance.
Je te promets que ta naissance,
Garde toujours un coup d’avance, 
Sur les flèches qu’il nous lance,

Et que sur l’échiquier du temps,
Où le meilleur fait face au pire,
C’est la vie qui a eu les blancs,
C’est naître qui doit mater mourir. 

La ronde des heures est une spirale,
Et son tic-tac jamais le même,
Mais le comprendre ferait trop mal,
Alors le temps creuse nos peines.

Le temps : un océan sans rivage,
D’où l’on sort la tête un jour, sans raison,
À peine à flot, un effort de nage,
Que son courant nous aspire vers le fond. 

Ma voile est déchirée et la coque prend l’eau,
Le canot de survie n’est pas prévu pour deux,
Tu dois sans plus tarder quitter notre bateau,
En pleine mer, hélas ! il faut se dire Adieu.

Être sur un bateau,
Qui prend l'eau,
Perdu en pleine mer,
Solitaire,
L'horizon tout autour,
Un ciel lourd,
Aux couleurs d'ouragan,
droit devant,
Déjà plus d'une année,
À pleurer,
un sentiment tout neuf,
d'être veuf.

Je suis passé de l’ombre à la lumière,
Le temps d’un éclair,
D’un cri d’effroi, de joie et de colère,
D’un souffle coupé,
Puis d’un coup l’obscurité est retombée,
Pour l’éternité. 

Peut-être pire, 
Que de mourir,
Ou ne pas naître :
Ne pas connaître.

Sans nul soupçon,
Le fond du fond,
Le grand trou noir:
Ne rien vouloir.

Comme le vide glacial de l’univers,
La mort a encerclé la terre,
Et du début jusqu’à son heure dernière,
La vie gardera son mystère.

Comprendre ce dont on dépend?
Serait un peu comme une maman,
Chargée d'expliquer l'amour,
Pour son nouveau-né d'un jour,
Demander à un poumon,
D'où lui vient son oxygène,
À un morceau de colon,
de localiser ses gènes,
À un cerveau d'hominidé,
Ce qu'il fait sur la Voie-Lactée.

Si l'homme en sait plus que l'univers,
Alors l'univers est pur hasard,
Mais si c'est juste le contraire,
Alors il reste un frêle espoir.

Quelque part, entre deux secondes,
Doit exister une onde,
Un espace à l’abri du monde,
Où mort et vie se fondent.

Oui mon ami, la limite n'est qu'un dessin,
Avec un trait, un point, d'où l'on part, d'où l'on vient,
Un couloir illusoire entre hier et demain,
Espace-temps prisonnier d'un tout et d'un rien,
Oui mon ami, mort et vie n'ont jamais de fin.
 

Il doit être quelque part,
Seigneur du vide et de l'absence,
Entre nécessité et hasard,
Caché de notre présence.

Ou bien bloqué dans une impasse,
Devenu quasiment impuissant?
Privé d'action, d'anges efficaces,
À calmer l'agonie d'innocents?

Ou bien refuse-t-on l'évidence,
Ce silence pire que l'enfer,
Cette infinie indifférence,
Preuves d'un dieu imaginaire? 
  
 

Comprenez bien j'insiste,
Vous n'êtes pas sur la liste,
Tous les élus sont ceux,
Qui sont proches de Dieu,
Ici, aucune place,
Pour les gens d'autres races.
- Regardez bien encore!
Répond l'autre d'un cri fort,
Vous devez faire erreur!
Je suis proche du Seigneur,
J'ai aimé tous les Hommes,
De Gomorrhe à Sodome,
Plus que ma propre personne,
j'ai aidé les plus faibles,
Construit pour eux des règles,
Que les puissants devaient suivre,
Pour ne pas qu'ils s'enivrent,
De leur propre abondance,
Qu'ils partagent leur chance,
Avec ceux qui n'ont rien,
Ni eau, ni lait, ni pain,
Des enfants sans lendemains,
Je vous en prie, vérifiez!
Mon nom doit être marqué.
- Hélas Monsieur j'insiste,
Vous n'êtes pas sur la liste,
Je n'ai ni "Jésus", ni "Christ",
Je vous le dis comme un père,
Mais ne soyez pas triste,
Vous n'avez qu'une chose à faire: 
Redescendre sur terre.

Pris dans ce fatras d’ondes et de particules,
Où la matière explose en feu d’artifices,
Et les soleils éclatent comme des bulles,
La terre prie Dieu que ce chaos finisse.
L'intelligence de l'univers…
Y-a-t-il un dieu derrière?
Si oui, pourquoi laisse-t-il faire?
Si non, pourquoi l'Homme sur terre?
On dit: "tout est hasard"
On dit: "Y'a plus d'espoir"
Einstein, Gandhi, Chaplin,
Le Bien part-il en ruines?
Hitler, Staline, Pol-pot,
Le Mal garde la côte.


Partout sur terre le plaisir charnel,
Cherche obstinément la victoire,
Sur son ennemi le plus notoire,
Son rival intellectuel.

Le premier vide et anesthésie,
Englue les foules de son miel,
Arme absolue des monarchies,
Il tue dans l’œuf l’idée rebelle.

Le second fortifie la raison,
Confère à l’homme son vrai pouvoir,
Et sa plus noble révolution,
Qui sera celle du Savoir.

Je réfléchis, j'étudie, j'écoute,
Je veux savoir où tracer ma route,
Mais cette école qu'on nous enseigne,
Laisse couler les plaies qui saignent,
Apprend aux riches à tout garder,
Prépare les autres à l'accepter.

On a dit "égalité des chances",
On a cru en la justice,
Mais qui a vu bouger la balance,
De cette statue factice?  

On appelle ça la République,
En latin chose publique,
Pas forcément démocratique,
Elle se la joue héroïque,
On dit: tout est politique,
On dit: c'est la faute au fric,
On vote pour casser les briques,
D'un mur épais, stratosphérique,
Entre l'or oligarchique,
Et les gosses faméliques, 
Que le privé rende au public!
Pour l'équilibre économique,
Pour la morale et l'éthique,
C'est notre seule rhétorique, 
On n'est pas des bolchéviques,
On veut faire la dynamique,
pour changer cet historique,
Au bilan catastrophique, 
Par delà les guerres bibliques,
Et les haines interethniques,
La paix globale, sphérique,
C'est notre prière laïque,
C'est notre ultime encyclique.  

On virevolte en apesanteur,
À dix-mille kilomètre-heure,
En direct au journal de vingt heures,
Expliquant aux téléspectateurs,
À quel point c'est un honneur,
D'être dans ce transporteur,
Pour chercher un monde meilleur,
Sans guerres et gosses qui meurent,
Où les puissants auront à cœur,
D'être les initiateurs,
D'un paradis sans cris ni pleurs,
Hormis ceux du vrai bonheur,
De s'être vus de l'intérieur,
D'avoir vaincu nos horreurs.   

Il y a un point précis sur terre, 
Un repère,
Une seconde de latitude,
De longitude,
Où le mouvement s’arrête,
D’un coup net,
Où le temps n’a plus de nuit,
Ni de midi,
Où les secondes comme les heures,
Se meurent,
Car ton sourire fait pâlir d’envie les dieux,
Dans les cieux, 
Et stoppe toutes les aiguilles,
Ma fille. 

J’ai vu mourir le temps,
Dans tes yeux d’enfant,
Et cru en l’avenir,
En t’observant dormir.

Toute la peine,
Ne peut rien,
Face à la haine,
De l’humain.

Pourtant le rire,
Des enfants,
Fait de l’avenir,
Un diamant.

Un frêle coquelicot,
Tremble sous la fusée,
Qui doit monter là-haut,
Pour nous protéger,

Un brin d’herbe meurt,
Sous le feu des boosters,
Qui prennent de la hauteur,
Pour notre bonheur,

Haute technologie,
Lancée vers les étoiles,
Planète à l’asphyxie,
Sous son épais voile.

Avions, fusées, machines et robots,
Technologies de très haut niveau,
Du siècle vous êtes le flambeau,
Vous cherchez à conquérir l’espace,
Mais ici-bas, sans bouger de place,
Un seul brin d’herbe vous surpasse.

Je me souviens d’une guerre,
Qu’il nous fallait faire,
Pour libérer notre terre,
Du feux nucléaire,
Je me souviens d’une pierre,
En forme de sphère,
Un petit grain de poussière, 
Bouillant de colère,
Qui s’éteignit dans l’univers,
Après un bref éclair.

Jamais sur la terre,
l'absence de guerres,
toujours chez le hommes,
les armes résonnent,
misères et famines,
jamais tombent en ruines,
un parfait monument,
maléfique diamant,
indestructiblement,
fait de larmes et de sang.

Donne-nous l'illusion que d'être bon,
Ne profite pas qu'aux cons,
Dis-nous que d'être honnête,
Ne soit pas que défaite.
Pourquoi faut-il que les justes,
Soient toujours ceux qui dégustent,
Les sarcasmes et humiliations,
Des loups de la compétition,
De ceux qui voient comme faiblesse,
Compassion et gentillesse?
Seigneur comment est-il possible,
Après tant d'années de prières,
Pour voir nos ennemis en frères,
Que nous soyons encore la cible,
Qu'ils frappent en plein dans le mille?
Tu avais dit dans l'Evangile, 
"Je suis avec vous chaque jour",
Mais nous te cherchons chaque jour, 
En proies offertes à des vautours,
Qui n'ont que faire de va-nu-pieds,
Pleurant sur la fraternité.
Reviendras-tu parmi nous,
Agneaux au milieu des loups?
Sur une terre sans pitié,
Pour des chercheurs de la bonté.

C'est fou le nombre de gens irréprochables,
Que tant de malheurs accablent,
À l'inverse, combien de cons, de malhonnêtes,
Se font une vie de fête?
Longue et belle jusqu'à la mort,
Sans avoir le moindre remord,
Des fortes têtes,
Que rien n'inquiète,
Que rien n'arrête.
L'avenir appartient aux psychopathes,
Empereurs
Magouilleurs,
Et autres Ponce Pilate,
Qui se lavent bien les mains,
Sur la veuve et l'orphelin,
Qui dorment sur l'or et les diamants,
En rêvant d'être encore plus puissants.
Et tous ces gens qui n'ont presque rien?
Qui croient encore en un dieu du Bien?
Partagent même leur bout de pain?
On dit: "Dieu les met à l'épreuve"
Je dis: "Apportez-en les preuves!"
Les théologiens se dérobent,
En invoquant le livre de Job,
En attendant qui c'est qui trinque?
C'est simple, comme compter jusqu'à cinq,
Qui ne sera pas rassasié de jours?
Qui n'aura jamais le moindre recours?
Ecoutez-les: ils appellent au secours.

Enfin !
On aura tout tenté pour trouver la beauté,
Le Bien,
Tout fait pour croire en l’homme et la fraternité,
En vain,
Mais jusqu’au dernier souffle on aura essayé,
Au moins.

De la crèche à l’hospice,
Le temps glisse,
Au milieu, un espace,
Plein de glace,
Avec de chauds vêtements,
Pour quelques gens.

Le temps s’accélère,
Pas de marche arrière,
À côté ? la misère,
Et devant ? Mystère…

Qui aura-t-il après le mouvement,
Quand les corps pétrifiés,
Cette aiguille épuisée,
Par sa ronde absurde autour du cadran,
Se sera arrêtée ?

C'est ça vieillir,
tourner le dos à l'avenir,
Parce qu'il ne sait que fuir,
Sans tenir ses promesses,
De grandeurs, de prouesses,
Faites à la jeunesse.

L'avenir? Un mensonge nécessaire,
Qui nous leurre de ses mystères,
Sans lequel naître ne serait qu'enfer,
Comme respirer un vide sans air.

Stocker des milliers d’images,
Sans toucher la moindre page,
Numériser les souvenirs,
Mais sans le temps d’y revenir,
Mémoire donnée aux disques durs,
Pour oublier sa vraie nature,
Pris dans la course du progrès,
Surtout ne pas se retourner,
Et quand viendra l’heure de la fin,
Que les écrans seront éteints,
Seras-tu là ordinateur,
Pour effacer la Grande Peur?

Les belles années de ta vie?
Mon ami je vais te dire,
Il n'y a pas pire ineptie,
Que ce leurre du souvenir,
Puisque ton âge avance,
Fait face l'évidence:
On t'a volé ton enfance,
En prétendant t'instruire,
On t'a fait croire en tes chances,
Aux chimères du "réussir",
Aux fariboles du travail,
Du mérite, des médailles,
Des bons, de la racaille,
Comme à l'armée ce délire,
Du soldat fier d'obéir,
À une mère patrie sans failles?
De ses morts au champ d'honneur?
Pour de la chair à mitraille!
Mon ami, il faut sortir,
De l'hypnose des menteurs,
Du joug des dominateurs,
Des vieilles ritournelles,
Des maîtres aux manivelles,
D'une machine à produire,
Vraie dette et faux désirs,
Haines et guerres éternelles,
Pour un humain jetable:
La machine du diable.

Prisonniers comme des rats dans un monde perdu,
Jusqu’au bout de nos forces nous nous serons battus,
Jusqu’au tout dernier souffle nous aurons prié Dieu,
Mais dans les caves l’eau monte et les toits sont en feu.

Il y a ni « chez moi » ni « chez eux »,
Ni sang noir, blanc, jaune, rouge ou bleu,
Juste un groupe d’humain sur terre,
Peut-être le seul dans l’univers.

Penser à sa famille,
Avant que tout vacille,
Honorer leur mémoire,
Quand nous pouvons les voir,
Ne pas garder l’amour,
Pour la fin du parcours,
Ni serrer dans ses bras,
Un corps déjà si froid,
Mais savourer l’instant,
D’être avec eux, vivants,
Et dire à tous les siens,
Comme ils nous font du bien,
Ici et maintenant,
Tant qu’il est encore temps.

Si les pensées sont épuisées,
Que les rêves ne sont plus clairs,
Il est temps de se réveiller,
Et de faire ce qu’on doit faire.

Doucement rien ne presse,
Plus vite tu cours partout,
Plus ça serre autour du cou,
Tu vis dans la vitesse,
Excité comme un toutou,
Tu crois que ta maîtresse,
Lâchera cette laisse?

Mettons-nous un bon film, regardons une série!
Une histoire bien sordide au suspens haletant,
Des acteurs jetables, jeunes et beaux débutants,  
Un scénario sans fin que j'oublie qui je suis.
 

J'ai fait des centaines, des milliers, des millions,
D'aller-retours incertains, entre agneau et lion,
J'ai voulu être doux, mais on m'a vu mesquin,
J'ai voulu être dur, on m'a jugé hautain,
Pas simple d'être soi-même au milieu des cons,
Alors on met un masque et on fait attention.

 
Coincé dans l'embouteillage,
je regarde ce beau nuage,
Dans les klaxons, les injures,
je suis bien dans ma voiture,
Un peu comme ce rossignol,
Perché sur un toit de tôles,
Paradant pour sa femelle,
Agitant ses petites ailes. 
Plus bas, entre les poubelles,
Zigzague une poussette,
Dont la mère me semble inquiète,
Parle fort dans l'écouteur,
Fâchée par l'interlocuteur, 
J'ose un signe vers l'enfant,
Qui lève les yeux un instant,
Et replonge dans sa tablette,
En souriant à l'écran, 
À l'arrière klaxon rageur,
Rétroviseur en furie,  
"Allez avance abruti!"
Ça roule enfin devant,   
Alors adieu l'enfant! 

Faisons enfin un jour, sur la terre pas au ciel,
une nouvelle alliance au-delà des chapelles,
unissant chaque enfant par un pacte éternel,
tout ruisselant de lait, et tant pis pour miel!

Un joueur de casino ayant tout perdu,
Qui pousse sur le tapis son dernier jeton,
Comme lui fallait-il que je sois mis à nu,
Pour sentir sur ma peau ton vent de compassion?

J'ai longtemps cherché un maître, un guide,
Je sentais au fond de moi comme un vide,
Un jour au réveil, une évidence,
De la graine au fruit de ma conscience,
De la racine à la feuille,
Du sein de ma mère au cercueil,
Ta question est sans réponse,
Mais faut-il que je renonce,
À te chercher de tout mon être,
Pour te sentir en moi renaître?
Faut-il que mon néant déborde, 
Pour toucher ta miséricorde?

Rumi, Yehudi, Tenzin,
L'âme est-elle une part divine?
Jiddu, Martin, Malek,
Ferez-vous mentir Houellebecq?


Pensées

Pendant qu’une importante mission cherche des traces d’eau sur Mars, nous oublions la seule goutte d’eau potable identifiée à ce jour dans l’Univers.

L’infiniment petit recèle tous les secrets; alors pour se venger, l'infiniment grand essaie de nous impressionner.

La responsabilité à toujours effrayé l’Homme, c’est pourquoi il préfère construire des vaisseaux spatiaux plutôt que de se pencher sur un microscope.

L’homme est une bête malade qui jeune, goûte le pouvoir, mature dévore les plaisirs, et vieille vomit les regrets.

Le temps présent ressemble plus à la mort qu’à l’éternité, c’est pourquoi l’homme le fuit volontiers.

Avant, on pouvait devenir célèbre si son roman était publié; aujourd’hui, il faut être célèbre pour publier un roman.

Ceux qui vivent chaque jour intensément sont obligés d’en payer le prix: imaginer qu’il pourrait être le dernier. Donc personne (ou presque) ne le fait.
Les anciens nous conseillent souvent de profiter de la vie tant qu’on est jeune, c’est qu’ils savent qu’ils ne l’ont pas assez fait eux-mêmes.(CQFD)

Vivre au présent  est une fable inhumaine qui rapproche l’homme des animaux ou des plantes.

L’orgueil est la meilleure arme contre les regrets, et rares sont ceux qui regrettent.

L’éternel souci des vieux pour leurs enfants qu’ils ne voient plus est l’ultime façon de se rapprocher d’eux.

Faire un enfant moins pour résoudre les problèmes que pour perpétuer les questions.

Nos enfants partiront très loin tant que nous serons là, puis reviendront très près quand nous ne serons plus. 

Serrer dans ses bras son enfant et savourer la présence d’un futur absent qui s’ignore.

Il fait se rencontrer les parents, lesquels font l’enfant grâce à lui, lequel s’en va à cause de lui, pour être à son tour un parent: tel est le cycle de l’amour. 

Si nos enfants ne font pas mieux que nous, c’est sûrement qu’ils auront mieux à faire.

Faire des études ne rend pas intelligent, encore faudrait-il avoir l’intelligence d’en faire pour s’en apercevoir.

La vie détient tant de projets pour un seul homme, et la mort un seul projet pour tous.

Une fois bus, tous les nectars se changent en urine.
Une fois mangés, les meilleurs mets tombent en excréments.
Une fois rejoins, tous les projets perdent leur hauteur.
Une fois achetés, les bijoux perdent de leur éclat.
Une fois dans nos bras, tous nos amours déclinent.

Le bonheur existe un peu comme les étoiles : si loin qu’elles sont probablement déjà mortes avant que leur lumière ne nous parvienne.

L’idée qui gêne le plus un croyant ce n’est pas qu’un être mauvais ne croie pas à l’enfer, mais qu’un être bon n’ait jamais cru au paradis.

L’enfer n’est qu’une projection de la haine éternelle des hommes et de leur incapacité ontologique de pardonner.

Il n’y a pas de plus haute religion que de penser que l’autre pourrait avoir raison.

La corruption religieuse est la superposition quantique de la corruption politique. 

Plus fort que la sagesse, (qui pour la bible est la peur de Dieu): la peur de faire souffrir ceux que l’on aime et qui nous font confiance.

Quel changement possible en politique, si ce n’est de dire ouvertement la vérité: on tire la couverture à soi en temps de crises, on essaye de s’en mettre plein les fouilles quand la croissance revient, et entre les deux, on vieillit.

On ne comprend pas mieux le monde en voyageant entouré de luxe et de gardes du corps, ni en serrant les mains d’une foule hystérique, ébahie par une image sortie de son téléviseur.

S'il n'y a plus rien à faire pour changer le monde, c'est qu'il reste à changer notre manière de faire.

Croire en la politique c'est comme attendre qu'un présentateur de télévision nous dise d'éteindre son poste avant la pub.

Le plus reconnaissant des sommets n’a qu’un rêve : hisser sa base à lui.

Le sommet qui n’a pour sa base que dédain mérite de s’effondrer.

Une société décadente prend les jeux au sérieux et se joue des questions sérieuses.
Matière noire reliant les amas galactiques (reconstitution satellite Planck)

Si le lien qui lie l’inerte au vivant est hasard, alors la source est inerte. Mais si le lien qui lie l’inerte au vivant est nécessité, alors la source est vivante. 

Tant que l'homme ne comprendra pas l'univers, il restera une chance que l'univers comprenne l'homme.

Les gènes: une tentative sans cesse avortée de l'individuel pour reproduire l'universel.

La lumière: trace d'une course impossible pour rejoindre l'instantané perdu. 

La matière: coagulation de l'énergie et de la vitesse. 

Une parcelle d'énergie veut rejoindre son créateur, mais ce dernier étant infini, l'univers se produit.

Notre univers: vague perdue voulant rejoindre l'horizon d'un océan qui l'enferme et le fuit. 


L'artiste qui crée ne se trompe jamais.
L'artiste qu’on crée s’est fait tromper.

Un artiste qui tombe à genoux d’admiration devant un autre artiste prend de la hauteur.

La rivalité entre deux artistes fait la preuve formelle qu’ils n’en sont pas.

L’artiste d’hier était un créateur; l’artiste d’aujourd’hui est une création.

Si l’art est un arbre, et ses différentes disciplines ses fruits, il arrive parfois qu’un ver appelé commerce en pourrisse quelques-uns

Comme l’enfant joue à la poupée pour imiter ses parents, l’homme moderne joue avec ses robots pour imiter Dieu.

Comme l’enfant attend sa mère dans une crèche, l’homme attend Dieu dans le monde.

Paradoxe d’une époque où le savoir enfante la technologie, et où la technologie stérilise le savoir.

Les primitifs buvaient le sang du lion pour être plus forts, l’homme moderne s’abreuve de technologie.

Se faire aimer pour son physique plutôt que pour ses qualités intérieures : un moyen de limiter ses responsabilités.

Ne plus chercher à savoir par peur de ce qu’il faudra comprendre.

La variété croissante des échappatoires n’a d’égale que l’invariante simplicité de ce qui nous rattrape.

Une seule seconde de foi instinctive vaut toute une vie de pratique religieuse automatique.

Rites, coutumes et traditions ordonnent chaque jour à l' homme: « Ne change rien! » 

À force de lutter contre le chronomètre nous sommes pris dans ses rouages.

Que vaudrait le temps sans le tic-tac du chronomètre ?
Que vaudraient tous les efforts sans le plaisir du repos ?
Que vaudraient les voyages sans poser ses bagages ?
Que vaudrait la vie sans la certitude de la mort ?  

Le meilleur n’arrive jamais parce qu’il est arrivé.

Si chacun veut tout et tout de suite, c’est qu’ensemble on ne veut plus rien, même plus tard.

À ceux qui disent "le passé n'existe pas" je réponds: "regardez les étoiles".

La résurrection n'est pas une vie future après la mort, mais le pire chagrin surmonté dans cette vie. 

La liberté? 

Version spinoziste: la liberté c'est comprendre qu'il n'y a pas d'évasion possible de la prison et l'accepter.

Version sartrienne: nous sommes tous condamnés à la liberté de choisir sa prison.

Version Nietzschéenne: la liberté c'est de chercher jusqu'à son dernier souffle, à s'évader de sa prison pourrie pour construire une super-prison toute neuve. 

Version bouddhiste: la liberté n'est pas hors de la prison, ni dans la prison; mais dans la réalisation qu'il n'y a jamais eu de prison, ni de prisonnier, ni de liberté.


Chaque seconde qui passe à travers le corps creuse son tunnel vers l’âme.

Arrêter le temps, c’est l'embrasser; le vaincre, c'est finir par l’aimer.

Contradictions et répliques

Louis Ferdinand Céline : « La seule vérité, c’est la mort.»
Moi : donc, les mensonges sont dans la vie, ce qui pourrait faire mentir Céline. 

Freud : « Si les mauvais penchants n’existaient pas, il n’y aurait pas de crime ; et s’il n’y avait pas de crimes, quel besoin aurait-on de les interdire ? » (Totem et Tabou.)

Moi : « Si les bons penchants n’existaient pas, il n’y aurait pas de naissances ; et s’il n’y avait pas de naissances, quel besoin aurait-on d’en faire un crime ?»

Kierkegaard (traité du désespoir) : « Désespérer du temporel ou d’une chose temporelle, si c’est vraiment du désespoir, revient au fond au même que désespérer quant à l’éternel. »
Moi : « D’accord, mais je préfère que quelqu’un d’éternel me le confirme de vive voix. » 

Pascal : (pensées) :  « La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable. »  

Moi : La grandeur de l’arbre est grande en ce qu’il permet à l’homme de se connaître misérable. L’homme ne permet rien à l’arbre.


    Ou : La misère de l’homme est grande en ce qu’il dépend de l’arbre avant de dépendre de Dieu. L’arbre ne dépend que de Dieu.

   Ou encore : La projection de sa misère sur l’arbre fait la grandeur de l’homme. L’arbre ne projette rien sur l’homme.

  Conclusion : La conscience de sa souffrance fait peut-être la grandeur de l’homme par rapport à l’arbre, mais plus grand serait-il encore s’il réalisait que l’arbre peut souffrir de lui.


Alain : (cité par Sartre dans l’esquisse d’une théorie des émotions) : « La magie, c’est l’esprit qui traîne dans les choses »
Moi : La super-magie, c’est croire qu’on peut arracher l’esprit aux choses.

Sartre 😦 La nausée) : « Dans un autre monde, les cercles, les airs de musique gardent leurs lignes pures et rigides. Mais l’existence est un fléchissement.(…) Le monde des explications et des raisons n’est pas celui de l’existence. Un cercle n’est pas absurde, il s’explique très bien par la rotation d’un segment de droite autour d’une de ses extrémités. Mais aussi un cercle n’existe pas. Cette racine, au contraire, existait dans la mesure où je ne pouvais pas l’expliquer. (…) L’essentiel c’est la contingence. Je veux dire que, par définition, l’existence n’est pas la nécessité. (…) A quoi bon tant d’arbres tous pareils ? Tant d’existences manquées et obstinément recommencées et de nouveau manquées – comme les efforts maladroits d’un insecte tombé sur le dos ? (j’étais un de ces efforts).(…) Il y avait des imbéciles qui venaient vous parler de volonté de puissance et de lutte pour la vie. Ils n’avaient donc jamais regardé une bête ni un arbre ?(…) Un jaillissement vers le ciel ? Un affalement plutôt ; à chaque instant je m’attendais à voir les troncs se rider comme des verges lasses, se recroqueviller et choir sur le sol en un tas noir et mou avec des plis. Ils n’avaient pas envie d’exister, seulement ils ne pouvaient pas s’en empêcher ; voilà. (…) Tout naît sans raison, se prolonge par faiblesse, et meurt par rencontre."
 
Moi : récapitulons votre thèse: ce qui s’explique n’est pas absurde (le cercle), mais n’existe pas. Par contre, ce qui ne s’explique pas est absurde (la racine, l’arbre, l’homme…), mais existe. Donc, vous concluez que tout ce qui existe (dans le sens organique du terme ) est absurde, de trop, car « naît sans raison »   

Néanmoins, dire à propos de l’arbre, « je ne peux pas l’expliquer », et d’en déduire qu’il n’a « pas envie d’exister », est également une forme d’explication, mais une explication par défaut. Cette démonstration est comparable en tout point  à celle du cercle : la nausée de votre héros possède le caractère incontestable d’un théorème ; elle s’affirme comme une mathématique implacable, avec ce côté agressif qui fait de tous ceux qui n’en sont pas atteint des salauds (car ils se masquent cette nausée) ou des imbéciles. Bref, parce qu’il s’arme des mêmes « lignes pures et rigides » que le cercle ou la musique, sans aucune place pour le doute, votre raisonnement fait de la non-explication de l’existence, une – explication - au sens purement scientifique, voire mathématique du terme. 
Dans ces conditions, tout comme celle d'un cercle, la présence de l'arbre n’est pas absurde.

Autre objection : à propos des imbéciles et de leur 
« volonté de puissance », de ceux qui veulent absolument voir l’arbre comme un symbole de résistance et d’élévation, un  « jaillissement vers le ciel »… Je propose cette hypothèse : n’ayant pas d’explication pour les racines de l’arbre et les concluant absurdes, le héros projette son désarroi intellectuel sur le marronnier; l’affalement en verge lasse devient non pas celui du tronc, mais celui de son intellect frustré, impuissant à trouver la raison, la part de nécessité de sa vie. On peut même avancer un effet d’inversion : étant donné que la volonté de puissance doit nécessairement s’affirmer (Nietzsche), même chez le plus faible de tous les hommes, cette volonté s'exprime dans le sens inverse: celui de l’affalement. En se moquant de toute idée de jaillissement vers la nécessité (Dieu), le héros compense par une chute de sa pensée sur lui-même en tant que seule vérité : la contingence. 

En conclusion : Kant avait raison. Ni Sartre ni personne ne peut infirmer  ou confirmer l’existence de Dieu.

Ode à mon placenta. (Dédié à Peter Sloterdijk)
 
Ô toi! Organe sacré de ma survie, bouclier primal, Cerbère vigilent et sans faille, toi l’éternel orphelin, labyrinthe noyé entre deux êtres, deux peaux, deux sangs ; né de la même mère mais jeté aux rebuts. Frère cadet, anonyme et sacrifié, tu m’as défendu mieux que tous les aînés. Tu fus mon premier bras, ma première caresse, mon premier sein. Tu es ma source, mon inspiration, mon courage face à l’éternelle solitude des vivants. Et comme tu l’as fait tout au long de ma naissance, je t’implore : lance-moi ton fil d'Ariane, ton cordon secret qui me fera quitter sans peur cette vie d’asphyxie. Puisse le moment venu apercevoir ton tunnel de lumière, vers la plus douce des mères. 

Eugène Delacroix

Réponse à Hamlet, acte 5, scène 1 :

Hamlet, en compagnie d’Horatio, s’indigne de voir des fossoyeurs creusant une tombe en chantant, brisant même un crâne avec leur pioche :

Hamlet.- «Ce crâne contenait une langue et pouvait chanter jadis. Comme ce drôle le heurte à terre ! Comme si c’était la mâchoire de Caïn, qui fit le premier meurtre !
Ce que cet âne écrase ainsi était peut-être la caboche d’un homme d’Etat qui croyait pouvoir circonvenir Dieu ! Pourquoi pas ? 
Horatio. - c’est possible monseigneur.
Moi :- « Oui mes amis, mais à défaut de circonvenir votre dieu hypothétique, ce crâne fendu existe. Ces orbites creux, ces dents brisées sont là, sous nos doigts, sous nos yeux, forts d’une sincère et indiscutable présence. Futile certes, mais bien supérieure à celle dont votre Dieu ne fût jamais capable. 
Hamlet : "Cher inconnu, vous qui entrez dans mon histoire sans prévenir, quelle rage, quel courroux vous fait-il dire de telles inepties ? Comment pouvez-vous encenser de la poussière d’os ?
Moi : Aucune rage, ni courroux ne trouble ma pensée mon bon seigneur Hamlet. Ce crâne fier et vivant qui est le mien, dusse-t-il tomber en poussière un jour, je fais devant vous cette promesse : chacun de mes grains de poussière d’os continuera de défier votre dieu ; j’occuperai la place qui m’est due dans le grand cycle de la Vie et de la Mort, place que votre dieu n’a jamais pu tenir. Car dans un univers où rien ne meurt et tout se transforme, quel est ce fantôme ? Quel est cet imposteur impuissant qui n’a su que circonvenir à défaut de venir?
Horatio : mon ami, vous vous égarez ! Calmez votre éloquence, de grâces ! Vous parlez à monseigneur Hamlet!
Hamlet : Non, laissez-le dire mon bon Horatio. Continuez cher inconnu, épuisez donc ce feu qui est en vous. Qu’il brûle vos mots comme le bois sec et vous laisse repartir en paix, telle la fumée dans le ciel.
Moi : ( j’arrache le crâne des mains d’Hamlet). Mais ne voyez-vous pas messeigneurs ? Je suis ce crâne. Et je l’aime déjà, car il respire la vie !
Horatio : (il dégaine son épée) : cet homme est fou ! Si tu aimes ce crâne, tu vas le rejoindre sur le champ !
Hamlet :( retient son bras) : Non Horatio! Respectez ce pauvre homme. Il est sans armes et mortel, comme nous tous. Laissez-lui ce crâne s’il le désire. Après tout, il n’est pas le seul à penser circonvenir Dieu. Mais je puis vous l’assurer : le temps, lentement, usera ses certitudes ; et la mort, finalement, tuera son orgueil. 
Moi : (m'inclinant avec respect) Monseigneur est trop bon. Mais je puis vous l’assurer : chaque seconde de la vie d’un homme contient, à force égale, une seconde de sa mort. Et toutes ses secondes de mort qui grouillent encore dans cet os continueront de me parler de la vie mieux qu’aucun dieu n’a su le faire avant ce crâne. Quant à l’éternité que vous courtisez en secret, ne vous y trompez pas : elle n’est qu’une interminable chaîne de vie et de mort qui n’est nulle part ailleurs qu’ici et maintenant, dans ce crâne amical et beau.
(Je me redresse d'un coup) 
« Alors je vous en conjure messeigneurs ! Ne prenez pas ce crâne en pitié ! Admirez-le plutôt ! ( je le lève comme un trophée) Voilà l’ultime épreuve de force, de bravoure d’un homme face à son destin. Etre- et- ne pas être : voilà ce qui unit la splendide vérité de toute vie que voilà. 
« Inclinez-vous messeigneurs ! Voici la seule preuve de ce qui a été, est, et sera. Car qui pourrait surpasser la sincérité d’un être comme lui, ayant bravé la vie et la mort du tréfonds de ses os? 
(je caresse la boîte crânienne)
"Je vous le dis en vérité, votre dieu ne peut circonvenir que néant. ( un peu de poussière se détache du crâne et tombe au sol). Regardez mes amis! : même ce grain d’os, par sa seule présence, surpassera votre dieu pour mille ans encore! 
« Et puisque Dieu, certainement, est né du rêve des hommes, et que des milliards d’hommes sont toujours là, sous nos pieds, unis dans la terre qui supporte nos vies, alors oui inclinez-vous messeigneurs: ce crâne est un maillon sacré de la chaîne qui circonvient Dieu »

Suite ce soir…merci

Onfray. Sagesse deux poids deux mesures.

Michel Onfray devant sa bibliothèque

« La question est:  » Pourquoi avons-nous besoin du nom de Dieu ? » 

Michel Onfray. UPC

Inversons la question: 
« Pourquoi se passer du nom de Dieu ? » 
Quel intérêt de vivre comme des robots ou des animaux ? Comme une fusée de détresse notre conscience doit surgir du néant, briller un instant dans le ciel et replonger dans la nuit éternelle d’une tombe. Pendant ce bref voyage qu’est la vie humaine, toutes les questions sur Dieu et l’immortalité de l’âme ne servent à rien; juste un réflexe de notre peur de la mort. La torche qu’on tient à bout de bras n’est là que pour amplifier les ténèbres quand sa flamme s’éteindra. Point final. Pourtant dans l’enfance déjà surgit un séisme intérieur: un jour nous mourrons…Et tandis que le dard venimeux de la mort nos injecte lentement son poison une défense tente de se mettre en place dans notre petite tête d’homo-sapiens.  
Comme si cette existence de chair et de sang  n’était qu’un mauvais rêve éveillé dont il faut apprendre à s’extirper. Comme si ce corps périssable qui nous constitue n’était qu’un piège dont il faut s’échapper. 
On se met à scruter le ciel, invoquer les esprits, méditer, parfois prier… Pourquoi pas s’intéresser au yoga, à la philosophie, aux spiritualités; entrer au hasard dans un sanctuaire, n’importe lequel. Après tout nulle part sur  planète il n’existe un endroit où la spiritualité est absente. Tellement de gens croient en Dieu! Se plantent-ils tous lamentablement? 
On voudrait tellement les imiter, rejoindre la communauté, éprouver le même réconfort qu’eux! 
Mais l’espoir qui cherche à naître est encore si fragile qu’on se dit que tout ça est ridicule.

Que diable l’Idée de Platon, d’Aristote et leurs amis probablement en poussière depuis des lustres ou recyclés en d’autres organismes. Pourquoi pas en un Michel Onfray?

Pourquoi le besoin d’un créateur? Pourquoi croire en une vie après la mort?… Un caprice d’enfant qui dit « encore! » rien de plus. 

« La religion, c’est l’opium du peuple » (Karl Marx)

Alors on revient au palpable, au concret. La fin c’est la fin point. N’y pensons plus. On se bouche les yeux comme un animal-machine qui ne sait rien ni de sa vie ni de sa mort inéluctable, ni même qu’il s’appelle « animal ».

  » je n’ôte la vie à aucun animal, ne la faisant consister que dans la seule chaleur de cœur. Je ne leur refuse pas même le sentiment autant qu’il dépend des organes du corps. »

(Descartes. Lettre à Morus. 5 février 1649)

Julien Offray de la Mettrie étend le concept à l’Homme. L’âme, l’anima, le souffle de Dieu, etc. Et puis quoi encore? Tout ça sont des fariboles que les matérialistes balayent d’un revers de main. L’homme est une machine, comme l’animal.

Julien Offray de la Mettrie (1709-1751)

Il est vrai que nous les humains, de humus – la terre – nous avons inventé les mots, nommé un chêne, un chat, un asticot. Pour nous rassurer nous avons tout classé, groupé, catégorisé. Les pierres, les montagnes, les lacs, les arbres, même l’univers s’en tire mieux que nous.

 » l’Homme serait encore plus noble que ce qui le tue (l’univers), parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui; l’univers n’en sait rien »   Blaise Pascal

Au fait ce beau mot, cette « anima » qui un jour nous quitte avec le dernier souffle, cette partie de notre être qui serait immortelle parce qu’elle dépend de Dieu, existe-t-elle vraiment? ou bien n’est-ce qu’un peu de ce gaz qu’on a nommé « air » et que l’on exhale dans un dernier râle? L’essence de toute vie sur terre est-ce encore l’invention de nos peurs viscérales de la solitude et de l’inconnu? Ou sommes-nous vraiment ces êtres séparés, angoissés et perdus dans le hasard pour faire plaisir à Sartre et ses camarades? 

Depuis la nuit des temps l’humanité a besoin de trouver un sens à sa vie, à la conscience de sa vie sur terre. La philosophie vient de là. 

Il est vrai que l’âme vous n’y croyez pas… Être purement matérialiste comme vous l’êtes débouche forcément sur une impasse, un pari tout aussi risqué que d’avoir la foi. Car la matière n’est sûrement pas venue d’elle même. On nous dit qu’elle a vaincu le combat sur l’antimatière de justesse, un infime déséquilibre sur la balance de départ: une rupture de symétrie disent les physiciens. Et nous voilà ici, nichés dans un coin improbable de notre voie lactée. N’est-ce pas étrange?  L’univers est là et nous avec lui – et en lui – au lieu du Néant.
Vous voulez faire croire à vos lecteurs que l’absurdité de notre vie et la certitude de notre mort prochaine peut engendrer la sagesse. Mais face à un destin promis de cadavre en décomposition ce sera difficile d’accéder à la paix. Des feuilles séchées balayées par les vents vouées au pur hasard des éléments, ainsi finirons nos « poussières d’étoiles ». Avec vos chers maîtres épicuriens qui comme vous réfutent l’idée d’une intelligence supérieure, organisatrice, préexistant la matière elle-même, le hasard devient le nouveau Dieu de l’univers. En repoussant l’hypothèse d’une volonté initiale, d’un déclencheur intentionnel à l’explosion de départ, les anti platoniciens et autres atomistes, adeptes du « Dieu en poudre » – comme dit l’Historien Henri Guillemin – vous choisissez la cosmologie qui sert votre philosophie. Logique. Tous ceux qui, comme Stephen Hawking, réfutent l’existence d’un Dieu indépendant de sa création, ont au moins cette honnêteté intellectuelle.

« Tant que l’univers a eu un commencement, nous pouvons supposer qu’il a eu un créateur » (Stephen Hawking)

Alors ils postulent un cosmos né d’un précédent effondrement, d’un énième big-bang, d’un multivers totalement aléatoire dont nous aurions tiré le gros lot de la vie organique parmi une infinité d’autres univers stériles; bref, tout ce qui peut infirmer cette citation d’Hawking encore valide à ce jour intéresse les athées militants.

Si tout n’est que chaos et que la vie est apparue sous l’égide du hasard, il ne reste plus qu’à se désunir. A quoi bon l’atome, la matière, les galaxies? Tels des électrons quittant l’orbite pour s’écraser sur leur noyau, il ne reste qu’à s’autodétruire dans un flash lumineux. Et tant pis pour l’idée d’un Dieu qui tient le tout ensemble. (étymologiquement qui rassemble). Reste la Providence, au petit bonheur la chance et chacun pour soi en attendant la fin. 

Il me semble que plus le désespoir intérieur de chacun grandit, moins les peuples ont envie de s’unir, de faire preuve de sagesse face aux dangers qui viennent, de partager les richesses de la planète avec ceux qui n’ont rien. 

« Celui qui souffre devient amoral » (M. Proust)

« L’homme méchant a pour collaborateur fatal l’homme malheureux » (Victor Hugo)

L’égoïsme et la solitude prennent le pas sur la solidarité, la « charité ». Je vous vois grimacer sur ce mot…Je sais, vous allez dire que c’est la faute à Dieu, au Christ, que sais-je? Aux religions qui signifient pourtant relier. Un comble.  
Mais si l’on se coupe volontairement du lien avec le mystère, la source de toute chose qui est par essence la même pour tous, ce sera difficile, me semble-t-il, d’accéder à cette sagesse.

Si pour vous et vos maîtres épicuriens et romains, la sagesse c’est  » de savoir habiter l’instant  »  il faut toutefois choisir quand cet instant vaut vraiment le coup de s’y scotcher, et d’autres où il vaut mieux savoir en déménager.  Passé et futur ne sont pas forcément négatifs sur notre mental. Vivre au pied d’un volcan, on sait hélas où cela peut mener.

Victime du Vésuve Pompéi (moulages Giuseppe Fiorelli)

J’espère que ces âmes sont entrées dans la sagesse; et si elles n’ont pas pu y accéder, que l’aide d’un dieu, même imaginaire, ait apaisé leurs souffrances. D’une manière ou d’une autre, nous tomberons tous dans les ténèbres. Et personne ne sait ce qu’il ressort des trous noirs. Ne reste qu’à espérer. Où est le mal?  

Tout le monde n’a pas la même définition de la sagesse. Certains instants peuvent paraître si longs qu’ils pourraient vous faire oublier d’un trait les meilleurs pans de votre vie. La Nature ne nous a pas prévus pour « habiter le présent » en mode continu, même si c’est en vogue dans les cours de yoga aujourd’hui. Je pense que ce positionnement robotique est « forcé », car l’homme à besoin pour vivre d’un certain « coefficient d’inattention au présent » (Bergson). 

Et nous revenons à la nécessité de notre conscience d’humains bien spéciale par rapport à l’animal, qui pourrait entre-autre, nous servir à nous préparer à d’autres « habitats  » que le présent pur. Car il faudra peut-être déménager sans trop de panique le moment venu. 

Les journées et les nuits sont le terrain naturel par excellence pour l’entraînement intérieur. Nous ne pouvons être absolument sûrs à cent pour cent de nous réveiller le lendemain. Empêcher notre cerveau de déployer son potentiel transcendantal tous les jours revient à lui mettre des œillères terribles. Nous avons besoin de réponses à la vie matérielle trop dure; nous avons besoin d’un chemin vers ces réponses. Et pas demain ou après demain. Le bouddhisme, par exemple, propose cette approche du détachement par la méditation quotidienne. En fait toutes les spiritualités sur terre sont là pour ça. Depuis la nuit des temps, la recherche d’un au-delà possible. (ou plusieurs? )  est tellement une évidence au fond de nous tous, qu’elle est à mon avis inscrite dans nos gènes, même dans les gènes du plus matérialiste des hommes. Car la transcendance passe à coup sûr par l’immanence. Et au cœur de nos atomes on trouve encore des espaces. Nous ne sommes pas coincés dans nos organes. En tous les cas pas notre conscience. C’est du moins ce que disent d’autres sages, ceux qui laissent le mystère de la création habiter notre corps à chaque instant. C’est à mon avis la condition première pour mieux « habiter l’instant ». 

« Le sage ne diffère de Dieu que par la durée. » (Sénèque )

Certains peuples, loin de se « pourrir la vie » avec l’idée de la mort future comme vous dites, s’entraînent tous les jours à ne pas s’attacher à cette vie présente et de la percevoir comme un rêve. Ce qui ne les empêche pas d’être pleinement conscients de cette vie  

Drapeaux de prières bouddhistes. Tibet

Chacun cherche le bonheur ici-bas. Personne ne veut souffrir. 
Mais comment accéder à la joie qui vient de cette illusion fugace que la mort recule, quand la mort ne connaît ni frein ni marche arrière? 

 

Hypothèse 
Et si la contingence n’était que le fruit de notre incapacité à comprendre le Tout? Depuis le fameux big-bang, – ( une pensée pour Claude Nougaro et sa chanson tout en bas de page) – fruit d’incroyables coïncidences cosmiques défiant toutes les probabilités, on nous dit que l’Univers qui a fait notre Soleil aurait pu s’effondrer sur lui-même, ou s’évaporer sans rien construire de solide. Un big-bang à blanc si l’on peut dire. Par chance, sa vitesse d’expansion a été ni trop rapide, ni trop lente pour faire les étoiles. (Stephen Hawking) 
Ensuite il y a eu la terre qui n’était encore qu’une boule de magma bombardée d’astéroïdes, juste assez petits pour ne pas la faire exploser, juste assez longtemps pour créer les océans, et les conditions d’une atmosphère respirable…Puis survient le miracle de la vie. Mais la vie sans nous. 
Il a fallu un autre gros coup de bol pour qu’Homo sapiens entre en scène, un autre astéroïde, qui lui a fait place nette. Pas de chance pour les dinosaures, c’était eux ou nous, comme on dit dans le langage militaire. Je me dis parfois que si Dieu existe, ça explique mieux toute cette chance d’être né humain que des probabilités mathématiques. Mais je vous entends déjà dire que c’est la solution simpliste, que je suis flemmard, que je ne bosse pas assez, ( et vous n’aurez pas tout à fait tort).
 Mais continuons dans la chaîne des hasards cosmiques …Jusqu’au cadeau inestimable des éclipses totales de soleil, grâce à une lune juste assez grande, juste assez loin de la terre, sans lesquelles certaines découvertes auraient été quasiment impossible à prouver, comme par exemple la relativité générale d’Einstein. 

Dans vos livres vous parlez de sagesse. Mais laquelle ? Dans la bible la sagesse c’est la crainte de Dieu. Traduisez en terme moderne : rester humble devant la formidable chaîne d’événements naturels qui nous a permis de nous penser nous-mêmes (Descartes). C’est votre droit d’être certain que tout cela n’a pas de sens. Vous pouvez même écrire mille livres sur la beauté du Hasard et l’inexistence d’un créateur. Vous êtes libre et je défends cette liberté. Quoiqu’une voie médiane, agnostique, serait peut être plus compatible avec la sagesse ou le doute…Mais votre sagesse est autre. Et vous n’aimez pas trop longtemps douter; vous préférez trancher. ( je vous cite )

Comme la feuille au sommet de l’arbre qui regarde avec dédain le ciel inaccessible sans jamais regarder en bas, vers les branches et le tronc; c’est son droit de dire :  

« Merde! pas assez haut! Tout ça n’a aucun sens. »


Charles Darwin a dit :

« Seule notre arrogance explique notre extrême réticence à attribuer nos pensées à un substrat matériel (notre cerveau) »

Sans irrespect pour Sir Charles Darwin, on peut dire aussi que l’arrogance n’est pas forcément du côté de l’enfant que nous sommes tous au fond, espérant ne pas tout comprendre par la seule pensée d’un cerveau matériel. Si le plus petit être survivant sur cette terre est la preuve non du hasard, mais de sa volonté de contrer le néant, peut-être qu’une volonté plus vaste que la nôtre ne laissera pas nos âmes comme on laisse un déchet au composte. 

Merci de votre attention 

Michel Fiorelli 

 Plus complet au sujet de l’athéisme et la thèse mythiste de Jésus enseignée par Michel Onfray sur la page d’accueil: